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Eva

Par Luc24

La critique  

Eva
 Amour et destruction dans un film où Jeanne Moreau excelle en bitch 

Tyvian Jones (Stanley Baker) est à Venise pour la Mostra à l’occasion de la présentation du film qui adapte son roman à succès. Il mène à priori une existence banale et ,si tout va bien, il se mariera sous peu avec Francesca, sa fidèle amoureuse. Mais voilà qu’en rentrant dans son appartement, Tyvian surprend un couple. Un homme sans charme ni charisme et une blonde femme fatale (Jeanne Moreau) dont il a payé la compagnie. Il ne faut que quelques secondes à Tyvian pour être obsédé par cette mystérieuse inconnue qui répond au prénom d’Eva. D’abord confiant, il agit en grand gentleman séducteur, sûr que son charme et sa rhétorique paieront. Mais Eva résiste et anonce la couleur : elle ne passera du temps avec lui que s’il la paye. Ce qu’il finit par accepter. Eva le prévient alors : « don’t fall in love with me ». Conseil qu’il ne suivra malheureusement guère. Détruisant complètement sa relation avec sa Francesca promise, Tyvian va tomber amoureux dans tous les sens du terme. Cette Eva là n’est pas une midinette et gare aux hommes qui auront l’imprudence de se laisser aller dans ses filets …

Eva

Noir et blanc de rigueur, la ville de Venise plus mystérieuse que romantique : Eva est , selon les dires de Losey, un de ses films les plus cher et personnel. C’est l’occasion pour lui d’offrir un rôle de garce en or à Jeanne Moreau qui livre une prestation complètement jouissive. Jamais Eva ne cherchera à se faire aimer, jamais elle n’aura une douce pensée ou un geste rassurant. Parfois vulgaire, souvent méchante, toujours séductrice : elle apparaît telle une mante religieuse. Losey s’amuse d’ailleurs avec les attentes du spectateur, désireux de trouver la faille de cette bitch fatale. Mais pourquoi est-elle aussi méchante ? Eva se lance alors dans une troublante confession liée à l’enfance…avant d’éclater de rire et faire remarquer à Tyvian (et du coup au spectateur) qu’il croirait vraiment n’importe quoi. Incontrôlable, colérique, destructrice, elle va pousser Tyvian, un homme en apparence équilibré dans le plus grand des néants.

Eva

Equilibré…bel et bien en apparence. Losey filme à plusieurs reprises des masques. Tyvian finira par tomber le sien et révéler sa nature d’usurpateur. Mais Eva pour sa part gardera le masque jusqu’au bout générant fascination et frustration. Comme Tyvian, le spectateur est amené à être obsédé par cette anti héroïne qui ne semble plus différencier le bien et le mal. Collectionnant les hommes comme les disques, Eva témoigne d’un goût pour les mélodies mélancoliques. Ainsi entend on tout le long du film la merveilleuse chanson de Billie Holiday « Willow Weep for me ». La musique révèlerait-elle les fêlures cachées de la demoiselle ? Œuvre sublime au service d’une actrice qui interprète les garces comme aucune autre, Eva est un film sur la destruction amoureuse. Personne n’en sortira indemne. Francesca souffrira probablement à en mourir ; Tyvian se verra complètement rabaissé (sombrant dans l’alcoolisme et blessé à jamais dans sa virilité) et Eva…Eva restera seule en attendant de nouvelles proies. La bague au doigt, elle affirme que son mari est en voyage. Le doute persiste, on a du mal à la voir engagée dans quoi que ce soit. Peut être que c’est là que se trouve la fêlure, celle d’une femme pour qui l’amour n’est qu’un fantasme.

Eva

Joseph Losey inverse les rôles, Eva dominant totalement Tyvian aussi bien moralement que physiquement (incroyable scène où elle l’insulte et le tabasse). Avec ce film le réalisateur nous montre que l’amour peut être bien noir et sans espoir.Eva restera un mystère, une beauté cruelle. Un film intemporel.


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