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Revue de détail n° 14

Par Jean-Jacques Nuel

(Ces chroniques sont parues dans La Presse Littéraire n° 16.)

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LES MOMENTS LITTERAIRES n° 20

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Pour son numéro 20 et son dixième anniversaire,  la belle revue de Gilbert Moreau consacrée à l’écriture de l’intime s’offre des habits de fête : la couverture en rouge, noir et blanc est signée du grand couturier Christian Lacroix. (Notons qu’il aurait pu réaliser, pour opérer un rapprochement complet entre le vêtement et le livre, une « jaquette » !).  Au sommaire, des écrivains de l’intime dont la plupart ont déjà eu les honneurs de la revue ( Annie Ernaux, Serge Doubrovsky, Charles Juliet, Gabriel Matzneff, Anne Coudreuse, Jocelyne François) et un auteur trop peu connu (mais d’une discrétion volontaire, car il se tient loin de Paris et des milieux littéraires) : André Blanchard qui nous livre ses « Notes d’un dilettante » de 1986, extraites d’un livre à paraître « Un début loin de la vie ». Quelques citations de ce dernier : « Avoir devant une récolte maigrichonne de phrases le mot du jardinier quand son panier ne pèse pas lourd : - C’est l’année qui veut ça. » ; « Quand nous écrivons, plus rien n’existe. En somme, nous nous supprimons du monde sans avoir besoin de nous détruire. C’est un privilège qui classe la littérature. » ; « Longtemps je me suis vu mourir bien avant trente ans, imprégné que j’étais du romantisme de la jeunesse, pour qui durer est comme une faute de goût. Depuis, j’essaie, difficilement, de croire à l’inverse, que je suis parti pour une longue vie, et cela en invoquant ce double postulat : j’ai beaucoup à faire, et je suis lent. » Ses derniers livres sont parus aux éditions Le dilettante.

De la lecture de ces différents auteurs, d’où émerge Blanchard pour son humilité et sa véracité, on se dit que l’écrit intime ne vaut que lorsqu’il dépasse l’écriture du moi (ce moi haïssable dont parle Pascal, cette banalité boursouflée) pour nous livrer l’auteur dans sa vérité et lorsque l’écriture est au plus près de l’acte de création, épousant son jaillissement.

Les Moments littéraires, B.P. 175, 92186 Antony Cedex. 128 pages, 12 € http://pagesperso-orange.fr/lml.info/

AMER, revue finissante n° 2

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Pour son deuxième numéro, appelé « seconde décharge », Amer livre un dossier sur la domesticité. Se plaçant dans la continuité de la littérature fin de siècle (19e, évidemment) et de l’anarchisme, la revue place en quatrième de couverture une citation d’Octave Mirbeau qui résume bien le numéro : « 1° l’homme est une bête méchante et stupide. 2° la justice est une infamie. 3° l’amour est une cochonnerie. 4° Dieu est une chimère. » Le sommaire est très riche, convoquant Nietzsche, Rémy de Gourmont, Rachilde, Jean Lorrain, Sacher Masoch, mais faisant aussi appel à des plumes contemporaines, comme Marie-Laure Dagoit ou Stéphane Beau. Ce numéro copieux, à la couverture illustrée de chiens dangereux, se consacre notamment au fétichisme et aux amours ancillaires, rappelant avec ironie la Première Epître de Saint Pierre : « Vous les domestiques, soyez soumis à vos maîtres avec une profonde crainte, non seulement aux bons et aux bienveillants, mais aussi aux difficiles. Car c’est une grâce que de supporter, par égard pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement. » Bourrée de références, de citations, illustrée de dessins et de photos érotiques d’époque, Amer revue finissante est une revue contestataire et mal embouchée (ne remplace-t-elle pas l’avertissement légal par « Le Code de propriété intellectuelle nous emmerde. Conséquemment nous emmerdons le Code de la propriété intellectuelle. »), mais elle nous rappelle ou nous révèle un pan un peu oublié de notre histoire littéraire et du mouvement des idées.

Amer, Les Ames d’Attala, 190 pages. http://zamdatala.net/

LA FAUTE A ROUSSEAU n° 48

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Grâce aux efforts de l’APA (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique) et de son dynamique président Philippe Lejeune, spécialiste réputé de ce genre littéraire, le projet de cette association est désormais bien connu : conserver des textes autobiographiques inédits rédigés par des personnes de tous milieux sociaux. 640 adhérents et 180 mètres linéaires de textes à ce jour ! Le lieu de cette conservation est la médiathèque municipale de la Grenette, dont une partie est mise à la disposition de l’APA par la municipalité d’Ambérieu-en-Bugey, près de Lyon.

La revue La Faute à Rousseau, paraissant trois fois par an, se veut à la fois le bloc-notes de l’association (activités, brèves, calendrier, assemblée générale…) et un espace de réflexion sur le thème autobiographique. Elle est présente au Salon de la Revue de Paris et commence à être diffusée en librairies. Ce dernier numéro s’intitule «  Lire la vie des autres » et met l’accent sur l’expérience originale que mènent les membres de l’APA : lire en sympathie les écrits inédits d’inconnus, pour en rédiger et publier des échos de lecture (et selon la règle des « quatre sans » que rappelle Lejeune : accueillir sans trier, lire sans étudier, apprécier sans évaluer, diffuser sans publier). Le tout en se souvenant de Jean-Jacques Rousseau, le génial auteur des Confessions qui, en déposant sa vie dans le Garde-mémoire de l’humanité, voulait nous tirer « de cette règle unique et fautive de juger toujours du cœur d’autrui par le sien, tandis qu’au contraire il faudrait souvent pour connaître le sien même commencer par lire dans celui d’autrui. »

La Faute à Rousseau, APA, La Grenette, 10 rue Amédée-Bonnet, 01500 Ambérieu-en-Bugey. 84 pages, 9 €. http://sitapa.free.fr/


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