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Saatchi chinois

Publié le 11 janvier 2009 par Marc Lenot

On se sent toujours un peu perdu devant les expositions d’art chinois contemporain, entendant d’un côté le discours sur son poids, son explosion et son marché, et de l’autre restant un peu dubitatif devant une telle profusion, et des thèmes toujours récurrents, l’histoire, Mao, l’individu. C’était déjà vrai dans une exposition de qualité comme celle de Berne, mais quand c’est un vieux routard comme Saatchi qui en fait l’exposition (jusqu’au 25 janvier) dans ses immenses nouveaux locaux londoniens, on est un peu sur la réserve.

On va, en fait, d’étonnement en étonnement, tous un peu trop bluffants, un peu trop faits pour accrocher l’oeil du spectateur : c’est à qui criera le plus fort “Regardez-moi !”, “Non, moi, je suis plus fort, plus beau”. Non qu’il n’y ait une réflexion solide derrière certaines pièces et une grâce certaine dans d’autres, mais tout est un peu trop léché, packagé dans le but de faire de l’effet.

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Ainsi, les édifices de Liu Wei, dans l’installation Love it ! Bite it !, faits de nourriture pour chien, sont d’une grande beauté, diaphanes et transparents, et leur fragilité émouvante parle de tragédie apocalyptique, plus que de critique de la société de consommation. Mais on doute un peu devant le procédé, un peu trop simple, un peu trop évident.

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Plus intense est le travail de Zhang Huan, dont les toiles et les sculptures en cendre d’encens évoquent la décomposition et l’illusion, la dévotion et l’incinération. Cette Jeune Mère anonyme et réservée est aussi nourricière, le lait coule de son sein, telle une Madonne ou telle Junon à la Voie Lactée. Ces toiles là sont empreintes de spiritualité, que vient seulement perturber la prouesse technique du matériau.

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Les sculptures arborées de Bai Yiluo sont au croisement de la sobriété et du baroque et le nu géant de Xiang Jin, Your Body, hyperréaliste jusqu’à la cicatrice et à l’épilation, paraît menaçant, anérotique, glauque, et, pour tout dire, trop bien fait, trop léché malgré son air vide et hébété. Sans doute devrions-nous nous y projeter, nous l’approprier, mais, à la différence d’avec Ron Mueck, on reste à distance.

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Parmi toutes ces oeuvres si impressionnantes et si peu distillées (qu’on est loin de la peinture chinoise classique !), c’est le couple Sun Yuan et Pen Yu qui gagne la palme, d’abord avec un vieil ange déchu effondré au sol, ses ailes de poulet dépassant de sa robe de satin blanc, triste comme la fin d’un monde (Angel), mais surtout avec leur installation au sous-sol. Treize vieillards décrépits, hébétés, bavants, tremblotants se déplacent sur leur fauteuil électrique : dans cet asile, ils jouent un ballet incessant (jusqu’à la panne), se percutent comme des autos tamponneuses ou s’évitent de
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justesse. Old Persons Home, tableau désolent de la sénilité ! Mais celui-ci ressemble à Fayçal, celui-là à Makarios, un troisième à Mountbatten, toutes breloques pendantes; et ici Arafat et Begin ? Non qu’il y ait véritable ressemblance, juste une évocation, une ombre. Gloires passées dérisoires à l’asile de l’histoire (voir la vidéo ici). Le spectateur est bluffé par l’inventivité, la perfection du rendu et l’humour décapant; est-il transcendé, transporté ailleurs, rendu meilleur ? C’est bien là la question de toute cette exposition.

Photos de l’auteur.


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