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Stella

Par Rob Gordon
Ona retrouvé Sylvie Verheyde. Il y a dix ans déjà, Un frère nous cueillait (et révélait au passage une certaine Emma de Caunes). Il y eut ensuite le très raté Princesses, le scénario tout pourri du Scorpion de Julien Séri. Et puis plus rien. C'était pour mieux nous revenir avec ce Stella de premier choix, film mineur aux accents majeurs, festival d'émotions diverses et variées. Chronique de l'année de sixième d'une fille de patrons de bar, le film charme tout d'abord par le contraste entre l'air fragile de la petite Stella, qui nous expose ses états d'âme au gré d'une délicieuse voix off, et ses réflexions pétries de bon sens, comme si elle était devenue adulte avant l'heure. Le ton est léger même pour parler de choses graves, à l'image d'une bande originale alternant gros tubes kitschissimes (Sheila, Juvet et compagnie) et morceaux plus "sérieux".
Par miracle, Verheyde parvient à injecter de la fantaisie et de la drôlerie dans ce qui aurait pu n'être qu'une chronique sociale de plus, avec ses odeurs de tabac froid et ses personnages aux cheveux gras. Et pour cause : c'est un film sur la magie de l'enfance et sur le détachement salvateur dont peuvent faire preuve certains mioches, même plongés dans un marasme familial un peu pitoyable. Si le milieu dans lequel elle évolue n'est pas le plus reluisant qui soit, Stella est pourtant une petite fille aimée de ses parents, qui peinent cependant à lui exprimer leurs sentiments et à la prendre en charge comme il le faudrait. Parachutée dans un collège un peu trop huppé pour elle, elle va découvrir la rudesse des préjugés et des différences sociales. Mais toujours avec un regard enfantin. Verheyde semble s'être fixée un objectif bien simple : ne jamais verser dans le plombant. Les quelques scènes graves sont traitées avec sobriété, et certains sujets comme les tourments amoureux sont abordés avec une sorte de fausse candeur réjouissante (ah, ces plans à la David Hamilton pour croquer le premier amoureux de Stella).
Évidemment, un tel film ne saurait exister sans des interprètes solides. Léora Barbara est juste exceptionnelle dans le rôle-titre, bien entourée par le surprenant couple Karole Rocher-Benjamin Biolay en parents pas modèles. Et puis, même s'il n'est là que dans quelques scènes, Guillaume Depardieu illumine chaque plan dans lequel il apparaît, bouffant une nouvelle fois la pellicule comme il l'a si souvent fait ces dernières années. Dans Stella, Guillaume joue un type qui fait craquer les filles, jeunes ou moins jeunes. C'est cette image-là qu'on voudrait garder de lui, quelques semaines après sa détestable disparition.
8/10

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