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"Dernier été" et "Rouge midi" : les 2 premiers Guédiguian de l'intégrale DVD

Par Vierasouto
Dernier été à l'Estaque, dans les quartiers nord de Marseille, un quartier comme un village au bord de l'eau, l'Estaque trop tranquille qui se meurt, faute de travail sur les chantiers, dans les usines qui ferment les unes après les autres. Une bande de jeunes gens désoeuvrés au sens où il n'y a plus d'emploi, demeurés dans l'adolescence, traîne des quais au bar du Centre, de la terrasse au bar, tournées de "Casa" et parties cartes. En premier lieu, le beau Bert, qui vient de terminer quinze jours de travail temporaire, son frère Boule, tendance petit délinquant terrifié par "Les Baumettes" (prison marseillaise), Le Muet et Banane, le peintre éternellement en arrêt de travail. Et aussi, Mario, le routier, moitié rangé, moitié dans la bande. Bien que Bert soit lucide, d'entrée, il assène "il est mort ce quartier et nous avec", pourtant, il poursuit son train-train d'autant que son frère Boule a braqué un bar et qu'il doit l'aider à rembourser le patron. Dans l'intervalle, deux jolies ouvrières de l'usine, une brune et une blonde, échauffent les sens, Bert tombe amoureux de Josiane, la petite brune riante, piquante, qui se trémousse en pantalon rose sur la piste de danse et provoque un duel d'hommes.
A l'Estaque où on tourne en rond, on ne cesse pourtant de se déplacer, en bus, en voiture, en vespa, en moto, parfois, on va "en ville", à Marseille, autant dire à l'étranger. Hors les murs, plus agressive, la bande des quatre commet des exactions, comme voler une voiture, partir sans payer d'un restaurant, qu'elle n'aurait pas commis chez eux, par respect pour les habitants de l'Estaque qui sont tous des amis, des parents, des connaissances. Dix ans qu'ils font la même chose, prendre le soleil sur les rochers, plonger du plus haut, le baby-foot, le bal du quartier. Avec cette solidarité spontanée de se prêter, de se racheter les objets, de regarder la télé chez le seul voisin qui en possède une. Le retour à l'Estaque est filmé de très haut avec beaucoup de tendresse pour le lieu, le retour dans cette enclave ocre d'habitations modestes au soleil, où on pourrait se croire à la plage si le chômage ne venait rappeler la réalité.
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C'est dans cette atmosphère d'agonie d'un quartier aimé que va se tricoter un drame ordinaire, déjà pour son premier film, Guédiguian n'hésite pas à tuer froidement un de ses personnages, on a vu dans son dernier film "Lady Jane" le choc de la mort de l'enfant d'Ariane Ascaride/Muriel. Tourné à quatre mains avec Frank Le Witta, "Dernier été" introduit le fameux acteur fétiche de Robert Guédiguian : Gérard Meylan (Bert), un acteur de tous ses films qui fera pourtant en parallèlle un "vrai" métier, celui d'infirmier. Et déjà Ariane Ascaride représente la femme tentatrice, plus vivante que vamp, vers qui confluent plusieurs désirs masculins (la scène du bal).
Tout de suite, on a un cinéaste, un style, un ton, ce film réussit la gageure d'être à la fois grave et léger, aussi grave dans le fond que léger, ensoleillé, dans la forme, sur les quatre saisons de Vivaldi (peut-être un peu trop présentes), un film émouvant car engagé avec le coeur d'un homme sincèrement dévasté et révolté par la mort de son quartier d'enfance.
 

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