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Notes sur la poésie : Antoine Emaz

Par Florence Trocmé

« Un pur travail de langue », « une défaite de la pensée », « le développement d’une exclamation », une vision du monde, une tour d’ivoire, un cœur frappé, un jeu de contraintes… La poésie peut-être tout cela, tour à tour, avec plus ou moins de ceci ou de cela selon chaque poète, chaque poème. Jaccottet parlait d’un « art poétique nuisible ». La poésie est ce qui résiste à l’enfermement, ou plus précisément ce qui toujours passe à travers les barres, les grilles. Elle est l’air qui passe dans cette carcasse de mots morts, et chante encore, ou chantonne, ou sifflote, ou bruit. Rien de plus que de l’air qui passe dans les tuyaux de mots, pour une musique qui touche. Partant de là, on peut légitimement considérer comme aussi poétiques des démarches qui visent à faire chanter, ou déchanter, ou enchanter… La question est moins celle de l’objectif, du but visé, que celle des moyens pour créer un rapport neuf au réel et à la langue, et celle de l’implication de toute la personne dans ses choix d’écriture. Quand je dis « choix », je m’entends, on ne peut demander à un poète que d’écrire aussi loin qu’il le peut dans l’espace qu’il s’est taillé dans la langue commune. Ce faisant, il est tout à fait possible qu’il dépasse notre capacité d’écoute, ou même d’entente ; cela n’invalide en rien sa tentative. « Il faut aller jusqu’au bout, même pour ne pas vaincre » (Reverdy). »

Antoine Emaz, Cambouis, Le Seuil, 2009, p. 20

Rappel : Cambouis d’Antoine Emaz sera mis en vente le 19 février. Voir la présentation du livre dans Poezibao.


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