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The Last Poets à Jazzdor

Publié le 02 décembre 2008 par Danydan

Le mercredi 12 novembre au Jazzdor à Strasbourg, les Last Poets, pionniers du Hip Hop et du Rap façon Spoken-Word étaient accompagnés de Babatunde aux congas, timbales et percussions africaines « shekere », Ronald Shannon Jackson à la batterie et Jamaaleddeene Tacuma à la basse et les poètes et slammeurs Ummr Bi Hassan et Ablodun Ayawole. Depuis 1968 pour un anniversaire de Malcolm X, ils ont été découverts à la Télévision locale par Allan Douglas qui fendit la foule de Harlem les entourant pour les rencontrer et produisit leur premier album Les chanteurs.

Le concert commença d'ailleurs sous les auspices des divinités Yorubas de l'Afrique passées chez les esclaves déportés par la santeria cubaine par un solo de percussions de Babatunde, frappant à mains nues, des phalanges puis des poings ses congas et timbales puis dédiant une courte invocation au plus grand de ces Orishas, « Toques à Eleggua » qu'avait repris Omar Sosa, et slammant enfin « Le rythme coule avec les battements du cœur, l'esprit coule ». Arrivent Jamaaledeene Tacuma à la basse, Ronald Shannon Jackson à la batterie, et les poètes Ablodun Ayawole, un grand noir maigre et barbu et Umar Bin Hassan, plus enrobé et barbe poivre et sel.

Ils nous souhaitent la « bienvenue à cette Célébration », puis entament leur concert par « Invocation », extrait de « Holy Terror », titre qui rappelle leur création en 1968 dont c'est le soixantième anniversaire cette année, dans un parc de Harlem pour l'anniversaire de Malcolm X, citent les membres fondateurs absents Felipe Luciano (responsable des textes en espagnol destinés à la communauté latino), Gylan Kain et David Nelson. Dès la première prise de parole, ils remettent les pendules à l'heure sur ce que le temps et la légende ont fait d'eux malgré eux : « Nous ne sommes pas les pères ou les grands-pères du Hip-Hop ! Nous avons notre propre nom depuis plus longtemps : les Last Poets » : Derniers Poètes Afro-américains à se souvenir de l'Afrique Noire, Premiers à parler pour les cités et les ghettos noirs, contre la suprématie blanche, et riches de la mémoire de cette culture.

Umar Bin Hassan est l'auteur de « When The Revolution Comes » et « Niggers Are Scared Of Revolution » où il fustigeait la peur des noirs de la Révolution en 1969, qui étaient sur leur premier album « The Last Poets » en 1969, de « This Is Madness ». Quoique lucides, ils sont fiers de l'Amérique qui a choisi Obama, un noir pour président et Ablodun Ayawole crie « NO MORE BUSH ! » (PLUS DE BUSH !) avec le public. « Les Noirs se sont souciés de tous sauf d'eux-mêmes, et merci à vous de prendre soin du peuple noir en venant nous voir. »

Le titre est suivant est participatif, le public répète sur le flot d' Ablodun Ayawole les mots essentiels : Free (Libre), Grow (Grandir), Misery (Misère), Down (en Bas), A Leaf (une Feuille), Here (Ici). On retrouve dans ces questions-réponses en collages rythmant son discours sur les percussions l'origine Africaine, tribale, religieuse du Spoken Word, de plus en plus vite, une poésie collective qui finit en Soul. Umar Bin Hassan scande « 40 Years » (40 ans), lentement avec Ayawole, puis de plus en plus vite, débitant l'assassinat de Malcolm X, celui de Kennedy, la Naissance des Last Poets, « 40 Years » répète Ayawole suivant son rythme, quand la plainte se fait revendication à cause des conditions de vie des noirs, d'un siècle de ségrégation entre l'abolition de l'esclavage et l'obtention des Droits Civiques. Le procédé est ancien en Afrique ou en Bretagne, et avait déjà été utilisé par Allen Ginsberg dans son poème « Howl » rythmé par les « Who » et des pupitres des étudiants lors de sa première lecture.

Oyewole entonne « Looking For Love, Looking For Life » : après la revendication, eux aussi ne cherchent que de l'Amour, des conditions de Vie décentes scandent le prochain titre. Umar Bin Hassan allonge les voyelles et ses phrases en une mélopée vers l'aigu, avec un flow très mélodique sur les percussions, proche d'un véritable chant, habité. Il parle de la folie et du suicide auxquels la société blanche a acculé le peuple noir à sa « noirceur » jusqu'à ce qu'il « regarde la mer pour comprendre la tendresse, pour espérer un monde meilleur ».

Oyewole dédie le titre suivant à Barack Obama « parce qu'il connaît l'Histoire et sait d' où il vient », et scande « For You » (pour vous) et « For The Millions » (pour les millions) entre les paroles de Bin Hassan dénonçant les maux de la réalité noire : « miseducation, syndication, integration » (sous éducation, syndicalisme, intégration) en rappant sur le groove d'un flow naturel et rythmique qui peut changer par cette liberté qu'apporte le groupe live à l'affût et la clameur obsédante du second chanteur en écho, jusqu'à dépasser « among the american nightmare » (au-delà du cauchemar américain), justement « pour les millions ».

Oyewole prend le micro, oppose leur « Rythme » ancestral aux « Médias » des autres qu'il critique, cite un thème de Rythm'N'Blues, dénonce leur « America, Love it or Leave it » (L'Amérique, aimez-la ou quittez-la !), slogan politique déjà utilisé par la dictature Brésilienne des « années de plomb » en exilant Caetano Veloso ou Gilberto Gil, à cette différence que les noirs américains n'ont jamais eu cette possibilité de partir depuis Marcus Garvey qui a été stoppé par l'Amérique dans ce projet de retour en Afrique, et que tant qu'à faire leurs ancêtres auraient préféré y rester que d'être emmenés comme esclaves ! Le Jazz parle de tout cela, Ayewole et les Last Poets n'ont fait que lui donner des mots, la parole quand « parfois un saxophone pleure » , « La victoire est la vôtre, I Belieieieieve (j'y croioiois), je prie pour cela, La Victoire est à nous » , l'émotion de sa voix pour tous ceux qui ne purent jamais s'exprimer. La chanson se termine par un solo de batterie de Ronal Shannon Jackson.

Oyewole enchaîne avec un hommage à un autre héros musical noir : le guitariste Jimi Hendrix, dans lequel on reconnaîtra dans la basse de Jaaaledeen Tacuma des extraits de ses compositions « Purple Haze » ou le plus violent « Machine Gun » enregistré sur « Band Of Gipsy » avec Buddy Miles, rythmant d'un thème à l'autre la poésie d'Oyewole et celle de Hendrix dont les textes, souvent magnifiques, en ressortent comme rendus à eux-mêmes, et finit par « embrasser le ciel » comme s'en excusait Hendrix dans "Purple Haze".

Oyewole sait que tout n'est pas réglé avec Obama, que le peuple doit continuer de s'engager pour l'Amérique et nous aussi : « Nous avons beaucoup de choses à faire pour maintenir le monde dans la paix et dans la conscience ». Les Last Poets ont toujours refusé la victimisation des noirs, préférant la responsabilisation et l'action collective. Ayewole enchaîne avec un chanson d'engagement et d'espoir :« If We Only Knew What We Could Do » (Si seulement nous savions tout ce que nous pourrions faire), extrait de « Holy Terror » slamme, prêche avec Bin Hassan en écho sur la rythmique groovy de la basse, roots des percussions, avec le public répondant avec lui « what we could do », s'impliquant à son tour dans cette action poétique et politique pour un monde meilleur. Comme dans « Niggers are scared of revolution », les Last Poets invitent les gens à agir par eux-mêmes au lieu d'attendre des réponses toutes faites. C'est à la fois un regret de ne pas le faire, un appel à le faire, et un espoir si nous le faisons pour le monde, chaque répétition apporte son émotion, son énergie propre.

En effet, Umar Bin Hassan fait la part de « ce qui s'est passé en Amérique. La Nouvelle Amérique sera Métisse, Noire, Blanche, Latine, Asiatique, Homosexuelle ! Il y a des gens très bien en Amérique, mais d'autres croient aux armes, à la guerre et aux gangs ». Les problèmes sont toujours là, les opposants à Obama, certains racistes ou paramilitaires aussi, les enfants se tuent encore dans les rues avec des armes en vente libre et des cartouches achetées au poids dans les supermarchés. « This Is Madness !!! » (C'est de la folie !!!) crie Ayewole, suivi d'Umar Bin Hassan sur son souffle, puis il crient ensemble « FREEDOOM » (LIBERTE !). Ayewole chante en Africain, Soul, « Freedom » sur le flow de Bin Hassan, tous deux crient « Madness !!! », puis l'espoir : « We'll Stop All This Madness » (Nous stopperons toute cette folie !)

Le moyen c'est l'Amour, même si Malcolm X, cité par Bin Hassan, disait « Nous sommes une partie du problème, et devons devenir une partie de la solution », repris par NTM peut-être sans le savoir. « L'Amour Est Toujours la Solution » « Love Is All We Need » (L'Amour est tout ce dont nous avons besoin », chante Ayewole, « nous sommes nés sur des flammes ».

La grandeur des Last Poets est dans cet Amour, cette Spiritualité des Sages, malgré leur Révolte et leur Engagement Dans le Hip-Hop, IAM s'était élevé jusqu'à ce niveau avec « Ombre Est Lumière ». « Love & Kisses » scande Ayewoloe en souriant sur le discours plus nuancé de Bin Hassan : « Certains cherchent l'Amour, d'autres la Haine, certains le trouvent trop tard » - « The Power Of Love » intercale Ayewole. « Il y a de mauvais amours aussi : l'amour de l'argent, l'amour fou d'une femme, L'Amour est Patience » (citant St Paul aux Corinthiens 12, 4-8) « L'Amour est là pour être partagé, pour être gentil, et Je Vous Aime » - « Love is All We Need »- « S'il n'y a pas d'amour en nous, notre vie est vide. »

Merci au Last Poets d'avoir rendu un peu de l'Afrique aux deux Amériques, pour ces paroles engagées et sages, pour la force et l'espoir que nous donnent leur message positif.

Last Poets with Pharoah Sanders


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