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Hallali

Par Angèle Paoli


HALLALI

Chasse dominicale les coups de feu trouent l’espace et secouent le silence
jappements de chiens éraillés hallali somnolence vague         bien-être
ensommeillé dans la fraîcheur solaire de janvier
l’attente longue peut-être un peu de sa chaleur pour réchauffer le cœur
sa parole joyeuse pour calmer l’angoisse         qui prend là
dans le déchirement du tissu des entrailles         coups de feu encore
la bête abattue dépecée dans son sang et les hommes
ivres de leur bestialité         vengeances épanouies dans la tuerie du jour
dans la geste promesse
de carnages à venir à sourdes enjambées
la terre du talus martelée labourée effritement aussi
des mots et de soi sous les coups de butoir où
le corps se délite dans l’immobilité
d’une absence de rêve

criaillement des mouettes stridences invisibles
qui crissent dans le ciel et raillent le vallon
quel celui-ci ou cet autre quel
toi qui m’aimes me diras-tu qui
quel passé vibre encore en moi
les coups de feu déchirent la toile lisse du dimanche
les chiens hallali hurlent
les balles crèvent claquements secs
la battue continue d’exhiber sa hargne vengeresse
quand donc les hommes seront-ils repus
soif de sang         le sanglier geint à la mort
déchirement de l’hallali
cri de goret que l’on égorge
les rues des villes bruissent
d’un dimanche livré aux pas industrieux
des passants

ici hormis la rumeur sourde de la mer
hormis les anneaux des spirales qui jouent
de leurs allongements de trombone sur la page
hormis le froissement de ma manche
et les criailleries des geais
hormis les coups de fusil
qui brisent le silence
l’immobilité absolue
contraste violent entre ce que je ne peux voir
d’ici où je me trouve que je perçois
sous les fibres de ma peau et sens
et ce qui se vit         là-bas
dans cet ailleurs que je poursuis dans ma mémoire
les mots échappent qui fuient de toutes parts
le sanglier crie de son cri de goret étranglé
qui perd son sang dans le sentier près d’ici
ou alors est-ce un autre parfois ils en tuent quatre et cinq
qu’ils hissent attachés par les pattes
tête baignant dans son sang
les coups de feu s’étreignent
rivalisent de rocher en rocher il n’y a pas assez
de la guerre et des obus qui mitraillent la nuit
il y a aussi les coups de feu des hommes
la geste mimétique de la guerre
dans les chasses hallali de l’hiver
les mots se coagulent
dans le cousu décousu
des pages

J'ai froid jusque
dans le soleil

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli


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