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Week-end sur deux toi-même !

Par Theclelescinqt

Week-end sur deux toi-même !

Ces vacances, nous sommes dans notre belle cage à lapins de location appartement, à Verte-Ville. Mon mari n'a pas de vacances mais les enfants ont droit au centre de loisirs aux mêmes horaires, si on veut, que l'école. Mais dans les faits on peut les amener jusqu'à 9 heures et venir les chercher à 16. Personne ne souffre donc de la petitesse de l'appartement, même pas moi, c'est un scoop dirait mon mari : il y a un truc dont je ne souffre pas !

Et je suis très contente : nous sommes au complet. Sept Lescinqt dans 67 m2, d'accord, mais ensemble, puisque Archibald est avec nous pour dix jours, depuis vendredi soir.

Je n'aurais pas cru dire cela un jour : Archibald est là, et tout le monde est content. Pourtant je pourrais aisément parler d'un véritable désamour en ce qui nous concerne, lui et moi. Quand j'ai connu ce petit gamin, il avait trois ans et demi et m'a détestée cordialement dès le départ. Pourtant je l'ai rencontré avec de bons a priori : j'aimais les enfants, j'aimais son père, je voulais fonder une famille, tout se passerait donc pour le mieux. Pas du tout. J'ai appris à cette occasion que les bons sentiments ne suffisent pas. Et moi qui avais même des vélléités d'adopter, j'ai changé d'avis. Ca peut très bien se passer, mais si l'enfant est aussi mal luné que mon beau-fils à seulement trois ans et demi, je suis mal barrée. J'ai rencontré depuis de charmantes personnes qui après avoir eu quatre enfants, en ont reçu deux autres, et qui trouvaient que les choses ne s'étaient pas bien passées pour leur famille, et qui regrettaient presque leur geste. Ca plus Archibald (plus mon ras-le-bol généralisé des tâches domestiques), j'ai réfléchi, et finalement je m'abstiendrai. Je préfère parrainer des enfants d'Afrique ou d'Asie, les envoyer à l'école, ou du moins y contribuer, et faire ce que je peux avec ce que j'ai pour le reste.

Et le reste ce sont quatre mômes faits maison et un beau-fils.  Pas possible de l'oublier dans un coin, même sacrément chiant, pas possible de faire comme si ce n'était pas bien grave : un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, ça revient vite, ma brave dame. Et 200 euros en moins dans le budget, ça se remarque aussi, et n'épargne pas les réflexions internes désobligeantes vis-à-vis de l'ex-femme, propriétaire, elle, et tutti quanti quant aux comparaisons du même acabit. Réflexions qui n'auraient pas eu lieu d'être, je me connais, si mes relations avec son gnôme avaient été agréables dès le départ.

Mais non : il n'acceptait pas le divorce de ses parents, ni le remariage de son père, point, comme si lui et moi y étions vraiment pour quelque chose! Et ce n'était pas agréable du tout d'avoir un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires un sale moutard jamais content, toujours insatisfait, jamais partant pour quoi que ce soit, désobligeant et également le préféré de mes beaux-parents qui comme par hasard ont bien mis autant de temps que lui à accepter divorce, remariage et compagnie.

C'est pourquoi après dix ans de bons et loyaux services bellemertiens, je suis particulièrement heureuse et fière de voir la bonne entente que j'ai avec ce petit con ce préadolescent qui partage des gènes avec mon cher époux (et avec mes enfants.)  Peut-être est-ce parce que je suis particulièrement déjantée moi-même, ou bien que mes antennes me permettent de naviguer en eau trouble, mais il me semble fort que mon genre de caractère désamorce le flou relationnel de l'âge bête bien mieux que les petites années passées à fournir petits suisses à volonté, séjours en gîtes ruraux ou albums à colorier (alors qu'il n'aimait pas colorier, ni les gîtes ruraux, ni mes petits suisses, rien que pour m'embêter, sans parler de mes idées de sorties toujours chiatiques de son point de vue.)

Maintenant que monsieur manie le second degré et a compris mon genre d'humour, un peu spécial je vous l'accorde, tout se passe parfaitement bien. S'il me dit un truc qui ne me plaît pas, je lui pince les fesses, ou le gras du bide. S'il proteste qu'il ne veut pas se doucher, je lui réponds qu'il doit le faire parce qu'il pue comme un goret, et que d'ailleurs il a les oreilles extrêmement crasseuses. S'il me dit que je porte un vêtement qui ne me va pas, je lui réponds que c'est lui qui n'a pas de goût. S'il me dit que lui n'a pas envie d'aller dans cette maison de campagne, alors qu'on est si bien enfermés en appartement, je lui réponds que nous n'allons pas là-bas pour lui faire plaisir (et que d'ailleurs personne ne lui demande son avis.) Quand mon mari "se trompe" et lui dit : "Tu n'as qu'à demander à maman", je corrige immédiatement.  Je ne suis pas sa mère; nous nous devons le respect réciproque (même si j'en ai une notion spéciale) et c'est tout. De manière générale, je suis dure avec le bétail ma marmaille, lui compris, donc, et ça marche. Depuis un an ou deux, hormis environ une explication de gravure par an où monsieur est rhabillé pour l'hiver, il est charmant avec moi. Depuis un an à peu près, il s'est métamorphosé. Quand il est là, il m'aide beaucoup. N'allez pas penser qu'il mette sa vaisselle sale dans l'évier, non! Je ne suis pas une sorcière à ce point-là. Mais il est extrêmement raisonnable, voire serviable, je peux lui laisser la petite pour aller faire des courses, je peux vraiment lui faire confiance. Franchement je suis contente.

Ca ne l'empêche pas par contre de me rendre à l'occasion la monnaie de ma pièce. Dimanche j'avais la petite sur les genoux, qui pleurait pour s'être encore une fois cassé la binette, et j'avais soif. J'ai demandé à mon Andréa préféré de m'apporter une bouteille d'eau si ça lui plaisait, mais il n'a pas réussi à l'extraire du frigo. Archibald faisant son entrée, je réitère ma demande. Il va alors prendre la bouteille, la met exactement un peu plus loin que mon bras, la fait glouglouter devant moi, mort de rire. Finalement je dépose la petite, il se barre en courant avec la bouteille, près de l'entrée. Je vais ouvrir le frigo d'un air philosophique, attrape le coca et bois directement à la bouteille devant un beau-fils tout con avec la sienne, tapi dans un coin, et finalement mort de rire cette fois-ci d'avoir fait chou blanc. "C'est bête, j'avais l'intention de te proposer du coca (interdit aux enfants d'habitude, même s'ils en raffolent), mais tu peux te brosser maintenant!"

Voilà comment on s'amuse, et on s'amuse bien. Moyennant quoi c'est le seul des gamins à manger sans discussion ce que je fais, et franchement c'est maintenant le moins pénible des cinq. Il y a trois ans, je n'aurais pas souhaité qu'il vienne vivre avec nous. A présent je me dis qu'on rigolerait bien. Quand il part il y a un vide. Plus personne pour me dire : "J'ai trouvé un nom pour ton plat (je passe mon temps à inventer des plats) : apocalypse !" Saleté, va.

Ce soir je leur ai littéralement gueulé qu'ils ne verraient aucun dvd (et dans cette famille c'est tout bonnement inimaginable, principalement pour le genre masculin, puisque la gente féminine blogue à tout va ou bien déchire des magazines) tant qu'ils ne seraient "pas en pyjama et les dents brossées".

"C'est exactement ce que je voulais faire!" s'est écrié Archibald en partant en courant, "chuis vraiment un super beau-fils, hein!"

Et c'est vrai, petit couillon de parisien génétiquement apparenté à l'homme de ma vie, tu es vraiment, finalement, et d'une manière extraordinaire et pas courue d'avance, un super petit beau-fils. Mais j'ai fait signer à mon mari une donation au dernier des vivants car si mon beau-fils essaie de me faire mourrir de soif alors que je suis encore jeune et belle, imaginez ce qu'il pourrait faire à une vieille Thècle Lescinqt toute ridée et ratatinée dans sa belle maison de campagne!

Ne cherchez pas, c'est mon genre d'humour. Je la lui ai même sortie, celle-là, et il s'est bidonné comme un phoque. Car nos gamins sont tous pénibles, d'accord, mais ils ont oublié d'être bêtes, et ça s'est vraiment agréable.

Week-end sur deux toi-même !
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