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Dans la maison, les histoires se défont...

Par Sylvie
de PAUL NIZON (Suisse allemande)
Dans la maison les histoires se défont
Editions Actes Sud, 1992
Je viens de découvrir par ce fabuleux texte l'auteur de langue allemande, Paul Nizon, né en 1929, qui se déclare "autofictionnaire" : Paul Nizon s’est déclaré « autofictionnaire » en ce sens « qu’il utilise sa vie vécue pour faire des livres de fiction. "Je suis généralement mon personnage principal » a-t-il déclaré. Mais sa propre vie, il l'intègre de telle façon que le texte devient universel et une profonde réflexion sur la condition humaine. Ainsi, dans un entretien donné à la Quinzaine littéraire en 2006, on peut lire : 
 
"Sous une apparence autobiographique puisqu’en apparence il ne parle que de lui, il n’en parle que par transparence, pour montrer ce qu’il voit et pour atteindre ce point de soi où l’on devient anonyme. L’essentiel est de dépeindre le monde autour de lui ».
Dans la maison, les histoires de défont, Paul Nizon se souvient des membres de sa famille et des locataires de la pension de famille où il a passé son enfance : son père malade qui s'affairait dans son mystérieux laboratoire de chimiste, sa grand-mère et sa mère aux fourneaux et ces mystérieux locataires, pianiste raté, vieux célibataire, arnaqueurs....Nizon se révèle un portraitiste hors paire qui convoque vue, toucher et odorat pour dresser des portraits d'une grande suggestivité. Les natures humaines se révèlent tel dans la maison Vaucquer de Balzac. De magnifiques "photos" d'êtres sans épaisseur qui ont dit "non" à la vie trop vite, qui se sont pétrifiés, qui n'ont plus d'histoires.
La maison est décrite sous plusieurs angles qui constituent des petits chapitres séparés : la maison a sa rue, sa rumeur, ses habitants, ses contrées, sa rubrique décès, ses paysages et ses destins.
Nizon ne se désigne jamais par le "Je" ; il est "l'enfant" qui rêve de s'évader, qui devient un faucon volant au-dessus du village : car dans la maison, les destins se défont, la liberté meurt et les artistes deviennent des fonctionnaires. Car "la maison referme son couvercle sur toi. Dans la maison, les fils se dénouent, les fils de la vie".
Ce livre est un puissant appel à la liberté et à l'errance, à la concrétisation de ses rêves. A la mollesse de la maison, s'oppose l'envol du faucon (l'enfant) qui symbolise celui de l'artiste. Le récit prend alors une teinte fantastique afin de quitter le matérialisme de la maison. Des dernières pages où Nizon s'adresse directement au lecteur sont d'une rare intensité.
Pour Nizon, le roman, la littérature ne peuvent naître qu'en se libérant des entraves matérielles et en quittant ses "attaches". Toute son oeuvre et aussi sa vie sont d'ailleurs marquées par une errance perpétuelle qui seule fait éclore l'art.
Un entretien intéressant dans Lire , ce qui donne envie de lire toute son oeuvre...

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