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Le secret du mal

Par Bustos

Poésie et profondeur sont les deux mots qui me viennent à l'esprit quand je songe à Bolano en tant que essayiste. C'est peut être parce qu'il ne se met que trop rarement dans la peau de celui que veut (s')expliquer (sur) la (sa) littérature . Et quand il le fait, il laisse le lecteur un petit peu perplexe. Je veux dire par là qu'il ne donne pas de recettes, pas de justifications. Il assène, et le fait dans la fulgurance.
J'en veux pour preuve les deux textes que l'on trouve dans le volume posthume qui vient de paraître Le secret du mal : Dérives de la pesada et Séville me tue (qui rappelle étrangement une autre conférence Maladie + littérature = maladie) et qui jouent sur cet effet de fulgurance dans les jugements. Prenons des exemples que je trouve poétiques et profonds (il peut y avoir l'un sans l'autre, mais pas chez B.).
Dans Dérives de la pesada dont le sujet est l'état de la littérature argentine après Borges :

Lorsque Borges meurt, soudain tout prend fin. Prend fin surtout le règne de l'équilibre.

Je trouve que cette notion d'équilibre dans la littérature qui repose en totalité sur les épaules d'un seul est une vraie trouvaille pourtant B. ne s'attarde pas dessus, n'en fait pas des kilos. Une fois énoncée, sa sentence est laissée là, et c'est au lecteur de la laisser cheminer en lui. Au lecteur de faire le travail.
Il en va de même pour la fin de la conférence Séville me tue qui me semble être un vrai moment épiphanique. Le genre de phrases dont on ne finit pas d'épuiser les multiples sens .

Le trésor que nous ont légué nos pères où ceux que nous avons crû être nos pères putatifs est horrible et triste à la fois. En réalité, nous sommes comme des enfants coincés dans la maison d'un pédophile. L'un ou l'autre d'entre vous dira qu'il vaut mieux être à ma merci d'un pédophile que d'un assassin. Oui, il vaut mieux. Mais nos pédophiles sont aussi des assassins.

Il y a là outre la réflexion que B. avance, un abîme dans lequel s'y l'on veut y plonger on doit prendre le risque de se retrouver à marcher nu dans les ténèbres (ou bien enfermé vivant dans la bibliothèque de Babel). Et il y a une telle assurance dans cette proposition. B. semble tellement à l'aise avec cette idée quelle prend valeur d'art poétique. Comment peut il construire son œuvre aussi surement, aussi posément avec en lui cette horreur et cette tristesse ?
J'avance une esquisse de solution : il apportait lui aussi un règne d'équilibre. En tout cas dans sa façon de prendre sur lui le mal du monde. Peut-être parce qu'il en connaissait le secret.
Il n'en reste pas moins qu'il y a chez lui une façon particulière d'avancer par métaphores et cela de manière hypnotique et magique.


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