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Anthologie permanente : Fernando Pessoa

Par Florence Trocmé

Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.
Il n’est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.
Il faut n’avoir aucune philosophie.
Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres : il y a des idées sans plus.
Il n’y a que chacun de nous, à la manière d’une cave.
Il n’y a qu’une fenêtre fermée, avec le monde entier au-dehors ;
Ainsi qu’un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre s’ouvrait,
et qui n’est jamais ce qui est vu lorsque s’ouvre la fenêtre.

Não basta abrir a janela
Para ver os campos e o rio.
Não é bastante não ser cego
Para ver as árvores e as flores.
É preciso também não ter filosofia nenhuma.
Com filosofia não há árvores: há idéias apenas.
Há só cada um de nós, como uma cave.
Há só uma janela fechada, e todo o mundo lá fora;
E um sonho do que se poderia ver se a janela se abrisse,
Que nunca é o que se vê quando se abre a janela.

 

*

 

Nuit de la Saint-Jean par delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean.
Parce que Saint-Jean il y a là où on la fête.
Pour moi il y a l’ombre d’une lueur de feux dans la nuit,
Un bruit lointain d’éclats de rires, le choc étouffé des sauts,
Et la clameur fortuite de qui ne sait pas que j’existe.

 

 

Noite de S. João para além do muro do meu quintal.
Do lado de cá, eu sem noite de S. João.
Porque há S. João onde o festejam.
Para mim há uma sombra de luz de fogueiras na noite,
Um ruído de gargalhadas, os baques dos saltos.
E um grito casual de quem não sabe que eu existo

 

*

 

Peu à peu, la campagne s’enfle et se dore.
Le matin se fourvoie sur les irrégularités de la plaine.
Je suis étranger au spectacle que je vois : je le vois,
Il est extérieur à moi. Aucun sentiment ne me relie à lui,
Et tel est le sentiment qui me relie au matin qui paraît.

 

 

Pouco a pouco o campo se alarga e se doura.
A manhã extravia-se pelos irregulares da planície.
Sou alheio ao espetáculo que vejo: vejo-o,
É exterior a mim. Nenhum sentimento me liga a ele.
E é esse sentimento que me liga à manhã que aparece.

 

 

Fernando Pessoa (Alberto Caeiro), Poèmes non assemblés, in Oeuvres poétiques, Bibliothèque de la Pléiade, 2001, pp. 53, 56 & 75.
Les versions originales (l’édition de la Pléiade n’est pas bilingue) ont été trouvées sur ce site
(La plupart des Poèmes non assemblés ont paru (sous le titre Poèmes désassemblés) au tome V de l’édition des oeuvres de Fernando Pessoa, dans la traduction de Maria Antónia Câmara Manuel, Michel Chandeigne et Patrick Quillier, chez Christian Bourgois éditeur, 1989

 

Fernando Pessoa dans Poezibao :
biobibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6

 

 

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