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Dans les eaux dormantes et acides et Tarik Noui

Par Ephemerveille

Sorti dans la collection Laureli des éditions Léo Scheer, le cinquième livre de Tarik Noui est déconcertant. Critique d’un roman expérimental, entre le thriller et le roman noir.

Dans les premières pages de Rouge à lèvres sur le plongeoir d’une piscine municipale, un narrateur accusateur vous prend à témoin,

Rouge à lèvres sur le plongeoir d'une piscine municipale - Tarik Noui.jpg
dénonçant la terrifiante réalité des tueurs en série, amenant le lecteur à la question délicate et douloureuse du meurtre d’enfants, particulièrement effroyables lorsqu’ils sont commandités par leurs propres parents.

A la surface, tout est calme. C’est lorsqu’on plonge sous les eaux troubles de la société endormie par l’ « évidence d’être vivant », que la réalité perd de sa pureté. Nadar Suarès est maître nageur le jour et tueur à gages de progéniture gênante pour parents harassés la nuit. Il est marié à Soha, ancien mannequin, splendide femme qui a connu la mode, le succès et la cocaïne. Elle a mis fin à sa carrière à la naissance de son fils Charlie.

Le livre s’ouvre sur la mort de cet enfant. Son corps est retrouvé dans une rivière par un vieil homme qui sonne l’alarme.

Nadar, qui ne fait pas entièrement confiance à son employeur, Labsman, dont la couverture est un sex-shop en-dessous de son bureau, se demande si le meurtre de son fils n’a pas été une simple besogne supplémentaire pour la pègre que représentent ces « Ils » avec qui Labsmann semble traiter quelques sombres affaires. Celui qui était l’ancien agent de Soha ne désirait-il pas, en supprimant Charlie, inciter cette dernière à remonter sur les podiums ? Soha aurait-elle commandité ce meurtre elle-même ?

Nadar, baignant dans d’illicites secrets au quotidien, ne peut s’empêcher de voir de frauduleuses corrélations entre les membres de son entourage forcément vicié.

Charlie, innocent spectre s’évaporant de son corps noyé, laisse entendre au lecteur, par petites touches, ses paroles d’enfant pas si candide. Sa version de son assassinat ; la vérité. Entre les adultes qui se déchirent, qui s’entretuent, seul Charlie, l’innocent, dont la voix émerge « au-dessus des eaux », connaît celui qui le poussa rageusement dans l’eau, lui qui emporte sa pureté dans sa tombe. Charlie n’aura pas connu, autrement que par sa mort, l’opprobre des grands, poison qui s’insinue dans chacun de leur geste, à l’origine de toutes leurs souffrances.

Assénant, au fil de son texte, de petites vérités déconcertantes – « Ce qui s’inscrit dans la boue demeure à jamais. » -, Tarik Noui affirme, avec ce roman, son art dérangeant. Aussi fluide qu’un cours d’eau en pleine crue, dévastateur, l’auteur livre un roman à la modernité vénéneuse, Styx qui emporte avec lui les âmes se trouvant sur son passage, aussi hasardeux que la mort. 


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