Actualité oblige, je décale d’une journée mon programme de la semaine.
J’ai suivi comme je suppose beaucoup, mardi soir, la soirée électorale US. La victoire de B. Obama, qui n’est pas un homme de gauche au sens français du terme, et sans préjuger de ce qu’il fera réellement dans une situation des USA plus que difficile, avec innévitablement des déceptions, est pour moi une immense satisfaction sur laquelle je m’interroge. Pourquoi ?
- La première raison tient au soulagement de voir effacer ainsi 8 sinistres années bushiennes et le triomphe de la démagogie la plus grossière qui avait conduit à, deux fois, son élection. Le tour de force de GW Bush était pourtant énorme: faire passer les intérêts des lobbies pétroliers, financiers et des industries d’armement pour de l’intérêt général. Cela n’avait fonctionné qu’en jouant sur les peurs et les haines.
- La deuxième est, pour moi qui, jeune, avait suivi Little Rock et autres abominations racistes américaines, dans le fait que ce grand pays choisisse, moins de 50 ans plus tard, et même s’il faut se garder de tout optimisme béat, d’apaiser ses conflits inter-ethniques, dans la dignité retrouvée des minorités américaines.
- La troisième tient au fond des discours de B. Obama: Il ne fait appel ni aux peurs ni à des boucs émissaires (dans ce domaine, Bush avait ses émules, en France et en Italie notamment). Il met en avant ce qui rassemble, un projet vers plus d’égalité, où chacun aura sa place, annonce les efforts nécessaires, et surtout parle avec leurs mots aux “petites” gens comme à tous les autres.
- En politique étrangère, s’il n’est pas assasiné bientôt, je crois que nous aurons un Président des USA qui cessera des simplifications outrancières et la politique de la canonnière (qui drapait dans l’oriflamme de la défense des libertés les appétits de fric de ses lobbies les plus influents). On peut espérer une sortie rapide du bourbier irakien, une réorientation de la guerre afghane et l’arrêt de la stigmatisation du monde musulman. Nous pouvons espérer aussi un monde multipolaire avec un Président US qui, tout en défendant ses intérêts, négocie avec ses alliés sans les placer devant le fait accompli. C’est de bon augure pour une régulation financière qui soit efficace.
- Je suis aussi heureux que ce soit un Président jeune, neuf, avec une rapidité de parcours impensable chez nous où n’existe pas la tradition qui élimine automatiquement de l’élection suivante un candidat qui s’est déjà fait battre, où n’existent pas les candidats se présentant pour la Nième fois à la même élection, et qui le peuvent car ils cumulent les mandats et les pouvoirs dans les appareils politiques.
- Enfin, il n’a pas, comme certain, fêté sa victoire dans un Fouquet’s de Chicago avec les représentants du Down Jones et je parie qu’on ne le verra pas de sitôt sur le yacht de Bill Gates ou d’un autre milliardaire histoire de se reposer de sa campagne électorale. Il est des symboles à respecter.
Après la sinistre campagne de 2007 en France, que N. Sarkozy n’avait gagné qu’en montant les uns contre les autres, en dénonçant des boucs émissaires (les fonctionnaires nantis, les chômeurs, les immigrés, …), en jouant sur les peurs sécuritaires, s’appuyant sur ce qu’il y a de pire en chacun d’entre nous: les petites jalousies, les peurs et les haines,…, cette élection, sans en attendre la réalisation du paradis terrestre, me donne un peu d’oxygène.
