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Publié le 18 novembre 2008 par Aymeric

Dealing with la grande nation « Personnifié par la fière figure de Marianne, l’Etat Français est déifié à un degré qui n’a aucun équivalent dans le reste du monde occidental aujourd’hui. Bien des Français partageraient certainement l’opinion de Paul Delouvrier, l’un des hauts fonctionnaires français les plus célèbres, qui déclarait : « Pour moi, l’Etat incarne la nation dans ses organes constitutifs : il est l’ensemble des institutions grâce auxquelles la société fonctionne. » La façon presque obsessionnelle avec laquelle les négociateurs français défendent les intérêts de l’Etat est une caractéristique universellement reconnue par leurs interlocuteurs étrangers qui ont pu les juger sur leurs actes. Un point anecdotique est révélateur de la place de l’Etat dans la mentalité politique française : le fait d’écrire ce terme avec une majuscule, alors que la langue française est connue pour ne pas abuser des lettres capitales.
[…]
Alors qu’aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui partagent la foi d’Abraham Lincoln dans l’idée que le « droit fait le droit », en France, c’est l’Etat qui fait le droit.
[…]
Le mot "droits" se trouve au cœur de la tradition politique américaine. Ces droits de l’individu doivent permettre à ceux qui en jouissent de résister aux pressions de la société et de ’Etat… La conception française est complètement différente et doit beaucoup à Rousseau. Alors que le libéralisme se situe au pôle opposé de la monarchie absolue, la conception rousseauiste est, en un certain sens, une sorte d’absolutisme renversé qui substitue la nation au monarque. Ici, le mot clé est la "loi" comme expression de la volonté générale… Dans la conception française, la loi est supérieure aux droits, et les droits de l’individu peuvent être limités ou suspendus par la volonté générale. »

In Charles Cogan, Diplomatie à la Française (French Negotiating Behaviour: Dealing with La Grande Nation)

Ok, ok, le rapport de la France à l’Etat, qu’il est très particulier et que ça n’a rien à voir avec le reste du monde, a fortiori si ce dernier est anglo-saxon, c’est une belle tarte à la crème de celles qui peuvent nourrir des kilomètres de tribunes, des tombereaux de bouquins.
Mais je ne me rappelle pas avoir inscrit le devoir d’originalité dans le préambule du cahier des charges de ce blog, non ? S’il me plait à moi de marteler des évidences.
Sur le livre lui-même, je peux simplement vous dire que le propos est de s’interroger sur l’existence d’un style français en matière de négociation. Interrogation toute relative puisque l’auteur y répond par l’affirmative tout de go ou quasi.
Les quelques lignes citées plus haut s’insèrent dans un chapitre consacré aux catégories qui déterminent ce style ; au nombre de six selon l’auteur, il y aurait :
La tradition de l’Etat, les références emblématiques de la culture politique française, l’antiaméricanisme, le tempérament français, l’influence du cartésianisme et l’influence du système d’éducation.
Je reconnais qu’expliquer le style français par l’influence du tempérament français vous a quelque chose de suffisamment tautologique pour rendre sceptique quand au sérieux du propos de Cogan mais pour l’instant, si on ne s’offusque pas trop de tomber sur un ou deux truisme à l’occasion, l’ensemble est aussi distrayant qu’informatif.
En même temps, le chapitre que j’évoque étant le premier et l’ordre des catégories, celui que le livre aborde, vous pouvez deviner état d’avancement de ma lecture et ma légitimité à juger l’opus.
Sinon, pour l’anecdote, le dernier paragraphe est une citation au carré. Elle sort bien du livre de Cogan mais lui-même l’avait extraite d’un texte de Stanley Hoffman : Deux universalismes en conflit.


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