Magazine Beaux Arts

Au Cap Nord

Publié le 18 novembre 2008 par Marc Lenot

Un des intérêts du Mois de la Photo, quand la grippe ne vous cloue pas au lit, c’est aussi d’aller dans des lieux improbables découvrir de jeunes photographes peu connus, quasiment par hasard, attiré par une notice ou incité par une amie au goût sûr. Je me retrouve ainsi sur le palier de l’escalier d’honneur de la Mairie du 3ème arrondissement, entre Salle des Mariages et bureau du Maire. L’exposition ‘Sur les traces’, jusqu’au 29 novembre, présente trois photographes assez différents. New York Plage, de Bénédicte Lassalle, a la même ironie, mi tendre, mi acerbe que Martin Parr sur les Anglais en vacances. Bénédicte Topuz photographie la même plage de Veules-les-roses en hiver et en été : le point de vue est le même, l’horizon hivernal est plus haut, et la lumière surtout change, du blond sableux de l’été au gris embrumé de l’hiver, composant un beau travail formel.

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Le plus intéressant est le travail de Vittorio Mortarotti, Focus-NordKapp, qui, quelques années après le décès de son père, suit les traces d’un voyage que celui-ci fit en 1963 au Cap Nord (il me semble me souvenir que Nos meilleures années évoquait aussi un voyage - inaccompli - au Cap Nord). De cette quête, Mortarotti ne montre ici que ses photos en noir et blanc; sur un livret (et sur le site indiqué ci-dessus) on voit aussi des photogrammes de son film, en couleur, qui accentuent la dimension ‘road movie’. Les quelques photos montrées ici sont par contre d’une grande sobriété; dans un lieu où la lumière est rare, elles sont grises, sombres, peu distinctes.
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Un lampadaire ou un phare troue parfois la brume, tout reste un peu flou, comme un souvenir estompé, comme une mémoire filiale en recherche d’identité. Dans ce bout du monde, ce finistère, les choses n’ont plus le même poids; la limite, la contrainte, l’impossibilité sont présentes partout. Au bout de cette jetée, derrière ce grillage (de mémoire, celui précisément du Cap Nord, l’extrême limite de nos pas), le monde n’est plus le même, il n’est plus peuplé que d’oiseaux polaires et d’esprits maléfiques. Il devient imphotographiable, nous atteignons ici l’extrême limite de la possibilité de représentation, nous n’avons plus de traces à suivre. La vibration étrange qu’on peut ressentir dans un endroit aussi désolé (et que Sugimoto a très bien rendue) anime aussi ces photos d’un fils perdu sur les traces de son père mort.


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