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L'Amérique au panthéon rock, part V

Publié le 20 octobre 2008 par Bertrand Gillet
Quelques milliers de miles plus hauts, comme un écho à la chanson des Byrds, San Francisco, capitale des hippies, haut lieu de la défonce et de la vie communautaire. Car si Los Angeles incarne le professionnalisme, Frisco est le port d’attache de tous les freaks de la côte ouest, un temple empli de rumeurs, où l’on cherche à se corrompre sous la douceur du climat marin. La ville qui s’allonge en un magnifique tapis de collines a toujours attiré les esprits ouverts, poètes, musiciens, artistes, mais aussi les marginaux de tous bords. En cette année 1967, elle semble s’adonner corps et âme aux couleurs bouillonnantes du psychédélisme. Les groupes qui pullulent à Haight Ashbury forment une puissante communauté de défricheurs d’espaces sonores, certains sont déjà entrés dans la légende, The Grateful Dead, Big Brother & The Holding Company, Country Joe & The Fich, les plus représentatifs du son psychédélique. Parmi eux le Jefferson Airplane. Stabilisé autour de la chanteuse Grace Slick, qui donnera son nom a une flashante chanson d’amour signée Country Joe McDonald, le combo vient de signer Surrealistic Pillow, album folk et juvénile, au romantisme délicatement acide. Le 30 novembre 1967, ils s’apprêtent à sortir leur troisième opus, After Bathing At Baxter’s. Au-delà du mouvement auquel cet album appartient, le psychédélisme, il convient d’en saluer l’évidente dimension rock dont la maturité réelle contribuera à la renommé de l’Airplane, pourtant considéré comme une formation underground : tous leurs Lp seront disques d’or et dépasseront les seules frontières de la Californie. Retour en arrière, l’été débute comme un trip acide, mais dans les studios de RCA, les idées fusent. Les morceaux se construisent patiemment, chacun teste les nouvelles possibilités techniques qui donneront à l’album sa tonalité conceptuelle. S’il a fallu 3 semaines pour boucler Surrealistic Pillow, il faudra près de 5 mois à Paul Kantner, Grace Slick, Marty Balin, Jorma Kaukonen, Jack Casady et Spencer Dryden pour concevoir, enregistrer et mixer After Bathing At Baxter’s. Plus électrique, plus urbain aussi, l’album démarre dans le fracas des guitares, on est loin de l’acoustique bucolique qui tissait les paisibles ballades du Lp précédent, même si quelques soubresauts de dissonances commençaient à s’y insinuer. Un éclat de rire et Young Girl Sunday Blues prend la relève, donnant une couleur grave au son du groupe. Les arrangements, plus complexes, s’expriment au mieux dans des titres comme Rejoyce, hommage à James Joyce et son Ulysse littéraire, Martha ou encore Won’t You Try/Saturday Afternoon. Le résultat en est rehaussé, l’œuvre cumule 43 minutes et 38 secondes de rock adulte. Le succès sera considérable et l’Airplane s’installera pour longtemps dans le cœur des américains avec des classiques comme Crown Of Creation ou encore Volunteers, le moins lysergique de tous. Éminemment contestataires, leurs chansons sont typiques d’une musique en pleine renaissance, loin des fifties, véritable étendard d’une jeunesse ébahie à la conscience plus qu’affirmée. After Bathing est un pilier, une porte générationnelle ouverte sur une fin de décennie ultra créative qui verra le rock se réinventer en avatars brillants, hard, folk, country, psychédélisme, progressive, soul, punk. Le Jefferson Airplane en est la figure de proue, l’un des groupes les plus populaires aux States, West to the East. En 1970, Paul Kantner et Grace Slick se réincarnent en Jefferson Starship et signent un nouveau chef d’œuvre : Blows Against The Empire. Mais ceci est une autre histoire, un nouveau chapitre.

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