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La nature de Gaëlle Obiégly

Par Sylvie

Editions L'Arpenteur, 2007

Voici un drôle de récit d'une jeune auteur, inspiré un peu des microfictions de Régis Jauffret.
Dans de courts paragraphes (ou parfois une phrase), Gaëlle Obiégly convoque des figures de femme, sans nom, sans prénom. Juste désignées par le pronom indéfini , une jeune fille, une épouse, une astronaute, un trotskiste, une naturaliste, une astronaute, une obèse, une starlette, une actrice, une prostituée, une enseignante, une complice d'un gangster, une veuve, une religieuse....Certaines ne font qu'une apparition, d'autres reviennent de manière récurrente.
Dans ces "vies minuscules", c'est le rapport homme/femme qui est convoqué ; et l'homme est encore plus évanescent que la figure féminine car il est désigné par "l'époux" "l'amant", "Monsieur".....ou un tigre !!!
Car c'est bien à une ronde sans fin, à un tourbillon de vies auxquels nous convie l'auteur. Ce sont des centaines d'événements, de petits riens qui défilent, comme un véritable zapping. L'épouse ou la maîtresse valsent avec les amants. L'épouse peut être malheureuse et l'amante joyeuse mais ce n'est pas toujours le cas !

Le lecteur est déconcerté, souvent perdu dans un tel télescopage. Il en reste cependant des épisodes assez drolatiques, vraiment originaux ; citons la naturaliste qui quitte sa famille pour aller vivre avec un tigre dans un zoo puis dans la savane, une trotskiste qui rêve d'une mort héroïque, une veuve qui rêve pendant un dîner de famille de faire l'amour sur la table avec son défunt et les épouses et amantes, finalement plus complices que rivales.
On retiendra le rythme effréné, très dynamique (impression de flash), un humour noir très présent ; finalement, l'amour est toujours tenu en échec ; après la perte, la souffrance, vient l'oubli...puis la répétition de l'amour à l'infini. On décèle parfois aussi une poésie assez subtile sur la fuite du temps et des sentiments.
Une impression assez désagréable de lecture au début, le sentiment de ne rien saisir, rien retenir. Puis finalement, il en reste des épisodes assez percutants :
"une femme par amour s'adapte et par ennui, ne supporte plus rien. L'amant est le seul qui réussisse à la faire lever tôt. C'est à dire à sept heures et demie. Une femme dort peu et se sent bien. La grâce la soulève. Elle ne pèse pas même un kilo. L'amant prépare du thé. Elle voit, quand il verse, couler dans les tasses leurs derniers instants d'amour. Une femme voudrait un finir très vite avec ça. Oui et non. La théière est vide, il faut s'en aller"
"Une starlette ayant renversé un pot de confuture dans le lit panique à l'idée que cela soit pris^pour ses règles. "
"Une naturaliste tombe amoureuse d'un tigre. Sa vie s'en trouve ravagée, elle devra choisir entre l'homme et la bête. Au cours d'une nuit de travail, où elle observe le sommeil des lionceaux, elle croise à plusieurs reprises les yeux d'un félin majestueux. Elle entre dans la cage, s'endort auprès de lui. Elle invente un langage, comprend celui de la bête. Par exemple, elle l' entend très vite lui dire "ma belle" ou "mon coeur". Une naturaliste parle très peu de son travail, en général. Cette relation reste secrète. Sa famille ne doit rien savoir ; elle pense, cependant, que les enfants pourraient s'en amuser. Elle tait sa liaison surtout parce qu'elle a toujours trouvé méprisables les amours nées sur un lieu de travail, sauf s'il s'agit d'attouchements homosexuels sur des chantiers. Le tigre et la femme naturaliste ne sont pas tout à fait collègues. "
""Une religieuse fait un cauchemar où elle trompe le Christ, il en souffre tellement qu'il s'élance, traverse un vitrail. une verrière éclate sous son poids."
"Une religieuse et Jésus-Christ se quittent à la station Aubert. Comme des joueurs de basket après un match difficile, il s'empoignent et se donnent des petits coups de point fraternels. Le seigneur pose sa main sur l'épaule d'une religieuse et lui dit File, tu vas être en retard.
Embrassons-nous un petit peu
Oui, mais après ça , tu pars"
"Immobile et accroupie sur un tapis roulant, une clocharde semble un bonbon sur une langue immense"
"Trois jours durant, une veuve lit à voix haute un texte d'André Breton dont un défunt a été un grand lecteur. Le quatrième jour, comme il ne s'est toujours pas manifesté, elle lit plus fort. Il lui répond sèchement, la prie de s'abstenir de le contacter pour un oui ou pour un nom"
"Un mari, de retour de la savane, rédige ses mémoires d'époux d'une naturaliste "vivre avec une naturaliste est très dur, mais vivre sans elle n'a pas d'intérêt", le livre commence par cette phrase"


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