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Adoption internationale, une forme de néocolonialisme.

Publié le 06 novembre 2008 par Zench

colonialisme.jpgDans son billet intitulé "Adoption ou abstention", Guillaume Bardon, Avocat à Tours, souligne à juste tire que certains aspects du projet de la Xème réforme de l'adoption en France ont des inspirations colonialistes. Par le lancement d'un "Peace Corps" à la française, un réseau des volontaires pour l'adoption internationale, cette réforme participe d'une conception colonialiste de l'adoption internationale.

"La mission dévolue aux volontaires de l'adoption internationale serait, sous l'autorité des ambassadeurs et dans le respect des législations nationales et des conventions internationales, d'aider les pays pour que les enfants privés de famille ne restent pas en institution.
Bien évidemment l'adoption internationale serait l'un de ces moyens.
Aussi et sous couvert d'une vocation humanitaire, un tel projet induit nécessairement une ingérence dans la politique familiale des pays d'origine des enfants adoptés.

Par ailleurs et tout aussi implicitement, une telle pratique remet en cause la politique interne des pays.
En cela, le projet de réforme est empreint de relent colonialiste et de maladresse diplomatique.

L'ingérence dans la politique familiale des pays d'origine des enfants adoptés et la remise en cause de celle-ci par la France, se traduisant par la mise en place de personnes  intervenant  sur une période limitée dans le temps et ne disposant d'aucune connaissance particulière du terrain, dont la mission première sera essentiellement de permettre de trouver des enfants adoptables, aux lieu et place des autorités locales me paraît constituer une forme de colonialisme.

Avant de relever les dysfonctionnements des politiques familiales des pays étrangers, il y a lieu de s'interroger sur nos propres carences."

Autres textes relevés sur ce thème.


"Enfin un peu de bon sens ! Merci M. Rosenczveig! Je disais à peu près la même chose sur ce site, dans un autre posting. OUI, c’est une bonne chose qu’il y ait moins d’enfants adoptables, que ce soit en France ou à l’étranger. Il est honteux, effectivement, de lire ces lamentations sur la diminution d’enfants adoptables, sur cette “pénurie” d’objets de consommation que sont devenus les enfants, dans une société où, semble-t-il, il est devenu impossible d’exister, de se réaliser sans être parent!

Non, l’adoption n’est pas un droit, seul compte l’intérêt de l’enfant, non le désir fou d’adultes incapables d’accepter les limites imposées par la nature. L’acharnement procréatif et adoptif, encouragé par les médias, les gouvernements, et les scientifiques trouvera tôt ou tard ses limites. Pour l’adoption, l’élévation du niveau de vie dans les pays en développement a déjà beaucoup freiné ce qui s’apparente à une sorte de néo-colonialisme (on vous prend vos ressources - vos enfants, remerciez-nous!!). C’est bien."


Commentaire suite à "Dire la vérité sur l'adoption". 26 février 2008.
Source : Blog de Jean-Pierre Rosenczveig.


En 1972, à l'âge d'un an, Tobias Hübinette a été amené de son lieu de naissance en Corée du Sud à Suède, où il a été élevé par un couple suédois. Aujourd'hui, il fait partie des quelques boursiers universitaires recherchant sur les causes à long terme et les conséquences du programme d'adoption transnationale en Corée.
"Dès que vous commencez à examiner les questions d'adoption en Corée, vous serez immédiatement confrontés à d'autres problèmes, beaucoup plus gros, qui doivent être résolus", a déclaré Hübinette dans un interview avec Yonhap News Agency.

Hubinette a reçu son doctorat en études coréennes de l'Université de Stockholm en 2005 et travaille actuellement comme chercheur au Centre multiculturel de Stockholm.


"International adoption, the movement of predominantly non-white children from the postcolonial, so-called Third World to white adoptive parents in Western Europe, North America, Australia and Scandinavia, was born in the chaotic aftermath of the catastrophic and genocide-like Korean War. This forced child migration, which today involves around 30,000 children annually, has seen the trafficking of an estimated half a million children to date. Within this estimation, at least 160,000, or one third, come from Korea and 80,000, or amazing 15%, have been placed in the Nordic countries". (page 1)


"International adoption is put in relation to a particular Western mode of adopting, and to other trans-racial adoptions and forced migrations in the history of European colonialism." (page 2)
 

"The Nordic countries are also outwardly perceived, and see themselves, as the world’s most
humanitarian, anti-racist and pro-feminist countries – a paradise for human rights. In other words, Nordic self-righteous social engineering goes hand in hand with European colonialism, American imperialism and Korean patriarchy.
 
"Summary
 
So to conclude, by contextualizing international adoption within the history of European colonialism, U.S. empire building and Nordic social engineering, and examining the intimate relationship between colonialism and modernity, I conceptualize international adoption as a mixture of, on one hand, a colonial project which involves trafficking and commodifying non-Western children, and, on the other, a modernist project which involves regulating and controlling women’s reproduction in order to uphold a patriarchal norm system in the
countries of origin, such as Korea, as well as a upholding self-image of humanitarianism, anti-racism and multiculturalism in the receiving countries, like in Scandinavia. I have thus here been trying to understand how international adoption has developed and exists between a complex dynamic of the twin projects and double bind of colonialism and modernity." (page 10)

Between European Colonial Trafficking, American Empire-Building and Nordic Social Engineering: Rethinking International Adoption From a Postcolonial and Feminist Perspective by Tobias Hübinette.
Source : Rethinking Nordic Colonialism.
Act 3 : The Faroe Islands, May 12 - June 4,2006
 


"Justement, je ne suis pas sûre qu'en Inde les homosexuels soient bien tolérés, en même temps, comme tu es d'origine indienne, l'enfant pourra s'identifier à toi.

Pourquoi ne veux-tu pas adopter d'enfants français ? Ca c'est un point dans l'adoption internationale qui me laisse sceptique, sceptique en défaveur de l'adoption internationale. Est-ce que nous enfants adoptés d'ailleurs, pourrions adopter des enfants blancs ? Sinon, l'adoption internationale n'est-elle pas une forme de néocolonialisme ?

Mais ceux qui refusent l'adoption internationale, ça m'inquiète aussi, genre Lepen, pour qui un Français n'est pas celui qui est bien élevé à la française, mais un blanc avant tout."

Commentaire de parvathi sur la discussion "Adoption d'enfants par couples homosexuels"
Source : Forum "La voix des adoptés". 10-11-2006.


"A propos de l'adoption internationale, elle est parfois vécue comme un pillage des pays pauvres par les pays riches, voire comme une forme de néo-colonialisme. Cela peut être effectivement le cas si de l'argent entre en jeu, ou si des intermédiaires utilisent l'adoption comme un commerce."

Qui sont mes parents? La filiation adoptive en fonction du temps et de l'endroit.
Jean-Vital de Monléon, pédiatre et anthropologue, Dijon, France. 2000.
Source : Meanomadis.

"Beaucoup d'entre nous ont en mémoire des cas douloureux d'enfants recueillis à l'étranger en vue d'une adoption, auxquels une décision de justice a refusé le droit d'entrer définitivement dans une famille française, présumant des fraudes non prouvées, alors même que les familles, après un véritable parcours du combattant, avaient rigoureusement respecté les procédures et obtenu les autorisations nécessaires.

Ces situations intolérables naissent certes de conflits de lois, fréquents dans le grand village planétaire. Mais l'adoption internationale, qui peut nourrir, il est vrai, des trafics clandestins contre lesquels il faut lutter, permet à des enfants de pays pauvres, souvent promis à une existence misérable, d'être adoptés, par des familles de pays riches, même modestes. Il est vrai qu'elle choque parfois certains bons esprits, y compris de magistrats, qui y voient une manifestation d'impérialisme, voire de néocolonialisme. Tiennent-ils pour négligeable que quelques milliers d'enfants échappent ainsi chaque année aux trottoirs de Manille, à la prostitution et à l'esclavage ? Certes, on ne réglera pas les problèmes Nord-Sud par l'adoption mais laissons, de grâce, la générosité et l'amour sauver des enfants.  Mme Martine Aurillac."

Discussion de la proposition de loi de M. Jean-François Mattei et plusieurs de ses collègues relative à l'adoption internationale.
Source : Les comptes rendus analytiques de l'Assemblée nationale. 28 mars 2000.

"Il m'est effectivement arrivé d'aller dans un orphelinat avec tous mes dossiers. Les demandes concernaient des filles. Il s'est fait que par hasard, cette fois-là, il n'y avait que des petits garçons. «Et les petits garçons, ils n'ont pas le droit d'avoir des familles ?» La réaction de la puéricultrice de l'orphelinat était tout à fait justifiée. Cela fait réfléchir sur notre attitude qui est ressentie ni plus ni moins que comme du néo-colonialisme. Ils ont peut-être raison…

Entretien avec Françoise Pastor sur l'adoption internationale.
Source : ONE-Adoption.


"La géographie de l'adoption internationale fait apparaître une diversification progressive des pays d'origine: de 7 en 1975, ce nombre est passé à 65 en 1996. La part de l'Afrique a augmenté assez régulièrement depuis 1987, de même que celle de l'Asie. Le nombre d'enfants adoptés originaires d'Europe a connu un certain pic en 1990-1991, probablement lié aux événements de Roumanie et à l'ouverture de la Pologne et de l'ex-URSS, mais ce mouvement paraît régresser, de même que diminue le nombre d'adoptions d'enfants originaires d'Amérique. La part de l'Asie connaît, en revanche, une expansion importante.

En 1996, les adoptions internationales effectuées par des adoptants français étaient ainsi réparties entre les régions d'origine des enfants:
- Asie : 45,06 %;
- Amérique : 22,04 %;
- Afrique : 16,86 %;
- Europe : 16,04 %.

L'opinion publique des pays d'origine perçoit de manière contrastée le développement des adoptions internationales. Certains considèrent ce phénomène comme une forme de néocolonialisme, et l'assimilent à un appauvrissement au profit des pays riches. Certains pays, comme le Sri-Lanka, se sont fermés à l'adoption internationale après avoir découvert d'importants trafics d'enfants. En Colombie, l'opinion s'est émue de l'inculpation pour mauvais traitements à enfants d'un couple français qui avait adopté un bébé colombien. Des témoignages d'adoptants français font état de gestes d'hostilité de la part de Vietnamiens, à la vue d'occidentaux en compagnie d'enfants vietnamiens (voir par exemple Seren Guttmann, Journal d'une adoption - Une filière à Hanoi, l'Harmattan, 1997)."

L'adoption internationale, un phénomène récent et complexe. La question de l'attitude des pays d'origine.
Rapport n° 151 - Projet de loi autorisant l'approbation de la convention sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale.

Sources : l'Encyclopédie de l'Agora. 1997.
Sénat français. 1996.


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