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L'Amérique au panthéon rock, part VI

Publié le 27 octobre 2008 par Bertrand Gillet

Miracle de l’écriture et de l’esprit littéraire joyeusement bordélique, revenons au Los Angeles de l’an de grâce 1967 avec le premier album « magique » de Captain Beefheart et de son non moins Magic Band. Les sortilèges du psychédélisme n’auront pas eu raison du blues rugueux de Captain Beefheart et pourtant, sur la rythmique en apesanteur de John French, Ry Cooder tisse des volutes sinueuses comme autant d’incantations électriques, en Zig Zag Wanderer, en boogies démoniaques et en loopings rock hallucinés. Et puis cette voix caverneuse, brûlée par le soleil du désert et les siècles comme un vieux silex, cette éructation travaillée qui donne à Electricity un pouvoir sous lequel un chanteur de "blues" comme Michel Jonasz n’est jamais tombé, tant ses manières en forme de feulements sur joués n’ont rien de comparable avec les cassures vocales de Don Van Vliet, le seul blanc à chanter comme un noir, avec l’anglais Chris Farlowe. La demi-heure venait de s’écouler, j’étais pour ma part empêtré dans le marasme onctueux du delta en compagnie du Magic Band, bain de boue spirituel et salvateur pour le pêcheur que j’avais été et qui désirait par-dessus tout sauver son âme d’un baptême rock. Un seul. La production était magnifique, ciselée, l’album très court ne racontait pas des coups, il allait à l’essentiel, à l’essence même devrais-je dire alors que la face deux versait dans le drame inquiétant avec Autumn's Child, esthétique du bizarre, ambiance sonique, bref le rock n’était pas juste cette déferlante fifties aux déhanchements et claquements de genoux, cette dissonance pas encore sale, ou psychiatrique, le rock était le creuset d’une culture où la stratégie de la violence, permanente, avait changé l’ordre des choses. Autant vous dire ce que l’on peut penser ici, dans cette tribune, du mot ordre, de ce goût triste de l’homme pour la convention, la sagesse, non le rock ne serait plus jamais sage : il vociféra encore longtemps et je crois pouvoir le dire, continuera à donner de la voix à l’orée du nouveau millénaire.

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