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Olav H. Hauge/Le pays bleu

Par Angèle Paoli

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Pb130018

D.R. Ph. angèlepaoli


LE PAYS BLEU
Ici, je suis en sûreté ; ici les chênes encerclent les murs,
ici, les passes scintillent au bas des montagnes
usées par la mer. Si je suis devant la vitre,
les grands chênes
sont d’une profonde couleur d’huile
comme une peinture ancienne.
Dans l’émail bleu du ciel,
des nuages oubliés
viennent de la mer.
Feuillage de chêne dans le soleil d’automne !
Pays bleu, pays montagneux, pays de mer !
qui vieillit à côté de moi,
paré de couleurs lumineuses,
éclatantes.
Aujourd’hui, l’air est frais, des flocons de neige.
Telles des griffes, les branches nues cherchent à saisir
les dernières traces de chaleur et d’ozone.
Je vais dans le pays bleu
sous des blocs qui tombent.
Un jour Yggdrasil sera nu.


DET BLÅ LANDET
Her er eg trygg, her er det eiker kring murane,
her blenkjer sundi bak havslitne fjell.
Stend eg innafor glaset,
har dei veldige eikene
ein djup oljetone
som eit gamalt målarstykke,
på den emaljeblå himmelen
stend attgløymde skyer
i jag fra havet.
Eikelauv i haustsol !
Blålandet, berglandet, havlandet
og aldrar attum meg
i tung fargebragd
og gløding.
I dag er det kjøld og snøflingror i lufti,
dei nakne greinene grip som klør
etter varme og siste oson.
Eg gjeng i det blå landet
under fallande blokkor.
Og ein dag er Yggdrasil snaud.
Olav H. Hauge, Cette nuit l’herbe est devenue verte (anthologie), Editions Rafael de Surtis, Collection Pour une Rivière de Vitrail, 81170 Cordes-sur-Ciel, 2007. Édition bilingue. Traduction du néo-norvégien par Eva Sauvegrain et Pierre Grouix. Préface de Régis Boyer.


  Le 10 octobre dernier, un hommage a été rendu à Olav H. Hauge (18 août 1908 – 23 mai 1994) au Festival du Livre de Pise (Pisa Book Festival) à l’occasion du centenaire de la naissance d'Olav H. Hauge. En présence de l'ambassadeur de Norvège en Italie et d'un des traducteurs du poète, Fulvio Ferrari. Ci-après, Le pays bleu, traduit en italien par Fulvio Ferrari :


LA TERRA AZZURRA
Qui sono al sicuro, qui ci sono querce intorno ai muri,
qui scintilla lo stretto tra monti corrosi dal mare.
Se me ne sto in piedi alla finestra
le querce immense hanno
una profonda tonalità oleosa
come un dipinto antico,
sul cielo di smalto azzurro
nubi ritardatarie
si rincorrono dal mare.
Querce nel sole d’autunno!
Terra azzurra, terra di monti, terra di mare
ed ere alle mie spalle
in una festa di colori
e ardore.
Oggi ci sono freddo e fiocchi di neve nell’aria,
i rami nudi si protendono come artigli
verso il caldo e l’ultimo ozono.
Mi inoltro nella terra azzurra
sotto le foglie che cadono.
E un giorno sarà spoglio Yggdrasil.
Traduzione di Fulvio Ferrari


PAYS BLEU
  La Norvège d’Olav H. Hauge (1908-1994) est celle que l’on connaît le mieux à l’étranger, cette géographie spectaculaire de l’ouest du pays, dont les fjords sont l’image touristique obligée et bleue, la région aussi ― on le sait moins ― des grandes demeures tristes des drames réalistes ibséniens.
  Comme celle de tant de lyriques nordiques de son siècle, comme celle de Tor Jonsson à Lom ou de Knut Ødegard à Molde [...], il s’agit d’une poésie ancrée (forankret), qui sonde un même lieu. De fait, Hauge a moins voyagé que Tarjei Vesaas hors du Telemark, et sa poésie tente, au fil des heures, des saisons et des ans, de rendre quelque chose d’un lieu aimé. Hauge est aussi un poète plus secret, moins connu. Il aura notamment fallu l’effort d’un autre norvégien, son cadet moderniste Jan Erik Vold, né en 1939, pour le faire connaître dans son propre pays.
  Les Anglo-Saxons ont de l’avance : dues à Robert Bly ou surtout à Robin Fulton, des anthologies de ses textes ont paru en anglais tandis que, à notre connaissance, il s’agit ici des premières traductions dans notre langue des vers de Hauge, qui a par ailleurs écrit cinq gros volumes de son journal.
  Une nouvelle fois, à l’heure où l’on célèbre bien témérairement, et sans aucun recul, les vertus supposées du roman policier nordique, la poésie norvégienne ― de laquelle il faudra bien se résoudre, et pourquoi pas ici même, à publier une anthologie ― reste la fleur inconnue. Les vers de Hauge le disent à l’envi : c’est en poésie qu’un pays aussi poétique que la Norvège peut espérer être rendu. Dans sa vérité.
Eva Sauvegrain et Pierre Grouix, postface (extrait), op. cit. supra.



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