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Bacs de Loire, Bacs de Gironde, road-poem, de Bernard Bretonnière et Wilfried Guyot (lecture de Florence Trocmé)

Par Florence Trocmé

Ici, à l’orée du livre, on pourrait dire comme ailleurs « embarquement immédiat », embarquement pour la balade, pour le rêve, à bord du road-poem de Bernard Bretonnière, à bord des photos de Wilfried Guyot, à bord des bacs Anne de Bretagne ou La Gironde, au large (si on peut dire) d’Indret et de Basse-Indre ou du phare de Cordouan…
Deux mondes en fait pour un livre tête-bêche, un côté Bacs de Loire, un côté Bacs de Gironde. Pas tout à fait équilibrés puisqu’on compte environ 22 pages pour la Loire et 36 pour la Gironde. Un voyage rêveur, lent, accompagné par les écrivains, principalement Supervielle et Calveyra du côté de chez Bernard Bretonnière (Indret) et Michaux plutôt du côté Gironde.
Un beau livre, au grand format, où se répondent les très belles photos en noir et blanc de Wilfried Guyot et le road-poem du poète, rien de légendes donc, plutôt une traversée des fleuves et des paysages en mots, une méditation sur l’eau, les roseaux, la nature, la littérature (omniprésente), les gens, ceux qui passent d’un côté à l’autre, tous les jours.

Avec à mon sens une réussite un peu inégale. Totale du côté Loire, « mon estuaire,/ma Loire/mon petit biotope », un peu moins constante du côté Gironde. Il y a, l’auteur ne s’en cache pas, travail de commande. Mais si du côté de chez lui, la Loire, rien ne transparait de cette obligation, il n’en va pas tout à fait de même du côté Gironde, qui semble parfois un peu laborieux, notamment dans l’évocation des grands crus, des termes d’œnologie. Dans la partie la plus réussie, mêmes ingrédients que du côté Loire et ce qui en fait l’attrait : références littéraires et juste ce qu’il faut d’individualisation du propos (on est bien dans un livre de poésie et pas dans un guide). Et jeux d’écho des deux côtés depuis la citation exergue de Supervielle (Loire), « oserais-je prendre un peu de cette eau pour voir comment elle est faite » jusqu’à Michaux (Gironde), « si un contemplatif se jette à l’eau, il n’essaiera pas de nager, il essaiera d’abord de comprendre l’eau. Et il se noiera. ».
Bernard Bretonnière dit dans son périple girondin qu’il cherche à s’approprier ce coin-là : « ici qui n’est pas mon pays/je voudrais tout apprendre tout connaître/et comprendre » ; oui da, répondra peut-être le lecteur, s’autorisant le tutoiement, mais ici n’est pas ton pays, ton intime (conviction) et ce n’est pas parce qu’il y a le liant de l’eau que l’appropriation est complète. Je te préfère ligérien.

A cette réserve près, un livre original qui donne un grand plaisir de lecture (une belle idée de cadeau !) et qui allie (ce qui n’est pas si facile) le texte à la photo, sans que le texte soit redondant ou descriptif, un livre où road-poem et images se répondent, s’enrichissent, se complètent.

Contribution de Florence Trocmé

Bretonniere
Bernard Bretonnière
Bacs de Loire, bacs de Gironde, road-poem
Photos de Wilfried Guyot
La Part des Anges, 2008
25 € -Sur le site Place des Libraires

Le texte du livre Bacs de Loire, bacs de Gironde répond à une proposition de Wilfred Guyot qui avait, deux ans durant, en 2000 et 2001, réalisé plus de mille photos noir et blanc sur le sujet librement choisi des bacs traversant la Loire d'lndret à Basse-Indre et du Pellerin à Couëron, puis s'était vu confier par l'Institut départemental de développement artistique et culturel de la Gironde un travail complémentaire sur les bacs Royan - Le Verdon et Blaye - Lamarque. Road-poem est le nom qui s'est imposé pour définir cette écriture en vers très libres fondée sur plusieurs longues promenades de plusieurs jours, principalement en voiture, entre les points marquant les embarcadères de ces quatre bacs. Promenades nourries d'observations et de rencontres, de réflexions débridées, de géographie, d'histoire, d'art et de littérature dans la compagnie, particulièrement, des poètes Jules Supervielle et Henri Michaux - le second admirateur du premier. Ni guide, ni dépliant mais évocation plutôt qu'étude, ce livre délibérément subjectif associant photographies et poème laisse libre cours, de flâneries en digressions, à quelques questions sans réponses et aux approximations des auteurs, promeneurs solitaires ou moins solitaires, mais toujours curieux, au hasard des routes et des rivages estuariens de Loire et de Gironde. (note de l’éditeur)


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