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Un Nègre au pays des dinosaures

Publié le 23 février 2009 par Chroneric

J'ai assisté ce week-end à un mini-débat sur LCI, dans l'émission Plein écran, entre Pascal Nègre, patron d'Universal, et Jérémie Zimmermann, porte-parole du collectif La Quadrature du Net, association d'internautes adeptes du "peer-to-peer" (échange de fichiers musicaux sur Internet). J'ai une question à poser à ce patron : avez-vous remarqué que nous étions entrés dans le XXIè siècle ? Pour lui, les malheurs de la production artistique et les baisses des chiffres d'affaire des grandes "majors" sont dus au piratage sur Internet. Il s'en prend aux internautes mais pourtant tout est fait pour faciliter le piratage : le réseau, communication entre les gens, vente de lecteur MP3, vente de CD vierge, vente d'appareil de gravure, vente de logiciel de montage, etc.

Pour lui, cela ne fait aucun doute puisque la baisse a commencé à peu près en même temps que le développement de cette pratique illégale. Il n'est pas faux que ce téléchargement gratuit c'est du vol, c'est comme si on sortait du magasin avec un article sans l'avoir payé. M. Nègre ne se demande pas par contre pourquoi on en est arrivé là. De son côté, tout est parfait, pas de remise en question. Pourtant, il y a beaucoup de choses à lui reprocher.
- Hausse des prix des albums et des CD 2 titres (passage à l'euro) : un 33 tours coûtait dans les 80 francs, un album aujourd'hui c'est entre 15 et 25 euros ; un 45 tours coûtait dans les 15 francs, aujourd'hui le CD 2 titres c'est environ 4 euros
- Se reposer sur ces lauriers et laisser-faire l'échange entre particuliers pensant que ça allait faciliter les ventes
- Favoritisme du support CD au détriment des autres tel que le MP3 par exemple
- Verrouillage des processus de production et monopole des majors : Pascal Nègre affirme que pour sortir un disque il faut passer forcément par les grands majors (il défend son bifteck évidemment) mais un exemple comme Toi + moi, le tube de Grégoire, démontre que non. Cet artiste a été financé par la générosité des internautes. Il existe en outre plein de labels indépendants qui produisent plein d'artistes connus ou qui vont le devenir.
- Baisse de la qualité des artistes et hausse des créations "commerciales" : Star Academy bien sûr mais aussi la sortie trop fréquente d'albums composés de reprises et pas de créations originales (comme le dernier Seal par exemple)
- Multiplication des chaînes de télévision musicales qui permettent d'enregistrer sur graveur de salon
- Pas besoin de télécharger pour conserver de la musique : copie d'un CD ou alors possibilité d'enregistrer des musiques écoutées sur l'ordinateur grâce à des logiciels
- Se faire du gras ad vitam aeternam sur le dos des consommateurs

Face à ce pillage, Pascal Nègre attend beaucoup de cette nouvelle loi qui sera censée dissuader les vols de musiques et films. Mais les fournisseurs d'accès sont-ils prêts à perdre des clients ? En cas de suspension de l'abonnement, l'abonné risque de vouloir résilier son abonnement et d'aller voir ailleurs.
- De nouveaux moyens de contournements apparaîtront, c'est donc un combat sans fin
- Pourquoi acheter au prix fort alors qu'il suffit d'attendre les soldes : Le DVD collector du Da Vinci code en version longue que j'ai acheté à 4,99 € au lieu de 20 ou 25 €, sachant que la vente à perte est interdite, c'est dire le bénéfice qu'il peut être fait encore à ce niveau de prix
- Les jeunes consommateurs ne connaissent que ce système, ils sont nés avec et donc pour eux c'est normal, il n'y a rien d'illégal. On appelle ça la modernité.

A moins de tout contrôler comme en Chine anti-démocratique, M. Nègre ne pourra pas lutter efficacement s'il s'entête à vouloir punir. Aujourd'hui, plus on interdit, plus les consommateurs ripostent en bravant les interdits. C'est une réaction de défense pour dire "je suis libre de faire ce que je veux et j'en ai marre de payer". Des solutions et des pratiques sont toutefois faciles à mettre en place.
- Les producteurs devront trouver de nouveaux produits : ça commence à exister avec des emballages d'album originaux et des bonus, proposant plus qu'un CD
- Un prix de vente plus raisonnable : une fabrication en série d'un disque revient à quelques dizaines de centimes d'euros
- Diversifier les canaux de ventes au lieu du "tout CD"
- Les boites de production devront peut-être mieux rémunérer les artistes et s'en mettre moins dans les poches
- Prendre des risques et donner davantage leur chance aux artistes qui tentent de percer dans le métier au lieu de toujours compter sur les valeurs sûres et interrompre les contrats avec les artistes qui ne marchent pas immédiatement ou plus du tout
- Tous les produits culturels à 5,5 % de TVA

L'avenir c'est la musique nomade, on le voit avec l'explosion des ventes de lecteurs MP3, l'utilisation accrue des téléphones et des ordinateurs portables comme support d'écoute. La pérennité d'une entreprise ou d'une industrie c'est la capacité qu'elle a à s'adapter au marché et non pas forcer le marché à s'adapter. Pendant des décennies, les consommateurs suivaient les modes parce que ça correspondait à leurs attentes ou tout simplement parce que ça leur convenait. Mais aujourd'hui, le consommateur n'hésite pas à dire ce qu'il pense et à faire comme ça l'arrange. La musique sur CD n'est pas pratique et contraignante, comme à une époque avec les pellicules photos.

Si les patrons et les grands producteurs veulent sauver leurs milliards, ils doivent absolument prendre de nouvelles directions et inventer les produits de demain. Le vinyle a fait son temps, puis est ensuite arrivé la K7 à bande magnétique, puis ensuite le CD numérique. Voilà maintenant la musique sous forme de fichier informatique. C'est l'évolution naturelle des pratiques. Au lieu de combattre les pirates et appliquer la répression qui ne fera qu'accentuer le phénomène, il faut être inventif et combattre le téléchargement illégal comme si c'était un concurrent.


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