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Un sacre et un enterrement

Publié le 30 novembre 2008 par Myriam

Le parallèle, audacieux, a déjà été fait. Il s'agit de celui entre le Sacre de Napoléon 1er par Jacques-Louis David (1805-1807) et l'Enterrement à Ornans de Gustave Courbet (1849).

Les quarante ans qui séparent ces deux tableaux ont une valeur hautement symbolique dans l'Histoire de France. Celle de l'affranchissement d'un premier Empire pour, après la révolution de 1830 et la Monarchie de Juillet, permettre à la Seconde République de prendre enfin son essor. Tout cela... avant de basculer dans un second Empire, initié par le coup d'Etat du 10 décembre 1851 du futur Napoléon III.

David Sacre de Napoléon 1er - 1806
Ce petit aparté historique est un bon prétexte pour tenter d'établir une mise en écho entre deux toiles de "propagande". La première, celle du grand David, a pour vocation de glorifier le Sacre de Napoléon. Cette mise en scène, sublimée par le gigantisme du tableau (6,30 m sur 9,80 m), fait quasiment apparaître les protagonistes en grandeur réelle et concentre notre attention, notamment par la lumière, sur le triangle constitué par Napoléon 1er, la future impératrice Joséphine et le Pape Pie VII. Les lignes de composition convergent plus particulièrement vers l'Empereur nouvellement sacré. Luxe, pouvoirs, beauté plastique, tous les ingrédients associés à cet évènement historique sont magistralement mis en scène et ont interpelé des millions de visiteurs du Louvre.

La seconde, celle de Gustave Courbet, met en scène cette fois de la banalité d'un enterrement dans un paysage de campagne du Doubs. Le peintre adopte de façon assez provocatrice un grand format (3,15 m sur 6,40 m), jusqu'ici réservé aux tableaux d'apparat (historiques, mythologiques ou religieux).

Un point d'ancrage commun aux deux tableaux, l'Eglise incarnée aux deux extrêmes de la hiérarchie (le

Courbet Enterrement à Ornan 1
pape d'un côté, un curé de l'autre). Les points "communs" s'arrêtent là. On assiste ensuite à deux visions du monde qui s'opposent radicalement : les figures historiques / personnages de haut rang avec le peuple rural anonyme, l'architecture néoclassique, incarnation de la beauté absolue et souveraine, avec un paysage de falaises, gris et monotones, le surgissement de la lumière divine éclairant l'Empereur comme le Pape avec le plafond bas d'une couche nuageuse aux couleurs sourdes, un acte fondamental / unique (le sacre) et un banal enterrement.

Gustave Courbet, en reprenant les codes des peintres associés au pouvoir, théâtralise la banalité et assure une rupture radicale avec les codes néoclassiques pour ériger le réalisme du quotidien comme nouvelle référence et s'opposer à une vision désincarnée du beau.

D'aucuns considèrent qu'il ne fait rien d'autre que de revenir à certaines sources fondamentales vite oubliées au XIXème siècle (comme les oeuvres des frères Le Nain qui s'opposaient déjà fortement à la peinture officielle de leur époque).


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