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Espace d’art contemporain des Roches (Haute-Loire) : quand la culture fait « du lien » en région et du rôle de l’Etat dans cette belle histoire

Publié le 26 janvier 2009 par Adelinew

L'espace d'art contemporain des Roches, au Chambon-sur-Lignon

http://www.eaclesroches.com/

L’Espace d’art contemporain des Roches a vu le jour au Chambon-sur-Lignon en 2000, à l’initiative de deux céramistes, Arlette et Marc Simon, qui réalisaient ainsi un vieux rêve d’étudiants en art : apporter la « culture contemporaine » au cœur d’une région. Leur unique soutien dans un premier temps a été la DRAC – donc l’Etat – avec une subvention de 6000 euros. Le Conseil Général et le Conseil Régional  ont suivi en apportant respectivement 6000 et 3000 euros. Sans la caution financière et, on pourrait le dire ainsi, « intellectuelle » de l’Etat qui garantissait la qualité artistique du projet, celui-ci n’aurait jamais pu prendre l’essor que ces deux financements complémentaires ont permis. En huit ans ces subventions sont restées les mêmes.

Les Roches aujourd’hui c’est, chaque année : 1 expo de céramique, 1 expo d’art contemporain (pendant l’été), 2 conférences, 1 concert de musique expérimentale, 1 spectacle de danse et/ou 1 lecture théâtrale. En projet : un rendez-vous hebdomadaire autour du cinéma expérimental.

Tout est gratuit, depuis le départ, par choix.

identité visuelle de l'espace d'art contemporain des Roches

Malgré, ou grâce à sa situation géographique assez enclavée, à la jonction de 4 départements (Loire, Haute-Loire, Ardèche et Vallée du Rhône, Puy-de-Dôme), rattaché administrativement à la Ville du Puy mais d’un accès plus aisé de Lyon, Saint-Etienne ou Annonay et même Valence, le Centre d’art contemporain des Roches joue avec obstination son rôle de « lien » entre ville et campagne, citadins et ruraux, établissant des ponts entre les institutions culturelles et des publics variés, faisant bouger les lignes en déplaçant les citadins vers la campagne et en apportant un certain type d’offre culturelle là on ne la trouve pas d’habitude. Une vraie forme d’exigence culturelle en somme, que revendiquent avec fierté désormais les tutelles locales.

Si demain la rentabilité de « l’économie culturelle » devait prendre le pas sur la richesse du contenu, il est certain que des projets de ce type n’auraient plus aucune chance d’exister. Leur indépendance artistique serait compromise, ils deviendraient les otages de leurs tutelles de proximité, celles-ci pouvant exiger, selon les contingences électorales ou politiques, de privilégier des œuvres ou des spectacles d’un accès plus facile - selon leurs critères -, au détriment d’œuvres plus exigeantes mais plus enrichissantes. Un désinvestissement brutal de l’un des partenaires mettrait tout ce travail en danger. L’évaluation annuelle au « résultat » de ce type de structure, reconduisant ou non les financements selon les conclusions, n’est pas une solution adaptée. Oui, les financements publics doivent être contrôlés quant à leur utilisation mais on ne peut pas se baser sur des critères de « résultat » (augmentation ou diminution du nombre de visiteurs  etc) car ces critères seront toujours trompeurs : une excellente exposition ne fera pas venir plus de monde mais donnera des clés pour comprendre un nouveau champ de l’art contemporain, incitant plus de monde à revenir l’année suivante par exemple…

La diversité des propositions aux Roches attire un public beaucoup plus large qu’un simple espace d’art : les visiteurs des expositions reviendront pour les conférences ou les concerts, les amateurs de débats auront la curiosité, une fois sur place, d’aller voir l’exposition en cours… ils viendront du Chambon ou de la région mais aussi de Paris ou d’autres grandes villes à l’occasion des vernissages. Ce brassage des publics permet des rencontres et contribue à faire tomber les barrières « fantasmées » entre Paris et province, citadins et ruraux.

Mais pour continuer à jouer son rôle de pôle d’attraction, le centre d’art des Roches doit sans cesse inventer, créer, susciter l’envie de ce public de proximité. Ce qui sous-entend de pouvoir compter sur des financements sinon en progression, du moins stables et réguliers.

Adeline W


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