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Une journée inoubliable (3) : superbe repas-dégustation à Bordeaux

Par Eric Bernardin

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J'imagine que l'histoire est assez classique. Des amis s'invitent les uns chez les autres. Cela a commencé il y a un an chez Julien; puis ce fut le tour de Patrick; mon tour arriva le mois dernier; et ce soir, c'est donc Sylvain et de Stéphanie qui nous accueillent dans leur maison de la proche banlieue bordelaise.

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Pour accompagner le champagne, des petits rouleaux feuilletés absolument délicieux. Deux raisons font que je ne mange pas toute l'assiette. 1) je ne suis pas tout seul 2) il y plein de choses à manger après. Aussi me retiens-je donc et n'en mange que 3 ou 4 (bon, peut-être un peu plus...).

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Contrairement aux convives, déjà très gais avant d'avoir bu la première goutte, le champagne est plutôt sur la retenue. Les bulles sont très fines et forment de minces cordons. Le nez est assez discret sur des notes de pomme mûre et de noisette fraîche avec un fond d'épices. Paradoxalement, la bouche a un côté extra brute (le e final est volontaire). On sent ce champagne puissant, et plein de fougue retenue. Au risque de perdre un peu de bulles, il aurait certainement gagné à être carafé pour gagner en amabilité, mais aussi en complexité. Sa gangue abrupte, avec son astringence finale aurait laissé place à une finesse et une sensualité que l'on fait ici qu'effleurer. En tout cas, ce champagne a un très beau potentiel qui demandera encore quelques années pour donner le meilleur de lui-même. Après quelques propositions, ce champagne sera reconnu par l'un des convives :  c'est un Bollinger Grande Année 1999. Je l'avais bu pour la Saint-Sylvestre l'année dernière. Il m'avait paru beaucoup plus ouvert...

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Nous passons ensuite à table où une belle assiette ardoise nous attend : c'est une opposition de rouleau d'été contre piquillos farcis au fromages frais. (d'où le VS central = versus).  Dans le rouleau, il y avait du fromage bleu (roquefort?) et des raisins frais. Dans le piquillos, je ne sais pas trop... C'était bon, en tout cas.

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Dans le même temps, il y avait également une confrontation entre deux vins assez différents. A ma gauche, un vin à la robe dorée, au nez de cire, de miel et de pâte d'abricot. Gras et acidité s'équilibrent parfaitement en bouche, jouant plus sur la finesse que sur l'exubérance. La finale est douce, délicate s'éteignant doucement.

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A ma droite, un vin à la robe plus intense. Le nez est superbe, sur le coing, les agrumes confits et une petite pointe terpénique. Du coup, beaucoup partent à juste titre sur un riesling. La bouche est d'une grande intensité aromatique, avec un moelleux irrésistible et une belle et longue finale. Pour que ce vin absolument délicieux fût parfait, il lui aurait fallu une acidité légèrement plus saillante; elle aurait apporté une tension qui manque un peu à ce vin.

Le premier était un Clos du Bourg 2003 du Domaine Huet (Vouvray moelleux). Et le deuxième un Riesling Brand de Turckheim 2004 VT de Zind Humbrecht.

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Le plat suivant était un crumble au saumon façon ma chérie (sic). Je crois que c'est le plat que j'ai préféré dans la soirée. C'était vraiment très fin, délicieusement croustillant. Il faut que je lui demande la recette ;o)

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Le vin qui l'accompagnait n'est peut-être pas étranger à ce coup de coeur. La robe est là aussi dorée. Le nez est sur des notes minérales, fumées, puis d'agrumes et de fleurs. La bouche est très belle, à la fois riche, intense et fraîche, avec cette acidité qui manquait tant au vin précedent. La finale est gourmande et d'une grande intensité. J'aime vraiment beaucoup! Après quelques échanges, nous partons sur Jurançon. Je trouve le producteur, mais me plante sur la cuvée. Normale, je ne la connaissais pas, celle-là. En tout cas pas dans cette version. C'est une Cuvée Marie 2000 "vin de raisins surmûris" de Charles Hours (Jurançon).

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Le plat suivant est un trompe l'oeil. Il s'appelle mon os à moelle. Il n'y a en fait pas plus d'os que de moelle. L'os, c'est de la pomme de terre, et la moelle du foie gras (va falloir que je lui pique l'idée!...). Et bien sûr, un nouveau vin pour sublimer le plat...

Celui-ci a un nez puissant sur la noisette, la fumée, le pain grillé et la truffe blanche. La bouche est grasse, tendue, soutenue du début à la fin par une acidité assez marquée. Pour l'heure, je trouve ce vin monolithique et manquant un peu de charme (ce qui est un comble pour son appellation...). Il lui faudra du temps pour s'épanouir et s'harmoniser. Nous finissons par trouver l'appellation et le producteur. C'est un Meursault 2004 de Coche Dury.

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Le repas est loin d'être fini... Arrive maintenant une crépinette aux cèpes accompagnée de pâtes au noir de seiche. Pour le vin, nous changeons de couleur, avec deux nouveaux vins.

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Le premier a une robe est rouge aux reflets violacés. Le nez est sur des notes de chocolat noir, de griotte et de noyau de cerise, le tout légèrement épicé. La bouche est fine, élégante, avec beaucoup de fraîcheur . La finale s'avère malgré tout un peu "chaude". Tout le monde trouve que c'est un pinot noir. Après ça se corse. Lorsque Sylvain dit Givry, je réponds de suite Joblot. Bingo : c'est un Givry 1er cru "la servoisine" 2005 de Joblot.

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Le second a un nez très fin, marqué par l'évolution : fourrure, épices, cerise à l'eau de vie, réglisse... La bouche est d'une douceur irréelle, avec des tannins d'un soyeux rare. Ca n'exclut pas une belle intensité aromatique et une finale fraîche et épicée. Un très beau vin à maturité. Je pars sur un châteauneuf, mais je suis loin de lui donner son âge véritable : c'est un Clos des Papes 1985!!!

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Nous passons au plat de résistance avec un coin du Médoc.  A gauche une demi-bécasse (pas qu'un peu sauvage...), à droite une daube de sanglier et des girolles. Deux nouveaux vins sont versés dans nos verres :

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le premier a une robe opaque, sombre. Le nez est sur les fruits noirs ,  le benjoin et une touche de caramel. Une légère note poivronnée nous fait penser à un vin contenant du cabernet sauvignon. La bouche joue plutôt dans le registre de la finesse, avec des tannins souples et une bonne fraicheur. La finale est un peu trop acide à mon goût. Lorsque j'apprends ce que c'est, je me demande tout de même comment ce vin a pu arriver premier des "rives gauches" lors de la dégustation des Bordeaux 2002 du Grand Jury Européen. Il s'agit en effet de Pape Clément 2002 (Pessac Léognan).

le second a une robe plus fluide, un nez sur le cassis, le cèdre, et le tabac. Un Médoc sans hésitation. La bouche est dense, veloutée, avec un très bel équilibre, et de la race! La finale minérale confirme cette belle impression. Plusieurs partent sur Saint-Estèphe. Il n'y en a pas des milliers qui ont cette "touch". C'est Cos d'Estournel 2001!

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A priori, nous arrivons plutôt vers la fin du repas puisque le fromage est servi... Ici, un seul vin nous est servi. Une robe opaque, un nez exubérant, solaire, marqué par un élevage "luxueux" et des notes de caramel au beurre. La bouche est riche, ronde, pulpeuse. Gourmande quoi. Et équilibrée de surcroit. Serait-ce australien? Oui :  une shiraz "Jimmy section" 2005 de Oliverhill (Mac Larren Valley).

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Et voici le dessert: un ananas bourbon, très joliment présenté. Forcément, un vin liquoreux nous est servi pour l'accompagner : nez d'agrume confit, de coing et d'ananas. Bouche ronde, fraîche, parfaitement équilibrée, mais manquant un peu de complexité, d'exubérance. D'autant plus surprenant lorsqu'on apprend qu'il vient d'une année mythique en Sauternes. C'est en effet La Tour Blanche 2001! Le temps lui apportera-t-il ce qui lui manque aujourd'hui?

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Ensuite, il faut bien le dire, la soirée a un peu (hum!) dégénéré. Nous avons bu successivement une eau de vie de poire, un Maury 1959  et ... une Coulée de Serrant 2004. Autant dire que nous sommes passés à côté de cette dernière, d'autant qu'elle a été ouverte au dernier moment. Il paraît que le lendemain, elle se goûtait nettement mieux (j'veux bien le croire...)!

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Dieu merci, je n'avais que 10 mètres pour rejoindre ma chambre d'un soir. Vous n'aurez pas de mal à me croire, mais le lendemain, je n'ai ni mangé, ni bu quoi que ce soit (ah si, une pomme à 6h du soir!..).

Un grand merci à Sylvain et Stéphanie

pour leur accueil et leur générosité!


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