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Save the cheerleader

Par Lazare
A propos de Comment Je Suis Devenu Super-Héros de Gérald Bronner (Les Contrebandiers).
Les super-héros pleurent aussi...
Je trouve ça marrant & plutôt intéressant tous ces liens thématiques qui s'enfilent littéralement sur ma table basse alors que je ne leurs ai rien demandé. Finissant presque Ma Vie, Ma Vie Magnifique de Lydia Millet j'attaque à l'instant, alors que je viens tout juste de me péter la rotule sur une putain de piste verte (mais c'était pas de ma faute, y'a eu un serpentin de l'ESF qui est sorti d'un bois alors que c'est formellement interdit & j'ai viré raide sur une cabane à frites), j'attaque à l'instant donc celle brève & magnifique d'Oscar Wao, & cette histoire de prof raté, obèse, fan de SF & de super-héros me fait penser à un autre livre que le facteur à déposé sur la neige (vu que ma boîte aux lettres est inaccessible jusqu'au prochain redoux) & qui raconte l'histoire d'un prof pommé, architecte raté & dont le nom est Albert au carré. Le lien de tout ça c'est que livré avec le B.S. Johnson il y avait aussi l'intégrale de Watchmen & là on en revient aux super-pouvoirs + (encore une couche) vu que ça va faire une semaine que je mate, tous les soirs, la beauté toute américaine de Niki Sanders qui, même si elle n'arrête pas de chialer dans la quasi totalité de la première saison, est certainement la plus canon de la série Heroes. & enfin, derrière tout ça, y a Bronner & son petit livre sympatoche.

"we can be heroe..." Dans la chanson David Bowie insiste bien sur le fait que ça ne serait que pour un jour, pas plus – on imagine bien le merdier – en ces temps cacabeurk d'être un super héros, même syndiqué: horaires de malade à faire pâlir n'importe quel ouvrier chinois, pas de prime de risque comme les pompiers (& pourquoi donc, siou plaît????), pas de mutuelle ni d'assurance bien sûr, qui, aujourd'hui, oseraient assurer un super héros... sans parler de ces horribles costumes que même Brian Joubert, pourtant assez ouvert sur la question, ne pourrait porter & pourtant... & pourtant c'est exactement ce que fait Titan, le héros & Soupa-heroe (comme disent les rapeurs de Watts & les blondinets du XVIème ou de la rue Paradis) de Comment Je Suis Devenu un Super-héros. Shazam!
Pour être honnête avec vous mes loulous (ça faisait longtemps que je ne vous avez pas appelé comme ça) Titan endure bien plus que ça. Le type m'a fait penser à un négatif de Tony Soprano, le genre de gars qui passe sa journée à tabasser, extorquer, arnaquer & qui, à 15h tout pile, laisse tout en plan pour aller voir sa psychothérapeute. Il y a un décalage subtil & intéressant. Marrant & pathétique. D'ailleurs c'est intriguant ce rapport complexe des gars qui portent la cape & les collants: dans presque tous les cas ils ont peur ou considèrent leurs super-pouvoirs comme une malédiction. La moitié de l'humanité cherche à être spéciale & eux ne voudrait que le contraire. Indiscutablement cette solitude, souvent auto infligée, ne fait qu'accentuer ce mal être vis à vis de la plèbe. Du héros de L'Oreille Interne (dont il faudra scandaleusement qu'on reparle!) en passant par la quasi totalité des personnage de Heroes, jusqu'à Titan, la relation à la singularité est source de troubles psychologiques profonds & dévastateurs. Bien sûr tout l'intérêt de la chose est là. Titan est en pleine crise de la quarantaine: il divorce de sa femme, se découvre névrosé, s'occupe d'un pote, lui même ancien super-héros, atteint de parkinson à force de s'être prit des raclées contre les méchants & dont le nom est Monte-Carlo rapport à la manière totalement aléatoire qu'il avait de se télétransporter & qui lui à valu autant d'ecchymoses que ses combats. Mais sopratutto Titan vient de perdre une place au prestigieux PANTHEON TOP 30, le classement national & ultra médiatisé des meilleurs super-héros. C'est la débandade totale, la méta-merde intégrale. Titan n'a plus goût à rien, Titan se sent inutile, désabusé du peu de considération que lui portent ses concitoyens pour qui il brave tous les dangers. Il est dépassé mais la vie, cette saloperie va l'attendre un peu, histoire de l'achever une bonne fois pour toute car comme l'a dit Oncle Ben à Spiderman juste avant de mourir: « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités ». Alors qu'il est au fond du gouffre un vent de panique souffle sur la communauté des super-héros: plusieurs d'entre eux ont été retrouvés morts, éviscérés, l'intérieur du corps entièrement vidé (aspiré en fait mais vous n'êtes pas déjà sensé le savoir). Un méga-méchant se cache derrière ces horribles crimes & il a un nom tout droit sorti d'une série Z. MESDAMES & MESSIEURS: le Vampire de New-York! Brrrr... Titan va en baver, c'est sûr.
Coupable de vouloir me détendre entre une odyssée barbare épiphanique & une exploration totale de l'oeuvre d'Arno Schmidt, je crois m'être fait plaisir avec ce roman plein d'humour & d'ironie (qui avec le cynisme sont deux vertus cardinales). Jouant avec nos désirs absurdes d'Amérique & des oeillades incessantes au monde des comics & du polar façon hard-boiled Bronner pousse son récit au-delà du comique & du pitoyable (déjà dit). Un exercice de style pop & pulp malgré tout en deçà du Wilson de David Mamett (qui n'a absoluement rien à voir avec tout ça) ou de l'impressionnant From the Notebooks of Dr. Brain de Minister Faust, "le Neal Stephenson des sous-cultures" comme dit le toutou le plus intelligent du monde, mais foutrement marrant.
Save the cheerleader bande de punks!

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