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Les nationalistes ont détruit l

Publié le 25 novembre 2008 par Hrvatska

Les nationalistes ont détruit la justice

Le crime organisé n'a rien de neuf, depuis 18 ans déjà il agit avec la bénédiction du pouvoir. Les mômes ont appris à piller et à tuer pendant la guerre, personne ne les a poursuivis pour cela et ils ont continué jusqu'à ce jour. L'alarme commence à sonner maintenant que se mettent à tomber des victimes parmi les rangs de l'establishment, déclare le professeur Nikola Viskovic pour le Slobodna Dalmacija.

En tant que professeur régulier à la Faculté de droit, vous partez à la retraite avec 47 années de service, et probablement êtes vous le professeur avec la plus longue carrière à l'Université de Split. Comment regardez-vous ce demi-siècle de professorat ?

Avec quantité de bons souvenirs sur les élèves, qui avoisinent les 15.000 depuis que je suis arrivé à la faculté en 1961, en tant qu'assistant honoraire. Mais depuis une dizaine d'années déjà je ressentais une lassitude à donner cours et j'ai attendu la retraite comme un événement naturel.

Les étudiants vous considèrent-ils comme un examinateur sévère ?

Les étudiants les plus faibles me considèrent plutôt comme sévère, et les meilleurs plutôt comme étant juste. Ne sont pas faits pour les hautes études ceux qui ne parviennent pas à maîtriser pour chaque matière au moins un manuel faisant environ 300 pages.

Vous avez publié une quinzaine de livres avec un large éventail thématique. Quels sont vos livres que vous estimez le plus ?

Le livre L'Idée du droit (Pojam prava) affirme dans les sciences juridiques une compréhension intégrale du droit en tant que régimes de normes, de relations sociales spécifiques et de valeurs sociales que les normes réalisent dans les relations. Le Langage du droit (Jezik prava) et Argumentation et droit (Argumentacija i pravo) sont les premières études de linguistique juridique et de rhétorique chez nous. L'Animal et l'homme (Zivotinja i covjek) ainsi que L'Arbre et l'homme (Stablo i covjek) offrent une introduction à la biologie culturelle et à la protection juridique des animaux et des plantes.

En quoi êtes-vous mécontent par votre travail scientifique ?

Pour ne pas avoir suffisamment montré la vérité que le droit n'est pas seulement un moyen pour affirmer la liberté et l'égalité mais en même temps un moyen pour opprimer et discriminer. Il n'existe pas de crime d'Etat qui n'ait été commis au nom du droit. Il n'existe pas d'attributions juridiques ni de liberté derrière lesquelles ne se tiennent la dépossession et la non-liberté d'autrui dans les mêmes proportions. La police et les prisons regorgent de pauvres et d'impuissants tandis qu'elles négligent les puissants. Les crimes sont principalement le fait de l'homme du commun alors que les crimes des puissants - politiques, militaires et financiers - ne sont pas illicites. En règle générale les méfaits des cols blancs ne sont pas des délits, à la différence des méfaits des démunis, et ainsi en va-t-il depuis le système esclavagiste jusqu'à ce jour. C'est là un tabou sur lequel il n'est même pas permis de réfléchir, mais je pense que les citoyens et les étudiants doivent le savoir.

Comment est-ce que cet aspect oppresseur et discriminateur du droit - pour lequel vous affirmez qu'il n'est pas une imperfection mineure mais bien une partie de l'essence même du droit - s'est exprimé chez nous dans les années 1990 ?

Tel qu'il s'exprime partout ailleurs : il mène certains sur le progrès et il en discrimine d'autres. Prenons la malversation, elle n'est punie nulle part en Europe de l'Est, en allant de la Russie vers le sud : c'est une part normale du rôle discriminatoire du droit dans les pays non développés. La reconversion et la privatisation ont été menées partout en Europe de l'Est et dans les pays asiatiques en transition d'une même manière : partout on a assisté à une seconde acquisition première du capital sous la forme d'un pur pillage. Cela a été mené en vertu de la loi, mais c'est le rôle discriminatoire normal du droit. Les spéculations avec les banques, lorsque 200 ou 300 mille épargnants restent sans argent, sont le fonctionnement normal du droit. On punit celui qui vole une croûte de pain, mais pour celui qui ruine 100.000 épargnants il s'agit là d'un accident. La banque fait faillite mais le manager empoche ses bonus - et c'est le droit. Tout cela nous l'avons eu en Croatie, à ceci près que chez nous est venu s'ajouter un supplément : même ce qui était déclaré comme étant la liberté et l'égalité de tous n'a pas fonctionné pour toute la population.

En quoi a surtout consisté ce "supplément croate ?"

Là où il fallait protéger de manière égale tous les citoyens - par exemple dans le droit du travail, pénal et civil -  les normes n'ont tout simplement pas été appliquées, aussi a-t-on tué librement à Pakracka poljana, Sisak, Skabrnja, le couple Gasparevic et la famille Zec, et tout cela est resté impuni jusqu'à ce jour. Lors des licenciements on n'a pas protégé tous les citoyens pareillement. Ce n'était pas la règle de droit. Par conséquent, outre le rôle discriminatoire habituel du droit, en Croatie a régné l'anormalité juridique de la non-application du droit. A cette époque nous avons eu des meurtres par centaines et 20 mille maisons incendiées, sans que personne ne soit sanctionné pour cela.

Comment expliquez-vous un tel rôle de la justice croate ?

Il ne s'agit pas seulement de ce que la justice n'a pas fonctionné comme il se doit, mais de ce que l'on a changé le personnel dans la justice, par voie d'une révolution nationaliste, afin de pouvoir désactiver le côté juste du droit. Les mauvais étudiants ont été placés juges, et cela principalement dans les sections pénales et au Parquet. Quand l'Europe demande aujourd'hui que nous mettions de l'ordre dans la justice, je pense que huit personnes sur dix ne comprennent pas de quoi il s'agit : on ne demande pas seulement que les procédures juridiques soient accélérées et que l'on élimine la corruption dans la justice mais que l'on active cette part du droit qui protège toute personne de manière égale.

Est-ce que la Croatie a pour destin le crime organisé ?

Le crime organisé n'a rien de neuf, depuis 18 ans déjà il agit avec la bénédiction du pouvoir. Les mômes ont appris à piller et à tuer pendant la guerre, personne ne les a poursuivis pour cela et ils ont continué jusqu'à ce jour. L'alarme commence à sonner maintenant que se mettent à tomber des victimes parmi les rangs de l'establishment.

Dans plusieurs textes vous avez qualifié de guerres civiles les conflits militaires des années 90 en ex-Yougoslavie.

J'ai justifié cela par des arguments, j'ai montré pourquoi c'est scientifiquement une qualification importante pour expliquer la gravité des crimes de guerre ayant été commis, et j'ai montré qu'elle n'est pas incompatible avec la thèse de l'agression. En vain. Nos politologues redoutent les théories et ils s'occupent principalement de pronostiquer et d'analyser les résultats électoraux - comme si c'était la mission fondamentale de leur science.

Qu'est-ce que Obama va apporter à la planète ?

Obama est l'espoir d'un monde mal globalisé pour que l'on puisse discipliner le capitalisme sauvage qui apporte des richesses inouïes à une minorité et une extrème misère à la majorité, et qui de surcroît mène la planète dans une crise écologique.

Et pour finir, comment les choses vont-elles avec le projet Les Topos de l'érotisme (Toposi erotika), sur lequel vous travaillez depuis plusieurs années déjà et dont nous avons déjà discuté pour le Slobodna Dalmacija ?

Après six années de travail il est achevé dans les grandes lignes. Maintenant il faut le peaufiner sur le plan stylistique. Il ne sera guère facile de trouver un éditeur pour un texte qui atteint les dimensions du livre L'Arbre et l'homme (Stablo i covjek). Mais je ne m'inquiète pas de la vitesse de parution. En fait, il faudrait encore un peu de temps pour des recherches supplémentaires et pour considérer des contenus historiques, théoriques, littéraires, plastiques et autres, en vue de cette matière qui est tout à fait inconnue chez nous.

J'ai quitté l'antenne croate du Comité d'Helsinki des droits de l'homme (HHO) en raison du Feral

Dans votre activité en tant qu'intellectuel marxiste, membre de l'Action verte de Split et député parlementaire vous avez participé aux livres Essais politiques (Politicki ogledi) et Années moroses (Sumorne godine). Mais pourquoi avez-vous récemment quitté le HHO ?

Pour plusieurs raisons que j'ai expliquées dans la lettre de démission, mais avant tout à cause du silence honteux du HHO à propos de l'extinction du Feral Tribune - un des événements culturels et politiques les plus fâcheux de l'année 2008.

Pourquoi est-ce que le silence généralisé sur la disparition du Feral continue-t-il jusqu'à ce jour ?

En raison de la malveillance des adversaires politiques du Feral ; de l'envie d'une partie de l'opinion envers le talent et le courage des gens du Feral et de la susceptibilité d'une partie de ceux qui pour divers motifs s'étaient heurtés aux rédacteurs du Feral. Tout simplement, le Feral avait accumulé contre lui trop d'animosité. En particulier pour la ville de Split, le Feral représentait la possibilité qu'éclose une avant-garde culturelle moderne en concurrence avec les trois options politiques de notre ville : cléricale, laïquo-traditionnelle, et celle de petit coin relégué.

Que pensez-vous de la réforme de l'université implantée par Bologne ?

[J'y vois] pour l'instant un formalisme trompeur qui impose de nouvelles obligations aux enseignants et aux étudiants, sans leur offrir les conditions nécessaires pour réaliser ces obligations. En outre, plutôt que de rationaliser les études de droit, on les prolonge avec une cinquième année qui n'est pas nécessaire.

Comment commentez-vous l'action Indeks ?

Le fait de sanctionner les élements incompétents et corrupteurs à l'université doit être en premier lieu la tâche des universités elles-mêmes, puis seulement alors de la police et de la justice. Lorsque l'inverse se produit, cela en dit suffisamment long sur la situation des hautes études, où nous savons bien de toutes façons qui est incompétent sans pour autant avoir les mécanismes de l'établir.

Pourquoi n'êtes-vous plus actif depuis des années dans la vie politique des partis, alors que durant la première session parlementaire vous aviez été l'un des députés les plus actifs ?

L'expérience au Parlement a fini par me convaincre que les partis ont besoin de fonctionnaires dociles envers les hautes instances du parti, dont le caractère autoritaire est inversémment proportionnel à leurs capacités, et non pas d'intellectuels. Aujourd'hui je ne pourrais être qu'un compagnon de voyage pour un véritable parti socialiste et écologique.

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Source : H-alter, le 24 novembre 2008.


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