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Jean-Michel Olivier, Notre Dame du Fort-Barreau

Par Alain Bagnoud
JMO-abe37.jpgDans Notre Dame du Fort-Barreau, Jean-Michel Olivier fait le portrait attachant d'une vieille dame qu'il a bien connue. Jeanne Stöckli-Besançon. Un personnage paradoxal.
Propriétaire de deux immeubles situés au 29 et au 31 de la rue du Fort-Barreau, dans le quartier des Grottes, à Genève, mais ressemblant à une clocharde. Riche héritière mais fille de pasteur. Cultivant la discrétion, l'effacement, mais la langue bien pendue et proche de ses locataires, veillant sur eux, les protégeant. Aidant ceux qui sont dans le besoin mais ne voulant surtout pas que ça se sache.
Jean-Michel Olivier a connu Jeanne à la fin des années septante. C'est à l'occasion de la visite d'un de ses appartements qu'il a rencontré cette «petite femme aux cheveux gris coiffés en arrière, un châle mité sur les épaules, les pieds chaussés d'espadrilles légères ». Il a été son locataire, qu'elle venait régulièrement voir, appuyant sur la sonnette du bout du pied pour faire également de ses visites un exercice de gymnastique digne de son excentricité.
Un lien particulier s'est noué entre eux, dont l'écrivain ne comprendra réellement la nature et l'étendue qu'à la mort de Jeanne, en 96, après qu'elle aura fait don de ses immeubles à la ville de Genève à condition qu'ils soient réservés aux personnes en détresse: mères célibataires, artistes, étudiants, marginaux.
Il découvrira alors, en pénétrant dans les pièces où Jeanne vivait, un amoncellement d'objets qu'elle chinait, ramenait chez elle, et qu'elle empilait dans des caisses ou des cageots. Ecrous, rivets, ampoules électriques, pyramides de vêtements, paperasses, journaux...
Et sous le lit de Jeanne, une boîte en carton grande comme une valise qui contient tous les articles de journaux où l'on a parlé de Jean-Michel Olivier, annotés parfois, toutes les cartes postales et les mots qu'il lui expédiait, ainsi que tous les brouillons et les notes de ses textes qu'elle récupérait aux vieux papiers où il les jetait et qu'elle conservait avec dévotion.
Comme si elle avait voulu ainsi nouer entre eux un lien d'écriture, un lien qui relie ce moment final et celui où l'auteur avait parlé d'elle dans son premier ouvrage, La Chambre noire, rédigé déjà dans cet immeuble de Fort-Barreau où il a écrit presque tous ses livres.
Un immeuble que Jean-Michel Olivier a situé dans l'Histoire, s'attachant à expliquer sa genèse, le nom de la rue, l'évolution du quartier dans lequel il a été construit. De même, il inscrit le portrait de Jeanne dans la période pendant laquelle il a vécu à Fort-Barreau.
On voit ainsi passer les années 70, 80, 90, rythmées par les écrits de l'auteur. Une restitution des faits marquants et des ambiances de ces diverses époques qui n'est pas le moindre charme du récit sensible de cette relation.

Jean-Michel Olivier, Notre Dame du Fort-Barreau, L'Age d'Homme

(Publié aussi dans Blogres .)


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