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L'Amérique au panthéon rock, part IX

Publié le 16 novembre 2008 par Bertrand Gillet


Alors que les hippies s’ébrouent dans les drogues et les fleurs, l’Amérique industrielle fomente une véritable mutinerie dans la rage et la sueur, comme en témoigne le magma visuel qui compose la pochette du premier opus de MC5, Kick out the jams. Il est difficile de mesurer l’importance d’un tel disque, mais il faut bien se dire qu’en 1968 Grateful Dead sort Anthem Of The Sun, le flower power bat son plein, qu’en Californie les bonnes vibrations n’en finissent pas de vibrer. Jeter une oreille vierge dans cette galette sale et brute représentait à l’époque un véritable acte de résistance rock sous des atours plus violents, plus sombres, dixit le discours de John Sinclair qui introduit Ramblin’ Rose. Chose frappante, il s’agit là d’un premier album en concert avec une prise de son exceptionnelle en comparaison des enregistrements live qui pullulent aujourd’hui sur le marché des bootlegs. Grâce soit rendue à Bruce Botnick, ingénieur chez Elektra d’avoir su restituer une telle force de frappe, les guitares sonnent comme des crans d’arrêt, la voix de Rob Tyner éructant avec bonheur (?) ses slogans poético-rebelles. Bien avant Led Zeppelin, Deep Purple et Black Sabbath, l’Amérique enfante un Hard Rock quasi punk, déviant, sanguin et ultra politisé, qui confortera un an plus tard les Stooges dans leur démarche artistique et adoubera les futures velléités braillardes de la scène New Yorkaise des années 75-76-77 : le CBGB’s serait la place forte d’une nouvelle esthétique sonique. Revenons à ce brûlot imperméable aux ravages du temps, il recèle toute la magie brute d’un rock certes blanc, peu groovy mais pourtant sous forte influence free jazz façon trip pharaonique à la Sun Ra que le groupe reprend en fin de set pour transformer la kermesse électrique en odyssée cosmique. Bien loin des clichés sitarisés qui engluent la production psyché pop, des rives de la tamise aux canyons de la Californie. Effrayant, éprouvant pour les nerfs, ce disque est fondamental, total et fut de ceux que j’écoutais en boucle, volume poussé au maximum dans la chambre bordel d’une vie adolescente rythmée par la création. Ce fut aussi le disque que je faisais systématiquement hurler lorsque la meilleure amie de ma sœur, que je désirais en secret, venait à la maison : la pauvrette était à chaque fois traversée par une peur indicible mêlée de consternation béate et dont les yeux renvoyaient de façon globuleuse l’image d’un gosse de 13 ans aux joues roses hurlant des refrains métal en inventant avant l’heure le concept de Air Guitare. Sans doute la malheureuse aujourd’hui loue t-elle la lucidité rock dont je fis preuve à l’époque, tout en se caressant maladroitement d’un geste timide ponctué de petits cris sourds.
La semaine prochaine : Jimi et le pays de la femme électrique

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