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Recession et krack : perspectives

Publié le 02 décembre 2008 par Graphseo
Articles de l’ACDEFI

C’est généralement l’usage de parler de l’après-crise lorsqu’on se trouve en plein au milieu du gué, pour exorciser les craintes du présent. Livrons-nous donc à cet exercice, en ce qui concerne l’avenir du secteur financier mondial.

Voici les cinq réformes qu’il est urgent de mettre en chantier dès aujourd’hui :

1) Mieux règlementer les secteurs bancaires nationaux

Il est clair que les Etats-Unis sont le principal responsable de la crise financière, à travers les mécanismes des crédits « subprimes » et de l’abus de la titrisation qui en a résulté. Deux dispositifs doivent, en particulier, être élaborés : subordonner l’attribution de crédits immobiliers à la solvabilité du client (et non pas de la valeur du collatéral, le bien acheté) ; limiter le « leverage » des banques d’affaires (on se souviendra qu’au moment de la faillite, Lehman Brothers disposait d’un effet de levier de 30, c’est-à-dire que les dettes de l’établissement bancaire étaient égales à 30 fois les capitaux propres !)

Chaque pays devra donc faire son analyse de la situation, pour redonner plus de sécurité à son système bancaire.

2) Introduire une plus grande transparence, au niveau des opérations financières.

Cette disposition concerne surtout les opérations de gré-à-gré, donc qui ne font pas l’objet de cotation. On peut citer, à titre d’illustration : les produits dérivés (et en particulier les « credit swaps ») et les CDO (« collateral debt obligations »). Il faut mettre au point un mécanisme d’enregistrement officiel et donc « consultable » de ces opérations, sous la supervision d’un organisme (AMF ou Commission Bancaire en France) susceptible d’intervenir lorsque le risque systématique s’accroit dangereusement.

Il est également souhaitable d’avoir une meilleure supervision des « hedge funds », ce qui implique un encadrement plus strict des « paradis fiscaux », susceptibles d’accueillir ces « funds » (cf. point4)

3) Repenser le statut des agences de notation

Celles-ci se sont retrouvées en porte-à-faux, lorsde l’évaluation des CDO, des SIV (« Special Investment Vehicules ») ou des sociétés monoline (« rehausseurs de crédit »), dans la mesure où elles n’ont pas su percevoir le risque réel de ces produits ou entités. Fondamentalement, l’objectivité de ces agences peut être biaisée par le fait qu’elles sont rétribuées par les émetteurs et non par les investisseurs !

Une solution serait de créer des agences indépendantes rémunérées par un organisme international (voir point 5)

4) Renforcer la gouvernance internationale

La profondeur et la soudaineté de la crise ont redonné du poids aux Etats et à la concertation régionale. Il faudrait profiter de ces circonstances particulières pour aller plus loin dans la direction d’une véritable gouvernance financière mondiale.

3 domaines peuvent faire l’objet de réflexions interétatiques, à savoir :

- Les paradis fiscaux

Une négociation pourrait les inciter à mieux collaborer avec le reste dumonde les menaçant de taxer toutes les transactions vers ces pays, en cas de refus d’obtempérer.

- Les aides financières aux pays en difficulté

Elles seront mises en place par un FMI rénové (cf.point 5)

- Les matières premières agricoles

Dans la mesureoù elles sont déterminantes dans la lutte contre la faim et la pauvreté, il est criminel de laisser le champ libre aux marchés (et en particulier aux « commodities derivatives », produits dérivés sur matières premières)

Il faut donc réactiver les accords de stabilisation des produits agricoles, avec constitution éventuelle de stocks régulateurs et arbitrage sur les marchés.

5) Rénover le Fonds Monétaire International

Il faut, bien sûr, augmenter ses ressources pour lui permettre d’intervenir, sur un nombre plus grand de pays avec des « munitions »plus conséquentes, éventuellement de concert avec d’autres organismes appropriés (par exemple au côté de l’Union Européenne, pour aider la Hongrie) ou, au contraire, en solitaire (Islande, Pakistan, etc)

Par ailleurs, il devrait élargir ses attributions. On peut penser à la création d’une filiale dédiée à l’activité de notation (point 3) et d’une autre consacrée aux matières premières agricoles (point 4).

Naturellement, cette liste n’est pas exhaustive et peut prêter à discussion. L’important est de commencer à préparer« la sortie de crise » dès aujourd’hui.

Bernard MAROIS

Président Club Finance HEC

ACDEFI - 01 décembre 2008

Depuis plus de trente ans, on ne cesse de leur prédire le pire. Guerre du Vietnam, fin de la convertibilité totale du dollar en or, premier et second chocs pétroliers, krach d’octobre 1987, guerre du golfe de 1991, dégonflement de la bulle Internet, affaire Enron, creusement de leurs déficits budgétaire et extérieur… Autant de drames, de scandales et d’excès censés affaiblir, voire détruire, le “colosse aux pieds d’argile” que seraient les Etats-Unis. Et pourtant ! Si l’Oncle Sam a effectivement été affecté par toutes ces péripéties souvent douloureuses, il s’en est toujours bien sorti et, avec les honneurs, c’est-à-dire (en particulier depuis une vingtaine d’années) avec une croissance renforcée, un taux de chômage structurel abaissé et une hégémonie politique, monétaire et économique augmentée. En d’autres termes, les épreuves qu’ont subies les Etats-Unis ont eu exactement l’effet contraire que celui qui était attendu, voire parfois espéré, dans la mesure où elles les ont rendus encore plus forts.

Or, plus le champion est puissant, plus il devient motivant de le vaincre. Et ce d’autant que, poussé par son succès, celui-ci risque de s’enorgueillir ou du moins de perdre en humilité. Dans ce cadre, il est clair que l’Oncle Sam restera “l’homme à battre” et continuera d’attirer les critiques les plus virulentes. Et ce d’autant que ses possibles challengers que constituaient le Japon et l’Euroland ont été distancés au cours des quinze dernières années et ne sont désormais plus en mesure de le concurrencer. Pis, ils ont même du mal à garder leur place sur le podium, que devrait d’ailleurs prochainement leur ravir la Chine. Mais en attendant de livrer le match du siècle avec les Chinois dans une à deux décennies, les Américains risquent encore de décevoir leurs opposants pendant quelques années. Depuis huit ans, ils ne cessent d’ailleurs de nous en fournir la preuve. Car, que ce soit face aux cyclones Rita et Katrina, ou avec la guerre en Irak, après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont souffert, mais ont su se relever comme par magie.

Hasard de la sémantique ou signe prémonitoire, les initiales des ces quatre tragédies nous donnent d’ailleurs la réponse à ce mystère : RISK. R comme Rita, I comme Irak et peut-être Iran demain, S comme September 11 ou Subprime et enfin K comme Katrina.

Mieux, aujourd’hui ces même lettres correspondent à la nouvelle épreuve que sont en train de vivre les Etats-Unis et avec eux le reste du monde : R comme Récession, I comme Iran (car, on l’a un peu oublié, mais pendant la crise, l’Iran continue ses programmes nucléaires sans obstacle), S comme Subprime et K comme Krach.

Désolé, mais on s’amuse comme on peut quand on est économiste…

Blague à part, ces tristes évolutions nous rappellent que le secret d’une économie dynamique réside dans le comportement face au risque. En effet, face à ce dernier, deux attitudes sont possibles. La première se traduit par la peur, donc l’épargne, le refus d’investir, la volonté de voir l’Etat intervenir davantage, avec malheureusement à la clé, une croissance durablement molle et une faiblesse structurelle de l’emploi, comme nous le vivons depuis une vingtaine d’années en Europe et en particulier en France.

La deuxième solution est beaucoup plus constructive, puisqu’elle consiste à investir pour devenir plus fort que le risque. Autrement dit, le vrai risque c’est justement de ne plus savoir prendre des risques.

Dans une période de crise comme celle que nous vivons depuis 2007, c’est cette différence de comportement qui opérera la distinction entre les gagnants et les perdants. Et ce tant au niveau des pays que des entreprises et même des particuliers.

C’est d’ailleurs ce qui différencie principalement les Etats-Unis des autres pays riches. Car, bien que repus et prompts à se reposer sur leurs lauriers, ils continuent de prendre des risques, d’investir sur l’avenir et ce, dans un seul but : réussir. Et, même si cela ne fait pas plaisir à lire ou à entendre, c’est là la seule façon pour rester au sommet. Certes, cette “stratégie” n’est pas idéale, notamment parce qu’elle peine à réduire la pauvreté. Pour autant, elle permet aux Etats-Unis de réaliser une croissance forte et durable, de garder le haut du pavé et, par là même, de maintenir l’espoir pour les moins favorisés. C’est ainsi grâce à cette stratégie que la croissance structurelle du PIB américain est passée de 2,5 % à la fin des années 1980 à 3,2 % dix ans plus tard, en particulier par le biais de la révolution des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.

A contrario, sur le « Vieux Continent », à force de refuser le risque, de réduire les investissements, de ne pas regarder suffisamment loin et de préférer l’assistance à l’incitation, la croissance s’est affaiblie, le chômage structurel a augmenté et la pauvreté s’est aggravée. Autrement dit, si elle continue à refuser de tirer les leçons des expériences américaines et européennes de ces vingt dernières années, l’Euroland risque d’avoir autant de pauvres que les Etats-Unis, mais sans la croissance et sans la force d’y croire encore.

Alors, plutôt que d’espérer que l’Oncle Sam tombera d’une manière ou d’une autre, ce qui, de toutes façons finira par coûter encore plus cher à l’Europe (à l’instar du 11 septembre 2001 qui a eu plus d’effets négatifs sur la confiance et la croissance de ce côté-ci de l’Atlantique), essayons d’adopter un comportement positif. En d’autres termes, plutôt que de broyer de noir, de critiquer vainement, voire, pour certains, de se réjouir de la crise actuelle, retroussons-nous enfin les manches et sachons développer une culture du RISC : Responsabilité, Investissement, Savoir-faire, Créativité.

Marc Touati


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