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A Paris, on roule à vélo, à Concarneau on déconstruit des bateaux

Publié le 08 décembre 2008 par Mcabon

Sur le port de Concarneau, quelques goélands hagards éprouvent une certaine nostalgie. Sur le terre-plein du quatrième port de pêche français, des ouvriers achèvent la déconstruction de l’Isthmia. Il y a quelques semaines encore, ce chalutier de 24 mètres naviguait en mer celtique avec son équipage. Aujourd’hui il a rejoint la cohorte des 165 navires retirés de la flotte de pêche française. L’Etat et l’Union européenne subventionnent un fonds de sortie de flotte d’un montant de 47 millions d’euros mis en place en janvier par le ministre de l’Agriculture et de la pêche, Michel Barnier. Son objectif est de diminuer la puissance de pêche de la France, et plus largement de l’Union européenne, afin de préserver la ressource halieutique qui, pour certaines espèces (sole, lotte, anchois…), se raréfie dangereusement. Pour compenser la perte de leur outil de travail, les armateurs candidats à la sortie de leur navire touchent de 150.000 à 600.000 euros selon la longueur et la puissance de leur bateau. Pour toucher cette prime à la casse, le propriétaire doit prouver aux autorités que son bateau n’est plus en état de pêcher. En revanche, pour l’heure, aucun impératif environnemental quant aux conditions de démolition et à la valorisation des déchets.

Longtemps, l’océanisation, le fait de couler son navire en mer, ou l’échouage volontaire sur le littoral, étaient la règle. Mais les temps ont changé. La Sita Ouest, filiale de Suez Environnement, s’est positionnée sur le marché de la déconstruction de navires. L’Isthmia est le troisième chalutier à passer par son chantier de démolition de Concarneau. « Plutôt que de remorquer les navires vers un chantier fixe, nous avons choisi la voie du local qui consiste à traiter le navire le plus près possible de son port d’attache et permet de diminuer les coûts d’acheminement vers le port de déconstruction tout en préservant l’environnement des pollutions inhérentes à ce type de transport », affirme Hatem Sedkaoui, directeur du développement de Sita Négoce. Avec 61 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, c’est l’un des leaders de la valorisation des déchets industriels. Chaque appel d’offre lancé par les armateurs reçoit de 3 à 5 propositions de chantiers de déconstruction français ou européens. L’opérateur prend en charge l’opération et verse aux armateurs une somme convenue par contrat et indexée sur les cours mondiaux des matières premières à récupérer sur le navire. « En juillet par exemple, cela pouvait aller jusqu’à 20.000 euros par bateau. Aujourd’hui, nous sommes plutôt entre 3 à 4.000 euros pour un navire de pêche d’une vingtaine de mètres ». L’entreprise se rémunère sur la valorisation des matières premières et les équipements du bateau. En moyenne, un projet lui rapporte 100.000 euros pour un coût de déconstruction de l’ordre de 80 à 85.000 euros.

Ce marché de niche offre des perspectives prometteuses mais éphémères. Michel Barnier a annoncé la semaine dernière que 927 dossiers avaient été déposés en 2008, dont 15% devraient obtenir le droit à déconstruire et toucher les subventions correspondantes. Mais le marché ne saurait se maintenir à un tel niveau dans le temps. D’ici deux ans, la flotte française aura atteint le niveau correspondant à l’effort de pêche raisonnable calculé sur la base des ressources halieutiques. Pour le responsable de la Sita Négoce, « la démolition des navires de pêche est une carte de visite pour nous positionner sur des navires de plus fort tonnage ». Cargos, sabliers, tankers… Les métaux présents à bord de ces longs navires peuvent être valorisés jusqu’à un million d’euros par projet. La Sita prépare ainsi sur le port de Lorient la démolition d’un petit ferry de passagers dédié au transport inter îles. D’autres intervenants, comme le belge Galloo ou le français Véolia, qui intervient sur un chantier près de Bordeaux, lorgnent aussi sur ce marché.

Quant aux bateaux de plaisance, leurs cas est plus complexe. Fabriqués en matériaux composites et en plastique, leur démolition coûtera de l’argent à leur propriétaire. D’où le vœu de l’association écologiste, les Robins des Bois, qui par la voix de son représentant, Jacky Bonnemain, appelle à « une éco-participation sur ces navires, afin de mettre en place une filière de déconstruction ».

Mikaël Cabon

A ne pas reproduire sans autorisation

Thèmes abordés :économie, déconstruction, environnement, mer, navires, pêche

Ce bulletin a été publié le Lundi 8 décembre 2008 19:04 et est classé dans JournalismeVous pouvez suivre les réponses à ce bulletin avec le fil RSS 2.0. Vous pouvez répondre, ou faire un rétro-lien depuis votre site.


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