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Quelques réflexions à propos de la rénovation du Monde

Publié le 03 février 2009 par Anthony Hamelle

Je ne sais pas si certains l’on noté, mais Le Monde vient de sortir une nouvelle formule. L’ambition d'Eric Fotorino est clairement affichée : '"améliorer notre offre éditoriale est à nos yeux une "ardente obligation", afin de rendre chaque jour Le Monde plus pertinent, plus accueillant et, au final, plus indispensable.".

A lire les réactions des internautes, cette nouvelle formule ne semble pas faire l’unanimité. A voir si les chiffres le confirment.

Ce lancement amène plusieurs réflexions :

D’une part, la nouvelle formule d’un journal comme Le Monde, est une vieille affaire dans l'histoire des médias français depuis un quart de siècle. En faisant quelques recherches su r le site de l'INA, on trouve des choses intéressantes comme ce sujet diffusé sur le journal d’Antenne 2 en … 1984 et qui évoque (déjà !) les profondes difficultés du quotidien. La nouvelle formule était alors un sujet « en soi ».

Rebelote en 1995 : une autre vidéo intéressante montre Jean-Marie Colombani, toujours au 20 heures, interrogé sur la nouvelle maquette. L’objectif était alors de conserver l’ADN du Monde tout en faisant un journal « plus rythmé, mieux structuré, plus aéré »… Cela rappelle quelque chose…

Après de sérieuses turbulences, notamment suite à la publicationdu livre de Pierre Péan et de Philippe Cohen, La face cachée du Monde, le journal lance de nouveau en 2005 une nouvelle « formule ». Cette fois-ci, pour changer et afin de faire face à la baisse du lectorat et aux problèmes financiers, on reformate et on « réinvente » le journal : «Le quotidien lance aujourd’hui une nouvelle formule avec plus de photos, moins d’articles, de la couleur et des caractères plus gros. » expliquait à l’époque le patron du journal.

3 millions d’euros sont alors investis dans une campagne de pub. Rien que ça. 

Dès le départ, des critiques sont formulées, à la fois sur la forme et sur la stratégie adoptée. Après avoir connu un pic dans les premiers jours, l’érosion des ventes se confirme dans les mois qui suivent.On voit donc que tous les efforts entrepris depuis plus de vingt ans n'ont finalement servis à rien.

Second constat, cette version « rénovée », a peu retenue l’attention des médias. Le site du Nouvel Observateur par exemple (Le Monde et Le Nouvel Obs ayant des liens capitalistes) reprend pour l’essentiel la dépêche AFP. Peu de chose à noter également dans la blogosphère. En tout cas nous sommes loin du « tapage médiatique » des rénovations précédentes.

Troisièmement, la nouvelle nouvelle formule me fait penser au quotidien anglais The Guardian. Loin d’être expert dans l’analyse des maquettes de journaux, je peux dire à titre personnel et en tant que lecteur quasi quotidien du Monde que cette formule rénovée me laisse sur ma faim, parce qu’elle n’apporte rien de véritablement nouveau dans le « parcours de lecture ».

Quatrièmement, la santé financière du Monde reste quoi qu’il arrive très précaire, l’obligeant à négocier des prêts, ce qui en dit long sur la situation de la presse française.

Et quid du web ?

Europe 1 souligne que « cette nouvelle formule affichera plus de complémentarité avec le site internet du Monde. Preuve de ce rapprochement : les équipes du monde.fr rejoindront celles du quotidien d'ici la fin du premier semestre. ». Enfin, serait-on tenté de dire.

A l'instar du Figaro,

Le Monde accueille de nouveaux rendez-vous, comme « Les rendez-vous de lemonde.fr », un encart qui renvoie vers une sélection des articles du site Internet. La page d'accueil a aussi été modifiée, cherchant à se rapprocher des standards actuels.

Néanmoins, on sent bien que le journal n’a pas fait sa révolution et est encore loin de s’être digitalisé.

Dans un edito consacré à la nouvelle version, Eric Fotorino revient sur les choix effectués en 2005 et explique la place du web : « nous avions opté pour un journal de l'essentiel, préférant la hiérarchie de l'information à la confusion de l'exhaustivité, cherchant aussi à nous singulariser par des modes de traitement originaux, sur la forme comme sur le fond. Nous avions anticipé la montée en puissance d'Internet, donnant dans nos colonnes la part belle à l'analyse, au reportage, au portrait et au débat, pour mieux laisser au Monde.fr, premier site d'information généraliste en France, l'avantage sans égal de l'instantané. ».

Au web donc de « cracher » de l’info en continu, d’être dans l’instantanée, au papier, le sérieux, l’enquête, l’investigation, …

Tout d’abord, on est en droit de s’interroger sur les « plus » en termes de contenus qu’apporte la nouvelle formule papier (je n’ai pas eu l’impression que les journalistes faisaient mieux ou moins bien leur travail). Mais surtout, une vision comme celle-ci se prive d’une part essentielle du web : l’échange, la remontée d’information, le débat, …

Et puis dernier point, on croirait, à lire ces propos, que ceux qui lisent le journal papier sont très différents de ceux qui « consomment » le web. Comme si « gutenbériens » et internautes étaient irréconciliables. On est en droit d’attendre de l’information fouillée et des contenus "de valeur" sur le web, non ?

Aujourd’hui, la question n’est plus de faire de la cosmétique ou de trouver une mise en page plus sexy, mais d’apporter une véritable valeur-ajoutée dans l’ouverture sur le monde, dans la confrontation des idées, dans la compréhension de l’opinion. Peut-être que cette posture est en contradiction avec l’identité d’un journal qui cultive son « élitisme éditorial » depuis sa création. Pour autant, le site web du journal est sans aucun doute le dernier levier qui existe aujourd’hui pour « sauver le Monde ».

Malgré une audience stable, le site du Monde, va devoir évoluer, et vite, à l’image de ce qu’a fait l’Express.fr il y a quelques mois.

Dans ce cadre, pourquoi le journal ne consulterait pas ses lecteurs ?

L’idée serait d’organiser une réflexion en ligne sur la manière de concevoir le 1er (ou second, selon les statistiques) média en ligne de France. Un débat structuré, organisé, qui permettrait au lecteurs/internautes de faire émerger des propositions sur l’organisation de l’information et des rubriques, la répartition entre reprise d’info et investigation, la place donnée à l’opinion des internautes et, comme l’expliquait il y a peu Narvic, aux blogs. Un autre thème pourrait aussi être l’utilisation des nouveaux médias (à l’image de ce que propose CNN avec Facebook Connect), …

Bref, lancer une consultation pour que chaque lecteur puisse s’impliquer et montrer que le journal en ligne appartient peut lui aussi faire sa révolution. Après les Etats Généraux de la presse où les lecteurs avaient délibérément été exclus des débats (Médiapart avait d’ailleurs réagit en offrant une tribune aux internautes), voilà une belle occasion de rendre la parole aux premiers concernés.

Bon ok, c’est sans doute un peu utopique. Mais avouez que cela aurait de la gueule non ?


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