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Rauschenberg à Naples

Publié le 27 janvier 2009 par Marc Lenot

Le musée MADRE (Art Contemporain Donna Regina) a un fort joli clip promotionnel, mais n’a pas de site web, et il est strictement interdit d’y photographier, d’où un billet pauvre en images. L’exposition Robert Rauschenberg Travelling 70-76 était précédemment à Porto et à Munich, et s’est terminée à Naples le 19 janvier.

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Pendant cette période, Rauschenberg travaille surtout avec des matériaux pauvres, par exemple le carton d’emballage, matériau simple et omniprésent (Cardboards). Ce sont des oeuvres abstraites, et en même temps des traces du monde réel, du monde du travail, avec inscriptions, empreintes, saletés, vestiges. Il dit alors : “Les objets que j’utilise sont la plupart du temps emprisonnés dans leur banalité ordinaire. Aucune recherche de rareté. A New-York, il impossible de marcher dans les rues sans voir un pneu, une boîte, un carton. Je ne fais que les prendre et les rendre à leur monde propre”.
Je ne trouve malheureusement pas d’images de sa série ‘Early Egyptians’ où les sculptures de carton reçoivent, sur leur face opposée au mur, des couches de peinture fluo, d’où un effet lumineux de halo qui renvoie optiquement la pièce en arrière (alors que l’espace entre elle et le mur est minime), qui l’installe différemment dans l’espace, avec un effet flavinesque.

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En 1974, Rauschenberg se rend en Israël; la série qu’il crée alors, Made in Israel, est l’objet de bien des controverses, et beaucoup de ses pièces semblent avoir été détruites. Lui-même déclare à cette occasion ” J’ai voulu confronter les gens avec quelque chose qui leur rappelle leur propre vie d’une certaine manière, pour qu’ils puissent la regarder différemment”. Une des rares pièces subsistantes est cette brouette aux deux bras gigantesques, l’un un manche en bois, dur et rigide, l’autre un tuyau de caoutchouc, mou et en partie détruit. Bien sûr nul ne peut se servir d’une telle brouette, nul ne peut rien faire avec deux parties aussi différentes, l’une forte et l’autre faible. Serait-ce une allégorie ?

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Rauschenberg utilise aussi beaucoup les textiles, les voilages dans la série Hoarfrost et des tissus indiens dans la série The Jammers aux couleurs vives. La collection permanente de MADRE comprend aussi plusieurs pièces de lui, dont celle-ci de 1987, Mobile Cluster Glut (Neapolitan), liée à son séjour à Naples cette année-là :
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invité à la première du spectacle ‘Natural Pass’ de Trisha Brown au Théâtre San Carlo, il est mis à contribution pour remplacer en trois jours les décors de Nancy Graves bloqués en douane à Gênes. Pour ce faire, il écume les décharges de Naples et réalise des pièces monumentales faites de débris divers : cet évier de restaurant combiné à un morceau de cadre de vélo et à un tuyau rouge est un des éléments du décor, qu’il incorpore ensuite à sa série Gluts.

A côté de Rauschenberg, la collection du Musée comprend une large palette d’artistes américains (Serra, Horn, LeWitt, Twombly, Nauman,..) et italiens (Clemente, Fabro, Paladino, Paolini, Fontana,..); Yves Klein semble être notre seul compatriote. 

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L’église attenante au musée (Santa Maria Donna Regina Vecchia) comprend une grandiose installation ‘Naples sur la croix’, évoquant les tragédies et les beautés de la ville, entre éruption volcanique, tremblement de terre, peste et Camorra. La forêt d’arbres autour de l’autel est due à Doriana et Massimiliano Fuksas, le chemin de croix est de Mimmo Paladino.

Rauschenberg étant représenté par l’ADAGP, la reproduction de ses oeuvres sera ôtée du blog dans un mois.


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