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UE: Stratégie de com' ou remise en question ?

Publié le 23 février 2009 par Careagit
Je sais que ces sujets ne soulèvent généralement pas les clameurs des foules mais tout de même. Il s'agit là d'Europe, il s'agit de la gestion de la crise et du sauvetage d'une partie de l'Union. Il s'avère, qui plus est, que j'avais déjà plusieurs fois abordé les diverses fissures naissantes ici où là sur le beau mur de la construction européenne. Alors c'est en quelque sorte la suite du feuilleton à gros budget entamé ici même il y a quelques semaines et dont le héros principal était cette gentille crise économique et financière.
Après l'épisode des dégradations de notes de certains Etats membres de l'UE, après la période de difficulté des Etats (des plus grands comme des plus petits) à se financer sur les marchés financiers, voilà que l'on aura noté avec intérêt, la position Allemande lors du sommet Européen de Berlin, ce week-end. Remettons un instant les choses en perspectives. Depuis plusieurs semaines maintenant, l'Europe et sa monnaie unique sont soumis à quelques turbulences. Il faut dire que la crise n'épargne personne et que les pays les plus faibles, subissent la charge de plein fouet. En fait, c'est une large partie de l'Union qui se fissure. Irlande, Grèce, Hongrie, Lettonie, Autriche, Pologne... Autant de banques en difficulté, autant d'économies au ralenti et de monnaies dépréciées. En conséquence le bateau "Euro" tangue quelque peu ces dernières semaines, ce qui a le dont d'irriter les Etats membres "stables" et les institutions financières continentales.
Ce week-end donc, Quatremer nous confirme que le sujet à été mis sur la table des discussions. Que faire pour soutenir les Etats "fragilisés" ? L'UE doit elle intervenir ? Côté Allemand, on commence sérieusement à s'inquiéter. Il faut dire que l'UE pèse pour 62% dans le total des exportations Allemandes. En considérant l'Europe géographique (Russie) le chiffre explose pour atteindre 75% ! Autant dire que l'Allemagne voit d'un mauvais oeil le quasi faillite à venir de ses principaux clients... C'est une des raisons pour lesquelles le gouvernement allemand a réclamé une "démarche commune de l'Union européenne, de la Banque centrale européenne et de l'Eurogroupe" pour réagir aux difficultés des pays concernés. Si Berlin a pour le moment réfuté la rumeur selon laquelle des propositions concrètes auraient été imaginées, il n'en reste pas moins que cette prise de position marque un tournant dans la gestion historique de l'entité économique Europe. Car jusqu'alors la gouvernance économique de l'UE tournait surtout autour de la gestion des taux directeurs la Banque Centrale Européenne, indépendante et souveraine. Cela pourrait être en passe de changer...
Objectivement cette question ne pouvait qu'être abordée un jour ou l'autre tant les Etats et leurs solidités financières sont (en toute objectivité) les seuls capables aujourd'hui de rassurer les différents acteurs économiques ballottés par la crise. Cette crise, avant tout financière, a pour conséquence majeure de bloquer les voies de financement de nos économies. Dans un tel contexte de crispation financière, il paraissait évident que la question d'une politique économique concertée se poserait en Europe. Face aux grandes puissances de ce Monde, Etats-Unis, Chine ou Japon et surtout face à leurs plans de relances budgétaires, l'UE ne pourra suivre qu'en construisant un antidote à la juste mesure de la puissance de l'Union. C'est d'ailleurs en cela que réside désormais la principale crainte. Car si l'Union Européenne est devenue, au fil du temps, une puissance économique à part entière, une puissance financière reconnue axée sur une monnaie unique solide, elle demeure un nain en terme de gouvernance économique. Le budget ne dépasse même pas les 1% du PIB communautaire.
Au delà même des difficultés à financer une telle gouvernance, les Etats membres devront s'accorder, ensemble (ceci paraît couler de source mais devrait être un chantier quasi insurmontable) sur la direction à donner à l'hypothétique gouvernance centralisée. Comment accorder la rigueur Allemande à la folie dépensière de tous nos dirigeants français ou même italiens ? Cette décision signe en tout cas l'immersion, sur le plan économique, d'un courant beaucoup moins libéral en Europe au moins autant qu'une avancée certaine de l'idée d'une Europe au dessus des Nations.
En l'état actuel des choses l'on ne sait pas vraiment s'il s'agit là d'une stratégie de communication visant à rassurer les marchés sur la capacité de résistance des économies de l'Eurogroupe face à la crise où si l'on doit voir, en cette prise de position allemande, les prémices de changements plus profonds en Europe. Quoi qu'il en soit, et en l'état actuel des choses, je dois bien vous avouer mon scepticisme à ce propos...
Il y aura au moins du grain à moudre dans les débats en vue des prochaines élections européennes. Finalement, c'est donc un mal pour un bien.

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