Magazine Culture

Anthologie permanente : Louis Pons

Par Florence Trocmé

objets

Aux couleurs de la nuit
vous chantez doucement.
Du noir sur le noir
voilà ma complainte.
Je trouverais de l'espoir
dans un seau de goudron.
Vous êtes les petits temples
incertains 
de la certitude, 
vous êtes des nids de poussière
tout juste bons
à étouffer le cri
pour quelque temps.
Je joue tout seul 
sans partenaire,
ne fermez pas les yeux,
je vous parle peut-être
mais je n'en suis pas sûr.
Objets de pauvreté
vous êtes ma richesse
au cœur du désespoir.
Chaque chose a son histoire
elles parlent entre elles
pour raconter la mienne.
Vous êtes cadeaux d'abandon
cloués de parcelles de joie
en éclats brefs.
Fragiles animaux
en vos frêles bicoques,
vous jouez à des jeux idiots,
la tristesse et la douleur
n'en sont pas absentes.
Vous jouez avec moi,
et je joue avec vous,
ceux qui nous regardent
ont quelquefois
le sourire aux lèvres
alors nous avons gagné
au jeu de la vie.
Nous avons gagné un tour de plus.
De-ci de-là couci-couça
objets précaires vous parlez pour moi,
aujourd'hui j'ai envie de me taire.
L'alphabet des choses parle pour moi.
Bouche cousue
je vous parle en aveugle, 
bouche cousue.
Silencieux est l'alphabet des choses,
c'est un spasme immobile
gelé par la colle.
Ce sont objets d'abandon,
bouquets de débris,
ce sont les murmures de l'errance, 
travail des mains folles, 
en crises.
Objets du hasard
je cherche un chemin
qui n'existe pas
dans une ville inconnue.
Des jalons pour demain
s'il veut bien exister.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est celui de ma tendresse.
Image d'enfance à jamais perdue.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est par vous 
de retrouver l'étincelle
dans le regard de mon amie.
Beaux à mes yeux
comme un sourire dans un hôpital ;
fait de rien
fait de tout.
Vous êtes ma raison
vous êtes ma folie.
Vous êtes le fil sur lequel je marche
pour aller je ne sais où.
Un jour dans l'autre
attendant le miracle.
Je vous fais 
je vous défais,
il n'est pas quotidien
loin s'en faut,
il est l'aumône
que la vie me fait parfois.
Je vous trouve comme
on vous a perdus,
pour chercher quelque chose
couleur d'imprévu.
Par un geste parfois
j'aide à votre rencontre.
Je scelle par un sourire
le mariage de la carpe et du lapin.

Louis Pons, extraits de "L'objet et le reste", réédition Fata Morgana, juillet 2008.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Anthologie permanente : Louis-René des Forêts

    D’un oiseau qui se tient caché dans les branches On aimerait apprendre le délicieux ramage Comme des loups en chœur les appels déchirants Au lieu de crier avec... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Anthologie permanente : Angela Ball

    Que mettre pour un divorce Des chauves-souris dans les cheveux, Mais seulement si elles arrivent à s’y accrocher la tête en bas Convenablement. Du mastic sur le... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Anthologie permanente : Catherine Weinzaepflen

    alors, donc alors Hermès et le sol me lâche il raconte Hermès : le seul dieu qui fit rire Zeus lorsqu’il affirma qu’il ne mentait plus moi empoisonnée... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Anthologie permanente : Jasmine Viguier

    Je se souvient d’un fleuve au vert marin qui traversait sa ville pour s’en aller rejoindre un autre plus au sud. Je se souvient de ce fleuve si différent de... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Anthologie permanente : Alexander Dickow

    If you’ll just turned over the road and step aside past on the next corner, when you’ve be spied a gap in the rustles which rumple, tall and sway by the stingin... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Anthologie permanente : Robert Desnos

    Littérature Je voudrais aujourd’hui écrire de beaux vers Ainsi que j’en lisais quand j’étais à l’école Ça me mettait parfois les rêves à l’envers Il est possibl... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Anthologie permanente : Claire Malroux

    Le poids du jour glisse comme un linge usé (ou même pas) des épaules simplement frotté à la peau les épaules un peu plus voûtées d’avoir porté un temps une ombr... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE

A propos de l’auteur


Florence Trocmé 14972 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines