Magazine Cinéma

Des idiots et des anges

Par Rob Gordon
Des idiots et des angesÇa commence par une bosse entre les jambes, bien mal dissimulée par le drap recouvrant cet homme endormi. En fait ce n'est que le facétieux réveille-matin du pauvre bougre, qui se met bientôt à sauter dans tous les coins pour le tirer de sa torpeur. Et l'on se dit que Bill Plympton est de retour en très grande forme, bien parti pour donner libre cours à sa fantasie lubrico-poétique. Ce n'est pas faux : le début de Des idiots et des anges fait partie de ce que Plympton a fait de mieux, enchaînement ininterrompu d'aventures grinçantes et de digressions oniriques, toujours caractérisé par ce trait si particulier, comme un brouillon de manga ou de comic. Un style très heurté qui fait le charme des oeuvres du monsieur, même s'il faut un temps d'adaptation pour qui n'est pas familier de son univers.
Puis l'intrigue se met en place, lentement mais sûrement. On comprend que le héros a des ailes qui lui poussent dans le dos, qu'il cherche à se débarrasser de ces encombrants attributs, et que d'autres cherchent au contraire à les lui arracher pour en tirer un quelconque bénéfice commercial et/ou populaire. Le tout dans une sorte de cercle sans fin qui voit ce type se réveiller encore et encore, se rendre toujours dans le même tripot, et vivre une nouvelle aventure liée comme les précédentes à ces foutues ailes d'ange. Une spirale aussi noire que zinzin parfaitement adaptée au style Plympton, mais qui semble curieusement bridée par une certaine envie de maîtrise de la part d'un auteur peinant cette fois à laisser libre cours à ses envies.
Résultat : moins trash que d'habitude mais peut-être plus intéressant formellement, Des idiots et des anges a quelque chose d'un peu frustrant, mais semble en même temps signer le début d'une nouvelle phase pour cet artiste singulier qui finira peut-être un jour par raconter une histoire normale en partant d'un point A pour arriver à un point B. On ne souhaite pas du tout voir Plympton arriver à de telles extrémités ; en revanche, on peut nourrir l'espoir que ce film soit le chaînon manquant entre son cinéma hyper-inventif mais très dispersé et des oeuvres aussi délirantes mais plus mûres. C'est quand, la suite ?
7/10

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Rob Gordon 109 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines