Magazine Beaux Arts

Lumumba

Publié le 31 janvier 2009 par Marc Lenot

“Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort”. Cette phrase d’un discours de Patrice Lumumba devant des officiels belges au moment de la proclamation de l’indépendance du Congo résonne encore aujourd’hui sous d’autres cieux et c’est bien la résonance de Lumumba que le photographe sud-africain (blanc) Guy Tillim tente de capter dans la série montrée à la Fondation Cartier-Bresson (jusqu’au 19 avril). A travers des images africaines, du Zaïre/Congo, du Mozambique, de Madagascar, d’Angola, Tillim retrouve des traces de Lumumba, noms de rues ou autres évocations, et ces photographies disent l’Afrique d’aujourd’hui, une Afrique en tout cas, son Afrique : tillim2.1233412047.jpgbeauté tragique des murs lépreux, délabrement de la ville et vitalité de ses habitants, appropriation de l’espace, présence humaine au milieu de grandioses vestiges. Le ton de ces photographies leur donne une dimension ironiquement tragique.

Le Grande Hotel de Beira (Mozambique, 2008) fut un jour grandiose, somptueux avec ce magnifique escalier moderniste en spirale. La décrépitude du béton, les ordures au sol, la sensation générale d’abandon sont autant

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de signes du temps qui passe, du passage de l’ère coloniale à une difficile indépendance.

Les Archives du Tribunal de Lubumbashi (RDC, 2007)  sont une merveille kafkaïenne, avec ce mur de dossiers empilés, ficelés tant bien que mal : histoires ordinaires, engorgement bureaucratique, mais surtout un poème visuel.

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Dans cet Immeuble Administratif à Antsiranana (Madagascar, 2007) où les employés sont confinés dans leurs bureaux cellules délabrés, la grâce de cette jeune femme aérienne baignée par la lumière transforme la scène, introduit beauté et espoir dans cet environnement lugubre. Les cols de cygne des tuyaux d’extincteurs font écho à la beauté de son corps.

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L’autre série exposée, sur Johannesburg et l’abandon des tours du centre-ville, montre la vie des habitants au milieu des murs lépreux, des vitres cassées. Ici et là, des affiches annoncent un autre monde, religieux ou politique, un monde rêvé vers lequel échapper à cette douleur (Boutique de coiffeur à Hillbrow, 2004).

Toutes photos © Guy Tillim.


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