Magazine Culture

Peter Robinson, Qui sème la violence

Par Argoul

Ce roman étrange n’est PAS une enquête de l’inspecteur Banks. Il s’agit d’un roman policier classique à la Agatha Christie, qui semble le modèle de l’auteur, avec pour originalité sa construction. Ce sont en effet les destins de deux femmes qui s’entremêlent jusqu’à se rejoindre… Côté Dr Jekyll, Kirsten est une jeune étudiante en lettres, brillante, amoureuse, confiante, qui se fait trucider dans un parc au retour d’une soirée bien arrosée. Elle s’en sort miraculeusement mais est marquée à vie dans chair et dans sa sexualité par ce « viol » au couteau. Côté Mr Hyde, Martha a le souvenir d’un viol qui l’a rendue autre ; elle n’a de cesse que de retourner sur les lieux où s’est produit l’agression pour se venger. peter-robinson-qui-seme-la-violence.1231838012.jpg

Peu à peu, de scène en scène, l’intrigue se met en place. Rien de classique mais une construction en abyme qui laisse ouverte nombre de perspectives.

Ce qui rend étrange ce roman est qu’il n’est pas anglais. L’auteur, bien que britannique d’origine, vit au Canada et la mentalité américaine faite de Bible (version Ancien Testament) et d’égoïsme l’a marqué. Ses personnages sont peu probables, pour ce que je connais du Yorkshire, mais tiennent plus des côtes de la Nouvelle Angleterre. Le roman date de 1990 et Peter Robinson semble s’être bien actualisé depuis. Qu’importe, la construction est efficace et la chute finale – méritée – dénoue tout, d’un coup.

Ce qui rend étrange ce roman est aussi qu’il est féministe. Pour un auteur homme, c’est aussi improbable, d’où cette impression de flottement dans les caractères, le côté un peu artificiel des filles en butte à la violence mâle. Je ne sais à qui est dédié ce livre, le prénom « Jan » ayant cette détestable habitude anglo-saxonne de s’appliquer à n’importe quel sexe, fût-il le plus incertain. Les garçons n’apparaissent que comme des bites sur pattes dont l’humour et la tchatche n’ont qu’un objectif : coucher. Les hommes – les « vrais » - sont munis de mains baladeuses et d’yeux fureteurs dotés de rayons X pour déshabiller tout ce qui porte nichons. Les autres sont insignifiants comme le jeune amant étudiant de Kirsten, son père, ou les mâles flanqués de marmaille. Ceux qui ne « peuvent » pas sont irrémédiablement condamnés, comme par quelque gène défectueux, à devenir psychopathes – encore un trait typiquement américain.

D’où ce sentiment d’improbable qui ne vous quitte jamais à la lecture. Mais aussi l’efficacité de l’intrigue, parfaitement resserrée sur les caractères qui comptent dans le récit, tout le reste n’étant que décor esquissé à gros traits. Une autre facette de Robinson.

Peter Robinson, Qui sème la violence (Caedmon’s song), 1990, Livre de Poche 2006, 380 pages, 6€


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Argoul 1120 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines