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Le haut-mal

Par Lazare
A propos de Délire de Laura Restrepo (Calmann-Levy).
A force d'en revenir aux mêmes choses je vais finir par croire ce que les gens murmurent sur mon passage, comme quoi je ne suis qu'un alcoolique élégant mais un alcoolique de plus! Bien. Mais qu'y puis je si, pour sa venue, Belane m'a offert une BeerTender ultra fraîche, trois bouteilles de Mythique 2007, une bouteille de Martini Bianco pour le petit dèj' & les chroniques de Bob Dylan? Dans trois dodos il ne sera plus là & il se pourrait bien que je vous parle d'un livre qui trône au sommet de ma pile-de-livres-à-lire-vite-vite: Délire.
De Laura Restrepo l'on ne sait pas grand chose hormis le fait qu'elle a publié une dizaine de romans, qu'elle est journaliste, romancière certes & qu'en 1989, alors que je sautillais dans les rues de Ste Marthe habillé en Sans-culotte en gueulant un truc du genre; « Aaaaah! Ça ira! Ça ira! Ça ira! Les aristocrates on les auraaaa! », elle était contrainte à l'exil (au Mexique & en Espagne) après avoir participé au processus de négociation entre le gouvernement de Bogotá & un groupe de la guérilla colombienne: le M-19, un nom qui fleure bon le service secret britannique... mais le truc intéressant dans ce genre d'histoire &, malheureusement, l'Amérique du Sud en regorge, c'est que ça donne souvent de bons livres. Ainsi donc: Délire.
Clic! J'allume une cigarette qui fait rire sensée élargir mes vues sur la littérature sud-américaine qui est, je n'ai jamais cessé de le dire, ce qui se fait de mieux avec sa voisine du nord en ces temps de changements hystériques. Belane me demande à l'instant de parler de Mikaël Vendetta & de sa théorie sur la bogossitude, ce que je ferais avec le plus grand des plaisirs tant le monde actuel a besoin de héros pour montrer le chemin au peuple, pour garder la tête droite avec cette lueur d'espoir dans les yeux qui n'ont plus peur de la mort désormais (je dicte ce papier de vive voix comme mes illustres prédécesseurs, les journalistes radicaux– Belane acquiesce de la tête). Mais de Vendetta il n'y aura pas. Le temps n'est plus à la vengeance mais à l'union. C'est une chose que les personnages de Laura Restrepo ont (presque) tous compris.

Aguilar rentre de quatre jours de vacances avec les enfants d'un premier mariage. Une fois arrivé à Bogotá il reçoit un mystérieux coup de téléphone lui demandant de venir chercher sa femme enfermée dans un hôtel. Lorsqu'il arrive sur les lieux Augustina est dans un état de démence aiguë. C'est le moins que l'on puisse dire... Mais que s'est il passé pendant ces quatre jours d'absence pour que sa femme soit devenue totalement délirante?
On tourne parfois en rond pendant un bon moment avant de parvenir enfin à saisir la vérité d'un livre. De par ses voix diverses celui de Laura Restrepo parvient pendant un certain moment à cacher son véritable mobile. Aguilar se retrouve dans la situation incommode mais fertile de l'amnésique devant mener l'enquête afin de comprendre, d'assembler les quelques pièces d'un puzzle qui pourraient enfin répondre à ses questions. Mais ce n'est qu'un prétexte, dit la banalité populaire. Les différents discours qui s'accumulent & tourbillonnent autour d'Aguilar ne pointent que vers une seule cible. Évidemment, la chose qui lui importe c' est de comprendre ce qui est arrivé à sa femme & plus que tout de retrouver sa femme. Peut être même cela lui suffirait il car, dans bien des passages, on le voit qui lutte durement contre la violence d'une maladie qui ressemble comme deux goûtes d'eau à un alzheimer foudroyant, il fait le dos rond car il sait que les moments de pure folie (la voilà qui se trimballe dans tout l'appartement avec des bassines remplies d'eau pour nettoyer leur appartement, la voilà qui divise le foyer en deux avec interdiction formelle de franchir les limites tracées...) précèdent la lucidité & le retour de l'amour. Ces moments sont d'ailleurs pitoyables, pitoyables au sens premier du terme, car ils sont vains. Mais ces plages d'intense lucidité, intense car courte, sont sans prix aux yeux d'Aguilar car voilà le moment de la reconnaissance (encore une fois sens premier de reconnaissance, reconnaissance comme vrai, légitime comme sien). Alors peut être est ce le point crucial de sa quête qui connaîtra de nombreuses erreurs. Il se bat contre les mauvais ennemis & cherche les mauvaises choses. Agustina reste étrangement hors de portée de son mari &, à la fin du livre, le lecteur en saura presque plus sur cette étrange femme. Délire appraît bien vite non pas comme la quête désespérée d'un homme désespérément amoureux mais comme l'état des lieux malmené & fragmenté d'une filiation dans la folie. Les phrases, les anecdotes, les pages de journaux intimes s'accumulent pour dessiner la silhouette d'une famille... pfff... Aguliar est l'agneau consentant, le seul capable... de porter sur lui le poBLAH BLAH BLAH... mais putain de quoi on parle là?!

Clic! Fait la BeerTender presque asséchée alors que je me rend compte qu'il est très difficile de parler correctement d'un texte qui, sous chaque phrase, tisse un tapis de sous entendus. Il est par exemple extrêmement compliqué, dans l'état où je me trouve, de faire le liens entre la rémission constante de cette famille (la famille d'Agustina) qui se noie dans un héritage de culpabilité & de folie & le portrait sans concession, bien qu'en filigrane, que Restrepo fait de la narco-bourgeoisie colombienne. C'est bien dommage car c'est une chose assez intelligente qui serpente tout au long des 340 pages parcellaires de Délire. Ou de causer du style très singulier de cette femme de 58 ans qui écrit comme un rocker de 20... pas totalement... pas du tout en fait, mais assez pour me le faire remarquer. Elle a une belle écriture moderne, nerveuse, confuse. Elle bégaie, se répète. Belane vient de mettre An Americcan Prayer (" Awake... Shake dreams from your hair, my pretty child, my sweet one... Choose the day & choose the sign of your day... The day's divinity... First things you see...") & soudainPATATRAS mon petit appartement boisé s'apaiserait presque (je dis ça au moment même où Belane vient de se prendre une carapace rouge tirée par Peach ou ce bandeur de Luigi). Nous avons commandé plein de cadeaux ce matin si particulier du 24 novembre. Nous avons fait reculer la crise ce matin, nous avons fait marché le commerce extérieur italien & extra communautaire, oui, nous avons commandé une paire de lunette de soleil, des Persol 649 Havana, une cafetière Conica de chez Alessi & le coffret ricain de 2666 dont parle JDM. Lazare parmi les Lazares. Je me sens bien & accompli. La mort ne me fait plus peur. Les socialistes si. Je suis soulagé de savoir que la neige tombée cette nuit & ce matin si particulier de novembre vient d'isoler toute la vallée de Briançon par ses quatre accès. Col du Lautharet & du Galibier: fermés. Col de l'Echelle: fermé. Col de l'Izoard: fermé. Vallée de l'Argentière: sans aucun intérêt. Une ville minière & première pause électrique sur la belle & fraîche Durance. Il est d'autant moins évident de structurer la moindre pensée, un tant soit peu cohérente, sur un texte aussi « éclaté » que Délire au regard de ma concentration limitée. Je pourrais simplement lâcher mes notes de lecture en vrac: Père violent (Carlos Vicente Londoño). Qui est cette tante Sofi qui baise avec tout le monde? Midas McAlister (& l'Araignée) serait « responsable » de l'état critique de Agustina. Rapprochement possible avec certains textes de Bioy Casares. La folie comme un refuge sans mémoire. Perte d'un bébé. Un mensonge comme seule architecture de toute une famille (& là on parle de trois générations). Bof... Je serais alors condamné à écrire ces éternelles ritournelles bruyantissimes qui partent en tout sens, rebondissent contre les murs 2.0 de mon blog chéri (la seule personne qui ne m'a jamais déçu... jamais), qui sont remplies de « BREF! », de « notre Belle République » par-ci d'esperluettes (&) par-là, de « loulous » à toutes les virgules, tous ces petits traits de génie qui me garantissent un succès inégalé. Des textes sympa, jeunes & qui n'ont pas froid aux yeux: « On lit ce qu’on aime tandis qu’on écrit pas ce qu’on aimerait écrire mais ce qu’on est capable d’écrire ». C’est Borges qui disait ça à son ami Sabato alors qu’ils buvaient dans un café de Buenos Aires (un verre d’eau pour Borges & un whisky pour Sabato) & moi je l’ai écrit sur mon clavier Toshiba. C’est une devise qui me va comme un gant. Je ne suis qu’un recycleur après tout. J’écris des poèmes tristes & trop sérieux surtout lorsque j’ai bu & je les utilise parce qu’ils sont francs, débiles & directs. Ils allument des feux dans ma conscience & arrachent des mondes entiers à ces foyers ; ça n’est que du petit bois. Mais je suis bien obligé de faire avec car tout est si embrouillé… les phrases simples, les raisonnements limpides… ça n’est pas ça, pas ça du tout ! Que crois tu que j’ai fait depuis ? Hum ? Ça n’est pas ça du tout ! Ça n’est pas le lieu où je veux vivre… le foisonnement incertain & les répétitions & les hésitations & la mauvaise foi à tous les coups voilà ce qui structure le paquet de viande qui me sert de cervelle, ce qui fait de moi une si mauvaise maison pour les mots. Mes poèmes ne sont que des brouillons, le prolongement égocentrique de mes notes, des instantanés sur des clichés sensoriels que j’utilise après passage en chambre noire & je tape encore, oui encore aujourd’hui je tape sur ce foutu portable nippon, je tape comme quelqu’un qui se noie & qui tente de ravir une dernière bouffée d’air avant de sombrer corps & âme. Ici, au fond de cette abîme, je me suis déguisé en clochard céleste, terré au 212 Orizaba, veine sordide de Mexico, défoncé, entièrement défoncé aux amphètes à Tanger, frontière de l’Interzone ou tendu de désirs peuplés d’une armée d’écrivains assassins – il faut taper ! Taper devient comme respirer. Rattraper aussi, rattraper le souffle perverti d’une imagination dévoyée, corrompue dans une demi transe & ne jamais savoir où dorment les mots mais garder les yeux bien ouverts malgré tout & taper encore de prodigieuses visions, d’incroyables paniques pour un répit incertain_______________________________________________________________Tout ça a déjà était dit de nombreuses fois & sera certainement répéter. Oui, c'est bien dommage. Délire demande un peu plus d'attention, un peu plus de concentration que je n'y ai mis, c'est un fait.
Jim Morrison, qui écrivait de drôle de poèmes sous le nom de James Douglas Morrison, vient de dire: « You know we're ruled by TV ». Clic! Fait la manette du BeerTender. Je crois que je vais lire le recueil de textes de Günther Anders (Hiroshima est partout) que le Seuil vient de faire paraître. Ça ferait bien sur le FFC, un papier sur la philosophie & la bombe atomique. A moins que je ne finisse par ouvrir Mars de Zorn ou bien une canette de Pelfort peut être. En attendant, Laura Restrepo c'était pas mal du tout.

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