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"Two Lovers" : James Gray sublime Joaquin Phoenix

Par Buzzline
 Pitch (Alllociné) : New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra,la femme que ses parents lui ont choisi ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l'instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...  Notre avis : Après le polar, James Gray nous propose une love story insolite, véritable valse de sentiments d'une noirceur qui flirte avec le romantisme ambigüe. Complexe, âpre, bouillonnant et faussement calme... une tragédie poignante tutoyant une symphonie lugubre incomprise : celle des sentiments. Inédit, splendide et d'une beauté redoutable. Un très grand film...
Il y a dans Two Lovers cette même mécanique "Gray" que l'on retrouve dans The Yards ou bien encore (et surtout) dans La nuit nous appartient. Cette ambiance feutrée et très pessimiste dans la manière d'aborder un sujet basique afin de le transformer en tragédie déchirante via une réappropriation de thèmes et de valeurs. Filmé comme un ballet d'âmes esseulées dans un univers impitoyable, celui de la vie, Two Lovers transforme une bluette déjà-vue en une tragédie antique qui ruine le coeur et tous les espoirs : histoire(s) d'amour(s) complexe(s), relation mère / fils absolument splendide, face à face du personnage principal avec sa propre conscience... James Gray brosse une foule de portraits où tous s'imposent comme des marginaux, même les plus insoupçonnés. Le spectateur se retrouve donc face à une société "miroir", reflet d'une ère d'incompris se heurtant aux réflexes et sentiments primaires. L'amour a toujours été compliqué à traiter sans en faire des caisses et c'est pourtant ce qui découle de ce long métrage. Quête désespérée de l'âme soeur mais aussi recherche de soi, Two Lovers brasse une foule de thèmes complexes et très ambivalents qui laisse tout de même supposer en filigranes que la plus complexe des tâches est sans aucun doute de s'accepter soi-même. Au détour d'une réalisation sobre et sans concession, James Gray propose un climat trouble, réaliste et sombre. A ce titre, le film qui s'ouvre sur une scène déchirante pour s'achever sur une note cruelle d'égoïsme désespéré ne plaira assurément pas à tous les publics. Spéciale, l'oeuvre de Gray l'est de A à Z. Néanmoins, cette force de romantisme baroque puise ses forces sur la forme (musique ambiante accrocheuse, décors nocturnes, couleurs froides, montage lent qui prend son temps) comme sur le fond (force du scénario et interprétation fusionnelle). Dialogues qui résonnent comme des évidences, situations phénoménales, personnages plus vrais que nature, New-York filmé comme un champ de mines où chaque baiser claque comme une détonation et où les caresses blessent autant que des morsures sauvages... tout est grave et monstrueusement violent.  En plaçant Joaquin Phoenix comme héros de ce drame existentiel, Gray ne se trompe pas. Mieux, il le sublime comme il donne de la consistance à son film. Sorte de gamin blessé, timide et d'OVNI de la société rongé par le désespoir, Phoenix transcende la pellicule et transpire le malaise attachant. Phénoménal et émouvant aux larmes, jamais l'acteur n'aura été si proche du superbe de la simplicité. Sans effort, il s'impose : de dos pendant l'ouverture, sur la piste de danse où il breakdance comme un môme émerveillé mal à l'aise dans un corps "carcéral" ou bien encore face à LA femme qu'il s'agisse de sexe ou de sa mère. Tour à tour massif, séducteur, triste, heureux... l'ambivalence de Leonard, son personnage, joue sur la corde raide et laisse surtout cette impression de "fragilité" dominer. Un tour de force considérable.
  A ses côtés, deux femmes : la brune Sandra (Vinessa Shaw), pulpeuse, glamour, sensuelle et surtout proteuse d'encadrement pour Leonard. Véritable image de droiture et de sécurité affective, elle se présente en toile de fond comme une solidité rare et peu présente à l'écran. De l'autre, la blonde Michelle (Gwyneth Paltrow) qui hormis le fait de prouver qu'elle sait vraiment jouer la comédie quand il le faut, nous dévoile un personnage d'écorchée vive, fêtarde, brûlante de désir et de passion mais surtout une femme torturée et instable vraie tornade incontrôlable : le danger. A ses deux femmes, Leonard préfère honorer les deux tout en se laissant dévorer à petit feu par sa passion pour Michelle qu'il aime plus que tout. Son choix ? Nous n'en révèlerons pas le dénouement mais au fil du temps, Leonard va surtout apprendre à se connaître lui-même et à dépasser sa conscience, véritable criminelle de son âme.
 Enfin, Two Lovers traite aussi de l'amour et de l'attachement d'une mère pour son fils. Storyline secondaire mais poignante, elle nous permet d'assister à un carcant qui finit par sauter. Preuve flagrante du "véritable amour", cet aspect du scénario est un pur joyau qui déchire le coeur lors d'une scène d'un naturel ravageur et larmoyant. Isabella rossellini, qui joue Ruth, la matriarche, y est exceptionnelle et insufle une dimension supplémentaire à ce tableau déjà impérial. Au final, Two Lovers est un cri foudroyant à l'Amour avec un grand A qu'il soit réciproque, maternel ou bien (et surtout) personnel. Inattendu, éprouvant, limpide, triste, sombre et réaliste, plongez dès à présent dans les eaux troubles de la vie sociale et sentimentale d'un homme malade de l'intérieur. Son nom ? Leonard ou pourrions nous dire "l'Homme". Nous connaissions James Gray pour sa maîtrise totale du monde de la nuit et du polar avec ses précédents longs métrages. En s'essayant à la romance, il signe probablement ici son plus beau, son meilleur film... mais aussi le plus pessimiste. Tout simplement éblouissant.
   

 

    

Pourquoi y aller ? 

Pour l'histoire d'amour filmée comme un polar tragique. Pour l'interpétation sans faille dominée par un Joaquin Phoenix prodigieux. Pour la sobriété de Vinessa Shaw et la performance de Gwyneth paltrw qui trouve enfin un vrai bon rôle depuis longtemps. Pour la bande originale. Pour le dénouement cruel. Pour la relation mère/fils dévorante et surtout sous jacente.

Ce qui peut freiner ?

La perfection agaçante du film ?

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