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Blindman

Par Tepepa

Blindman il pistolero cieco
Ferdinando Baldi
1971

Avec : Tony Anthony, Ringo Starr

Blindman est un film qui n’a peur de rien, et surtout pas du ridicule. Et pas de l’excès non plus ! Consacrer un aussi gros budget sur un scénario aussi délirant, les producteurs devaient être eux-mêmes aveugles. Pourtant, dans une certaine mesure, bien leur en a pris ! C’est l’histoire d’un pistolero aveugle, qui se ballade sur son cheval d’aveugle avec une Winchester à baïonnette en guise de canne blanche. Il a un contrat pour retrouver un convoi de 50 femmes enlevées par un chef desperado (et son frère joué par Ringo Starr). Ledit chef desperado commande une petite armée d’hommes de main au look Mad Max parfaitement assumé. Les femmes sont destinées à un général (mexicain comme il se doit), prétexte à montrer plein de femmes nues se faisant asperger d’eau d’abord, puis plein de femmes habillées martyrisées par les officiers mexicains ensuite. Mais finalement, tout cela n’aura servi à rien puisque le chef desperado décide de massacrer tous les destinataires. De toute façon, à quoi ça sert une armée mexicaine, à part se faire décimer à la mitrailleuse? Le pistolero aveugle, pendant ce temps là, réajuste ses haillons et son chapeau plat et descend frénétiquement quatre hommes de Ringo Starr. Car il est aveugle, mais il tire juste le bougre ! Et tout ça n’est que le début ! Ici, c’est au spectateur de décider. Soit c’est un nanar grandiose, soit c’est le plus grand western de tous les temps ! Et ça peut aussi être les deux à la fois ! Le plus fort, c’est que le film fonctionne parfaitement, la mise en scène de Ferdinando Baldi est très fluide et le scénario se tient malgré tout. Tout en délivrant un portnawak grandiose. Voilà donc encore un film culte, dont tout le monde a entendu parler en termes dithyrambesques et dont l’appellation (culte Zatoichien incontrôlé) n’est pour une fois pas galvaudée. Mais encore faut-il pourtant pouvoir remettre le film à plat. Ne pas s’attendre à un film extraordinaire qui aille au-delà des extravagances précitées. Car si Tony Anthony parvient (difficilement) à émouvoir dans son rôle d’aveugle qui poursuit son but obstiné malgré son handicap, si Ringo Starr, en bad guy amoureux est un petit peu touchant, il est indéniable malgré tout que manque au film ce qui fait la force des grands films : une bonne touche d’humanité. Le devenir du pistolero aveugle ne nous affecte que de loin, on ne se sent guère concerné par sa quête (dont le pourquoi n’est d’ailleurs guère explicité), le sort des 50 femmes dans le désert ne nous touche que par sa grandiloquence démesurée, pas par la déchéance de ces femmes qui ne sont que des fantômes durant tout le film. Le massacre de l’armée mexicaine n’est que ça, un massacre d’armée mexicaine qui est bien loin des mitraillages de La Horde Sauvage ou de Il était une fois la révolution, tant les mitrailleurs comme les mitraillés ne sont que des silhouettes. On assiste donc à un délire gratuit, sans être partie prenante, sans ressentir la force picaresque des Leone, ni l’intimité subtile que Baldi avait pourtant su développer dans Le dernier des salauds, ni même la force brute et désespérée à l’œuvre dans son Texas Addios. Malgré tout, pour sa seule réussite formelle, pour son jusqu’auboutisme dans l’exploration du filon des extravagances spaghettienne, Blindman est un film à ne pas manquer, comme un point de non retour d’un cinéma de genre qui ne sait plus se réinventer, avant que Trinita ne sonne le glas. Mais veillez à être dans de bonnes conditions d’humeur et d’entourage (ie, pas avec votre grand-mère…), sinon vous allez rater votre rendez vous avec Blindman.
Où le voir
:
Le film existe en DVD à l’étranger en anglais/ allemand et/ou italien sous-titré en italien et/ou anglais, un truc comme ça. Plus accessibles pour les frenchies italo-anglo-germano-agnostiques, Blindman a été diffusé sur CineClassic en VF (je crois), donc des âmes charitables (i.e. not me) pourraient bien l’avoir enregistré sur DVD-R. Mais surtout, Blindman est prévu pour bientôt (d’ici dix ans en tout cas) chez Wild Side, avec Tepepa, Far West Story, O’Cangaceiro et Navajo Joe. Que du bon, donc, en espérant que Wild Side soit à la hauteur de leur précédent travail sur Django, El Chuncho, Keoma et Quatre de l’apocalypse.
Capture: Shobary

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