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En retard

Publié le 23 novembre 2008 par Marc Lenot

Des expositions vues trop tard pour que j’écrive longuement sur elles, mais qui méritent quand même un court commentaire, acide ou élogieux.

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Tant de gens m’avaient vanté Academia, à la Chapelle de l’Ecole des Beaux-arts (finie le 23 novembre), mais j’ai été déçu. Non pas par la qualité des oeuvres de la collection de l’antiquaire Axel Vervoordt, mais par l’aberration de cet accrochage où on ne voit plus rien, où le regard ne sait où accommoder, entre trois épaisseurs. Le discours sur la juxtaposition entre art ancien (en moulages) et art contemporain est bien rodé, mais ici (à la différence de la plupart des endroits où on tente cette expérience, Louvre, Orsay, Versailles ou Salon des Antiquaires), il tombe à plat, sans matière, sans dialogue, sans argument. Repérer les oeuvres est un parcours du combattant, avec une grille complexe (où suis-je ? ah, vue C, index 6, ce doit être le de Wit), et, une fois repérées, on les voit mal et on se demande ce qu’elles font là, tentant en vain de bâtir des parentés, des correspondances. Avez-vous trouvé le Jan Fabre sur cette photo ? Par contre, il faut aller voir, toujours aux Beaux-arts, Figures du Corps (jusqu’au 4 janvier), dont je parlerai.

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L’exposition de Baptiste Debombourg chez Patricia Dorfmann est finie depuis hier, mais on reverra son travail d’ici peu. Sa représentation de la destruction avec un mur enfoncé, éclaté (‘Turbo’) m’a semblé un peu simple, et déjà vue (ici par exemple ou, plus violemment, ), mais j’ai retenu sa capacité à montrer des marges, des interstices de la ‘vraie vie’ où vont se glisser étrangetés, passions bizarres ou détournements du réel. Sa vidéo sur les traîne-culs (TCS) est superbe d’humour, de tendresse et de douce marginalité. Ses slogans en mégots sont aussi des accroche-regard, des stimulateurs de pensée, avec toutefois le risque de tourner au procédé répétitif, à la bonne idée qu’on exploite. Quant à ses dessins, celui de la maison aux immenses sous-sols (‘Tradition of Excellence’) est fascinant : monde caché, souterrain, peut-être social et prolétaire (peut-être, du fait des bords estompés, y ai-je aussitôt vu la bibliothèque de Borges); il y marie dessin artistique et dessin industriel, main talentueuse de l’artiste et main rigoureuse du releveur de plan.

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J’ai aussi fait la fermeture samedi soir chez Kamel Mennour, un peu pour les photos de carcasses rouillées de bateaux de Zineb Sedira (‘Shipwreck, the Death of a Journey’), ruines contemporaines témoins tragiques de la frontière entre Nord et Sud, mais surtout pour la magie salée et sucrée de Sigalit Landau (’Salt Sails + Sugar Knots’). Si son exposition berlinoise, trop baroque, ne m’avait guère convaincu, celle-ci est plus épurée, plus acerbe. Le barbelé ne ceint plus son ventre meurtri mais, façonné en abat-jours, il est maintenant couvert du sel de la Mer Morte (Barbed Wire) : se conjuguent peut-être là l’obscurantisme qui cache les Lumières, la volonté de voir (et de témoigner) qui tue (la femme de Loth) et la symbolique toujours chargée en ces contrées du barbelé colonisateur. Et, en plus c’est étonnamment beau. En bas, foulant le sel, qui couvre le plancher et qui donne à des pastèques l’aspect de steaks répugnants (’Sugar Well at the Tear Mine’), attirés par une musique arabe sensuelle, on plonge dans le sucré : une vidéo (’Arab Snow’) de barbe à papa, collante, filandreuse, flottante, agitée par une figurine, derviche tourneur ou danseuse de cabaret. La vidéo s’affaiblit dans la séquence ‘humaine’ finale, bouches engloutissant voluptueusement la barbe à papa, elle devient alors trop réelle, trop sexuelle, moins éthérée, dommage. Pour plus de détails et de critique, lire ici.

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Enfin, parmi les expositions encore visibles quelques jours (jusqu’au 30 novembre) Gurbet / El Maghreb à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, dans l’ancien Musée Colonial de la Porte Dorée. Si le travail de Bruno Boudjelal sur les Turcs immigrés en France n’est qu’un bon travail documentaire, Malik Nejmi nous conte une histoire qui est la sienne, et celle de son père, la tension entre ici et là-bas, la nostalgie d’un retour impossible. Et il le fait en mobilisant les émotions, les visions, mais, croirait-on, aussi les musiques et les senteurs. Il sait faire naître l’émotion, avec des images parfois évidentes et parfois très complexes, mais où on sent toujours sa présence, son engagement. A voir d’ici dimanche prochain, pour que la lecture de ce billet n’ait pas été vaine.


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