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Les déferlantes, Claudie Gallay

Par Antigone

les_d_ferlantesQui viendrait se réfugier à La Hague ? Là où les tempêtes arrachent les pensées, emportent les bateaux et les hommes ?
La narratrice de cette histoire est pourtant venue ici, chercher refuge, oublier l'homme qu'elle a tant aimé, et perdu, prendre du recul. Employée par le Centre ornithologique, elle compte les oiseaux, arpente une côte inhospitalière, rude et belle, qui apaise ses souvenirs.
Un jour, un homme vient troubler sa fragile quiétude, un homme qu'une vieille folle, Nan, prend pour un autre, et que Lili, la cafetière semble connaître, Lambert. Entre photos volées, paroles tues, et jouets retrouvés, une intrigue prend forme et se fortifie, jusqu'à briser des silences et raviver des colères...

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 Comment ne pas aimer ce livre ? Alors, oui, bien sûr, on y retrouve des ingrédients déjà lus dans Seule Venise, oui. Et bien, tant pis. Peu importe. C'est l'univers de Claudie Gallay, et on aime ça, c'est dit. Et puis, on les oublie très vite, ces redondances, au profit d'une histoire sauvage et forte, faite de secrets, de rencontres et de vent. Comment ne pas tomber amoureuse de l'engourdissement qui nous prend à la lecture de ce roman ? On marche près de la narratrice, on écoute avec ses oreilles les secrets du passé, on aime, avec elle, ces vieilles personnes qui radotent un peu, ces plus jeunes qui transpirent de rêves... On s'emmitoufle dans de vieux pulls qui sentent la poussière et l'hiver. On se tient chaud dans un café aux vitres embuées. On repeint sa chambre en vert Hopper et on attend, on attend que l'amour vienne à nouveau croiser notre chemin... On aime l'univers des déferlantes, et on en redemanderait bien, une autre bouffée, encore. Voilà, c'est dit...ça aussi.

Un extrait...
"Il s'est jeté dans l'eau comme une bête en colère. Je ne voyais rien de lui mais je l'entendais, sa respiration, son souffle pour lutter contre le froid, et le battement violent de ses bras qui fendaient l'eau. Etait-il nu ? Il s'était retourné, il m'avait dit, Vous ne venez pas ?
Personne ne se baignait jamais là. A part l'été, quelques habitués.
Son corps d'homme s'est mêlé à la nuit. Pris par la mer.
Son corps de vivant.
Il a disparu. J'ai attendu qu'il revienne, les genoux dans les mains. Sous mes doigts, les galets.
J'ai regardé les étoiles.
Il a nagé encore. L'eau était froide ici, bien plus froide qu'ailleurs.
Avait-il rendu visite à Théo ? Il m'avait dit qu'il voulait lui parler, mais l'avait-il fait ? Pourquoi s'attardait-il ainsi ?
Il est remonté vers moi, la chemise roulée à la main. Le pull anthracite à même la peau.
- Vous êtes allé nager loin...
J'ai senti son regard dans la nuit.
Dans la voiture, il a mis le chauffage à fond. Ses cheveux étaient mouillés.
- J'ai eu peur que nous ne reveniez pas.
Il a écarté les doigts. Il les a refermés. Il a fait ce geste plusieurs fois.
- Il fallait que je nage...
Il a allumé les phares et il a regardé la mer. Cette partie de nuit éclairée. Il a laissé rouler sa tête sur le côté.
Et il m'a regardée pour ne plus voir la mer."

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Note de lecture : 5/5

Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de

BOOKPAGES
2009
Catégorie Roman

ISBN 978-2-8415-6934-2 - 21.50 € - 03/2008

Clarabel le dit, ce roman est magnifique !
Gawou a été envoûtée.
Une lecture plaisante pour Gambadou
Pour Sylvie, un livre fort, dense et sombre
Pour Cathulu, un livre précieux et nécessaire...et j'aime beaucoup ce qu'elle en dit.
Bellesahi a beaucoup aimé, beaucoup. Liliba et Leiloona aussi.


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