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Adieu Philippine

Par Luc24

La critique  

Adieu Philippine
 

Film emblématique de la Nouvelle Vague, beau et léger

 

1960, sixième année de guerre en Algérie. Cette année-là, quand on part au service militaire c’est donc pour faire la guerre. A Paris, Michel (Jean-Claude Aimini), qui travaille comme machiniste à la télévision, n’en a plus que pour quelques semaines : il est un appelé. La télévision fait rêver les minettes, Michel en a conscience et n’hésite pas à s’en servir. Ainsi, il séduit deux jeunes parisiennes inséparables et futiles, Juliette (Stefania Sabatini) et Liliane (Yveline Cery). Ces dernières décident de tout faire pour aider leur nouvel ami en lui évitant de faire son service. Elles essaient notamment de lui trouver du travail dans le cinéma. Mais alors qu’elles se débattent pour l’aider, elles oublient de se poser la question essentielle : est-ce que Michel les aime ? Et finalement, qui a sa préférence ? En plusieurs semaines, nous allons suivre l’évolution de l’amitié des deux jeunes femmes et les derniers moments de légèreté d’un homme appelé à la guerre…

Présenté en 1962 à la Semaine de la Critique à Cannes, Adieu Philippine a de suite tapé dans l’œil de Godard, Truffaut et plus globalement des Cahiers du Cinéma. Tandis que certains critiques jugeaient le film « interminable », d’autres en faisaient un des films les plus emblématiques de la Nouvelle Vague. La Nouvelle Vague, parlons-en. Âge d’or du cinéma français, cette période fut tout de même celle où l’on a le plus vu pulluler de films à petites histoires, des histoires simples sur des petites choses de la vie. Je me souviens du discours de Christophe Honoré pour la sortie de son film Les chansons d’amour. Lui qui vénère les cinéastes de la Nouvelle Vague, disait vouloir avec son projet, montrer que l’on peut essayer de faire des « grands films avec des petits sujets ». Et c’était le cas. C’est aussi le cas d’Adieu Philippine et de nombreux films étiquetés « Nouvelle Vague ». Dans ce film de Jacques Rozier, la guerre d’Algérie est en fond comme une menace (on a envie de dire, un peu comme dans Les parapluies de Cherbourg, même si ici la guerre n’a pas d’effet direct sur les protagonistes, si ce n’est le fait de les pousser à anticiper les évènements). Mais ce qui semble intéresser le plus le cinéaste, ce sont les moments de légèreté, ces petits rien qui mine de rien posent des personnages simples et les rend totalement attachants.

Adieu Philippine, c’est l’histoire d’un curieux ménage à trois. Michel est l’objet des convoitises de Juliette et Liliane. Les filles sont inséparables (comme les amandes philippines), le titre du film leur est dédié. Lors d’une scène, elles font un jeu : celle qui dira la première au lever le matin « Philippine » gagnera davantage l’affection de Michel. Elles répondront en même temps. Juliette et Liliane sont des filles de leur temps qui aiment trainer sur les Grands Boulevards (superbe traveling !), gagner de l’argent en faisant des publicités débiles ou tout simplement parler de garçons. On peut rapidement se poser la question de qui va souffrir le plus dans cette histoire à trois. L’amitié des deux filles va-t-elle éclater lorsque Michel en choisira une ? Ce serait donner trop de crédit à ce personnage de mec branleur et je m’en foutiste. Michel passe sur les choses, ne se prend pas la tête, agit en égoïste, en se moquant des conséquences. Bref, autant dire qu’avoir les deux en même temps ne lui pose aucun souci. Le choix est donc loin d’être fait.

Pendant 1h45, Jacques Rozier dresse le portrait d’une génération, évoque avec subtilité une période difficile de la France et en même temps nous offre un grand moment de fraicheur, de spontanéité. C’est comme si l’on partait en vacances. Ponctué de moments de grâce (scène du tcha tcha où Yveline Céry danse face caméra, superbe plan aux douches de la plage), Adieu Philippine s’avère être une tranche de vie précise, amusante, touchante et finalement très universelle. Les jeux de l’amour et du hasard constituent un thème intemporel. Autant dire que cette œuvre-là n’a pas pris une ride et que sa vision s’impose.

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