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Histoire de générations

Publié le 14 décembre 2008 par François Monti
La lecture intéressante du week-end nous vient une fois de plus d’Espagne et des pages culturelles de l’ABC, quotidien conservateur aux choix littéraires pourtant de pointe. Jorge Carrión y discute, avec Edmundo Paz Soldán et Jorge Volpi, du concept de génération littéraire et, plus précisément, des mouvements dont ils ont fait partie : McOndo (pour Paz Soldán) et crack (pour Volpi). Tout ça remonte à 1996 et depuis… pas grand-chose. McOndo n’a pas vraiment fait de vagues en dehors du monde hispanique, tandis que les écrivains crack se sont confinés à des romans très classiques (j’avais évoqué le cas d’Eloy Urroz il y a quelques temps déjà). Depuis deux ans, un nouveau mouvement se développe en Espagne. D’abord mouvement nocillero (son point de départ serait la publication de « Nocilla dream », premier volume d’une trilogie d’Agustín Fernández Mallo), ensuite mouvement mutantes (suite à une proposition de Juan Francisco Ferré et à l’anthologie dont je vous ai parlé il y a peu) et puis génération afterpop (d’après le titre du lumineux essai de Eloy Fernández Porta). L’enjeu est actuel est de voir ce qu’il va advenir de ce groupe d’auteurs doté d’un avantage assez grand sur ses prédécesseurs de tous temps : internet. Pourtant, selon Carrión, sur les deux années écoulées, les mutants afterpop nocilleros n’ont pas réussi à essaimer au-delà de leurs frontières. Je suppose que, lorsqu’il pense à l’étranger, il pense d’abord au pays hispanophones : même avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de « contaminer » des gens qui ne vous comprennent pas. Quoi qu’il en soit, cet état de fait démontre peut-être qu’en dépit de la globalisation certaines choses prennent du temps et que les barrières culturelles sont toujours bien présentes – c’est Jorge Volpi qui rappelle par exempe qu’en Amérique latine, Nocilla (l’équivalent ibère du nutella) ne veut rien dire. Ceci dit, plusieurs membres de cette génération espagnole ont leurs entrées dans le monde anglo-saxon (Calvo, Fernández Porta, Ferré, Carrión lui-même) et que le débat pourrait ainsi être internationalisé. 
De par chez nous, évidemment aucune traduction, aucun écho. Je suppose que ça viendra pour certains textes (notamment la trilogie Nocilla, dont j’aimerais relire les tomes parus afin de l’évoquer ici). Si je ne l’ai pas dit assez clairement par le passé, je profite de cette occasion pour l’affirmer : quel que soit la façon dont vous souhaitez appeler ce groupe d’écrivains (nocilla, mutantes ou afterpop), il s’agit à mon sens d’une des propositions littéraires les plus intéressantes – bien que pas encore vraiment définie – du moment. Sans avoir été convaincu par tout ce que j’ai lu, j’ai chaque fois eu la conviction que quelque chose se passait. Il y a là tout un domaine franchement excitant, bien plus excitant en tout cas que ce que j’ai pu lire venant des Etats-Unis cette année (et ça m’arrache la gueule de l’admettre) où, il est vrai, il ne semble plus y avoir eu de dynamique collective depuis les années ’80 et l’avant-pop de Sukenick, Amerika et McCaffery.
Quelques textes traitant des ces écrivains espagnols sur Tabula Rasa :Anthologie mutantesJavier Calvo« Mundo maravilloso » et « Los ríos perdios de Londres »Manuel Vilas« España » (peut-être le livre de l’année) 
Pour ceux qui lisent l’espagnol, quelques blogs (traitant) de ces auteurs.Afterpost, Javier Calvo, Jorge Carrión, Agustín Fernández Mallo, Juan Francisco Ferré, Vicente Luis Mora, Manuel Vilas.

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