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CHAMPOLLION, LE SPHINX ET LES PYRAMIDES (Octobre 1828)

Publié le 18 octobre 2008 par Rl1948
8 octobre
   Dès le matin, on leva les tentes, et sept ou huit chameaux, venus de Sakkara, furent chargés de nos bagages; vingt ânes devaient porter le personnel, maîtres et valets. Je me mis en route à sept heures du matin, par le désert, pour aller faire visite aux grandes Pyramides de Gizeh
(...)

   Après avoir traversé un village abandonné que je présume être El-Haranyeh, marqué sur la carte de la Commission, nous arrivâmes harassés de fatigue, nous et nos ânes, à l'ombre de quelques sycomores, placés à une petite distance du grand sphinx.

   Rafraîchi par une courte halte, je courus au monument qui, malgré les mutilations qu'il a souffertes, donne encore une idée du beau style de sa sculpture. Le col est entièrement déformé, mais l'observation de Denon sur la mollesse ou plutôt la
"morbidezza" de la lèvre inférieure est encore d'une grande justesse. J'eusse désiré faire enlever les sables qui couvrent l'inscription de Thoutmosis IV, gravée sur la poitrine; mais les Arabes, qui étaient accourus autour de nous des hauteurs que couronnent les Pyramides, me déclarèrent qu'il faudrait quarante hommes et huit jours pour exécuter ce projet. Il devint donc nécessaitre d'y renoncer, et je pris le chemin de la grande Pyramide.

  
Tout le monde sera surpris, comme moi, de ce que l'effet de ce prodigieux monument diminue à mesure qu'on l'approche. J'étais en quelque sorte humilié moi-même en voyant, sans le moindre étonnement, à cinquante pas de distance, cette construction dont le calcul seul peut faire apprécier l'immensité. Elle semble s'abaisser à mesure qu'on approche, et les pierres qui la forment ne paraissent que des moellons d'un très petit volume. Il faut absolument toucher ce monument avec ses mains pour s'apercevoir enfin de l'énormité des matériaux et de l'énormité de la masse que l'oeil mesure en ce moment.

   A dix pas de distance, l'hallucination reprend son pouvoir, et la grande Pyramide ne paraît plus qu'un bâtiment vulgaire. On regrette véritablement de s'en être approché. Le ton frais des pierres donne l'idée d'un édifice en construction, et nullement celle que l'on contemple l'un des plus antiques monuments que la main des hommes ait élevés. 

(Champollion Jean-François, Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Egypte, Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987, pp. 119-20)     
  

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