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Conor Oberst au Nouveau Casino de Paris - Septembre 2008

Publié le 19 octobre 2008 par Oreilles
Je ne jeterai pas la pierre à Dave. Et pour cause, vais-je vous parler d'un concert qui remonte à plusieurs semaines, que dis-je, un mois aujourd'hui. Quoiqu'il en soit, et même privé d'Internet, impossible pour moi de taire l'intense performance de Conor Oberst, moitié de Bright Eyes, livrée au Nouveau Casino de Paris le 13 septembre dernier. Il fallait simplement trouver les mots justes pour vous la transmettre, exercice périlleux lorsqu'il s'agit de décrire un tel phénomène. En tournée pour son premier album solo, le songwriter du Nebraska n'a pas déçu, c'est le moins que l'on puisse dire, et pendant près d'une heure et demie, littéralement captivé le public – jeune – de la salle de concert parisienne, totalement envahie par la poésie et le spleen kerouac-ien de l'Américain.

En cette prometteuse soirée, le trio anglais Sky Larkin (ci-contre) se chargent de la mise en bouche et exposent brutalement son rock énergique et noisy. La balance, mal ajustée, relègue la voix de la chanteuse Katie Harkin au second plan et lorsqu'elle parvient ponctuellement à s'exprimer, elle se pare de mauvais accents à la Dolores O'Rioran (feu The Cranberries) ou à la Sarah Bettens (K's Choice), les fêlures en moins. Tout ça est fort déplaisant. Heureusement, Dave Matthews, le batteur du groupe, colmate les brèches et accapare l'attention. Le nounours rouquin, par ailleurs surnommé “Duracell”, sévit sur ses percussions et ponctue chaque claquement d'une sorte de rugissement, faisant ainsi pleuvoir sa sueur sur la scène et insufflant une hargne salvatrice à sa moribonde formation. Ses baguettes brisées témoigneront de sa puissance et de son engagement.

On oublie instantanément ce mignonnet folklore lorsque les Britanniques s'éclipsent, laissant place nette à l'attendu Conor Oberst. Le public, jusqu'à présent distrait, se rassemble et, presque en tension, veille l'entrée de son shaman. Comme lors des précédentes dates de la tournée, aucun titre de Bright Eyes n'est au programme ce soir. Le chanteur d'Omaha interprètera exclusivement les morceaux de son album solo (cover ci-dessous), une mauvaise nouvelle pour les amateurs du groupe mais une bonne occasion d'éprouver la nouvelle inspiration du garçon et son fameux “génie” à la Bob Dylan.


Escorté par ses amis du Mystic Valley Band (oserait-on parler d'un “backing band” ?), Conor Oberst entre sobrement sur scène et lance sans entrefait les premiers accords country de “Sausalito”. Le démarrage est brusque mais lorsque la voix nasillarde du chanteur envahit la salle, le charme agit aussitôt. Autour de moi, on frappe du pied avec assiduité et sérieux, concentré. Les yeux rivés sur l'Américain, suspendu à ses mots. Sur des rythmes au fort parfum sudiste, très “americana” diront les spécialistes, Conor Oberst est éclatant d'éloquence et de hauteur. Depuis les premiers opus folk de Bright Eyes, sa renommée n'est plus à faire et les comparaisons sont fréquentes avec Dylan. Ce soir, ce parallèle, tarte à la crème des rock critics, trouve son illustration sur “Get-Well-Cards” où la voix du songwriter module avec assurance et noblesse, rappelant certaines envolées de son aîné du Minesota, notamment sur la célèbre “Ballad of the Thin Man” .

Conor Oberst prend peu à peu ses marques, mis en confiance un public fasciné. Il frappe vigoureusement le sol de ses bottes de cow-boy et bondit d'un ampli l'autre la guitare en bandoulière, en communion totale avec ses débridés camarades du Mystic Valley Band. L'ambiance est à la folk song conviviale et rythmée. Son inattendue séance de playback – signe d'un trop grand confort ou d'une trop grande assurance - restera incomprise du public. Mais avec charisme, le chanteur ne perd pas les rênes de la soirée et poursuit de dévoiler les belles partitions de son album, de la sublime ode spatiale “Cape Canaveral” au folk-country entraînant “I don't want to die in hospital” (où l'on pense forcément un peu à Hank Williams).

Sans surprise, le songwriter développe ses thèmes fétiches : le voyage, la route, la fuite, comme en témoignent “NYC-Gone, gone” ou le refrain emblématique de “Moab”, “There's nothing that the road cannot heal”. Non loin du cliché, j'évoquais Kerouac, aussi bien aurais-je pu citer un autre Jack (London) et bien d'autres tant Conor Oberst prend la pose du poète (beat) et tire ardemment sur la corde sensible. Mais en évitant la caricature et l'affront, en digne fils de la respectable Amérique, l'homme impressionne et émeut, s'incrivant, non sans caractère, dans la plus pure tradition folk US. Chapeau bas l'ami.

Le myspace de Sky Larkin et celui de Conor Oberst

Les sites web de Conor Oberst et du Nouveau Casino


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