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Derniers jours (quelques frontières)

Par Rose

Avant la fin :
Au tout début, Blake se déshabille et se jette à l’eau, et le voilà qui traverse le petit cours d’eau pour gagner l’autre rive ; ce passage, c’est tout le sujet du film Last days de Gus van Sant, qui s’inspire des derniers jours de Kurt Cobain. Il semble qu’avant de passer il faille régresser, se déguiser en fille comme un enfant, remettre sans cesse les mêmes tee-shirts rassurants et tachés, manger des céréales et des coquillettes au fromage (ranger le paquet à la place du lait au frigo), parcourir toute la maison fusil au poing en imaginant tirer sur les habitants, et fuir les visites au fond du parc. Le temps lui-même semble se dérouler étrangement et le même instant peut être revécu plusieurs fois, de différents points de vue. Autour, tout vous parle de la vanité de la vie, aussi bien ceux qui veulent votre succès économique (le vendeur d’encart publicitaire) que ceux qui veulent le salut de votre âme (deux évangélistes qui ânonnent), aussi bien les chansons à la télé que les petits regrets amoureux des parasites qui vivent dans votre maison et ne voudraient surtout pas vous retrouver mort.
Blake est déjà une sorte de fantôme errant, marmonnant des phrases sans suite, inaccessible aux discours raisonnables. Enfermé dans cette maison comme dans son cerveau. Et la musique ? elle advient parfois. Temps suspendu.
Avant le début :
La musique ? ou plutôt le rap, la rage des joutes verbales, c’est le seul espoir de Jimmy Rabbit (le double d’Eminem) dans 8 Mile (encore une frontière, encore deux quartiers de Détroit). Batailles improvisées et codifiées, où l’on attaque l’adversaire en dessous de la ceinture, où toute sa vie est étalée sur scène, comme dans le superbe combat final, durant lequel le héros doit accepter et même se glorifier de toutes ses défaillances pour laisser son adversaire sans voix… Les voies empruntées par le film sont celles du récit initiatique, complicité et nécessaire rupture avec sa petite bande d’amis plus ou moins naïfs, dépassement de soi pour les beaux yeux d’une nouvelle conquête, et pour sortir de la caravane qui lui tient lieu de maison familiale ; Eminem pourrait être Rocky, Eminem est 30 ans plus tard le John Travolta de La fièvre du samedi soir. Et au petit matin, le héros seul s’éloigne, pas encore lui-même, mais prêt à franchir la fameuse ligne.

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