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Andy Warhol en lunettes rouges

Publié le 23 décembre 2008 par Marc Lenot

Quelques jours à Londres et beaucoup d’expositions.

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Celle sur Andy Warhol à la Hayward Gallery, Other Voices, Other Rooms, jusqu’au 18 janvier, est concentrée surtout sur ses vidéos et ses films et exigeait plus de temps que je ne pouvais y consacrer, hélas. Je n’ai pu vraiment jouir que de la première salle, Cosmos, qui montre la variété de projets et de médias sur lesquels Warhol a travaillé. Ci-contre un de ses livres, qui, bien sûr, m’a arrêté net. Dans cette même salle, une quarantaine de ‘Screen Tests’ (sur 600), où Warhol demandait à ses sujets / modèles de rester 2 minutes et 45 secondes (soit 100 pieds de pellicule) sans bouger et sans cligner des yeux devant la caméra. Ces films sont projetés à 16 images par seconde au lieu de 24, ce qui leur donne une qualité éthérée, irréelle; et au moment où j’entrais dans la salle, Marcel Duchamp !
Au premier étage de la Hayward, un homme seul marchait sur la banquise, suivi docilement par un énorme brise-glaces (Guido van Der Werve, jusqu’au 4 janvier).

Comme les prochains billets seront tous sur des expositions qui m’ont plu, je mentionne rapidement dans ce billet récapitulatif ce que je n’ai pas vu et ce qui ne m’a pas plu.

Je n’ai pas vu les tableaux de la Reine à Buckingham Palace, ‘De Bruegel à Rubens’ (jusqu’au 26 avril) : pas le temps, une prochaine fois. Et j’ai refusé de payer dix livres pour aller voir ‘Les visages de la Renaissance, de van Eyck à Titien’, à la National Gallery, (jusqu’au 18 janvier) alors que la majorité des tableaux sont habituellement visibles gratuitement dans les salles du musée, n’étant pas convaincu de “l’intérêt scientifique” de l’exposition. Je me contenterai de suggérer qu’on m’offre le catalogue pour Noël.

J’ai beaucoup aimé, mais ne sais trop comment écrire sur l’exposition sur Robert Capa et Gerda Taro au Barbican jusqu’au 25 janvier: exposition très historique, avec, en particulier les photographies de Capa récemment découvertes au Mexique et une analyse très rigoureuse du soldat mourant, entre autres icônes. Mais cela mériterait un vrai travail d’historien, alors tant pis. Voici, en bonus et hors expo, cette photo inconnue de Capa en train de recharger son appareil en juin 1944, identifié par l’équipe de PhotosNormandie.
A l’étage inférieur du Barbican, quatre photographes contemporains sur la guerre : seul Omer Fast, déjà vu à Pompidou, se détache du lot avec la même installation sur quatre écrans, où deux histoires s’entrecroisent (’The Casting’).

Une belle exposition d’Hans-Peter Feldmann chez Simon Lee (jusqu’au 31 janvier), mais je préfère de beaucoup ses photographies (’Time Series’, surtout) et ses objets trouvés à ses compositions kitsch.

Ian Wallace, chez Hauser & Wirth (fini le 20 décembre), montrait une composition intéressante où des séries de photos se faisaient face sur les quatre murs de ce grand espace : les statues (volées) du Parthénon au British Museum face au public d’une performance de Ben à la Tate, et, mieux encore, la construction même des cloisons cimaises de la galerie où nous sommes face à des vues de Piccadilly juste devant la galerie : une mise en écho plaisante et stimulante.

Maintenant, les endroits que je ne vous recommande vraiment pas :
- d’abord, excepté aux fans de Burroughs, l’exposition ‘Collision Course’ dans l’espace GSK Contemporary jusqu’au 19 janvier : c’est snob, incohérent, racoleur, et les deux premières parties sont sans grand intérêt (à part une vidéo de Cyprien Gaillard, ‘Real Remnants of Fictive War’, et ‘Mono Lake’ de Robert Smithson). Si vous décidez néanmoins de payer les £6 d’entrée (ah, les avantages de la faiblesse de la livre..), évitez les ‘Oignons’ de Rémy Markowitch, fermez les yeux et allez droit dans la dernière salle voir les memorabilia en tous genres de William Burroughs;
- ensuite, et c’est bien dommage, si le nouveau bâtiment de la Photographers’ Gallery est nettement mieux que l’ancien, les deux expositions inaugurales ne sont pas de la même qualité que ce que j’avais vu avant : des vues de Soho plutôt banales et le portrait d’un couple de transsexuelles âgées (Katy Grannan);
- puis la sécheresse ingrate des candidats au Turner Prize à la Tate Britain (jusqu’au 18 janvier), le lauréat, Mark Leckey, n’étant que marginalement plus excitant. Allez-y éventuellement avant de voir Bacon; après, ça vous rendra misanthrope. Allez plutôt voir le très beau film (’All that’s solid melts into air (Karl Marx)) du Laotien Vong Phaophanit, avec Claire Oboussier, dans la Light Box, c’est simple et émouvant, et très bien construit (en sursis, ça aurait dû finir le 30 novembre; rien sur le site de la Tate, apparemment);

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- enfin le Turbine Hall de la Tate Modern est confié à Dominique Gonzalez-Foerster pour TH 2058 (jusqu’au 13 avril) : Cocorico ! Sauf que c’est un vrai flop. L’argument est bizarre : pluies diluviennes sur Londres en 2058, les statues se mettent à grandir, on les héberge à la Tate avec les sans-abris. C’est pompeux, prétentieux, imbu de soi-même, et on préférerait que tous ces lits jaunes et bleus accueillent vraiment des SDF, au moins cette exposition aurait un but. L’émotion n’est plus au rendez-vous, les citations pédantes subsistent seules. Non, le montage, ce n’est pas une juxtaposition incongrue et préfabriquée d’éléments disjoints comme ici, c’est un surplus de sens, qui, ici, est absent : je ne sais pas, relisez plutôt Warburg ou Didi-Huberman. 

Bon, ça suffit, à partir de demain, je vous conte les expositions que j’ai vraiment aimées, Bacon, Rothko, Meireles, mais aussi Dispersion à l’ICA, l’art chinois chez Saatchi, le Photomontage, Kabakov et Miroslaw Balka. Ouf !

Madame Gonzalez-Foerster étant représentée par l’ADAGP, la photographie de son installation (prise par l’auteur) sera ôtée à la fin de l’exposition.


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